Les couplets perdus de la Marseillaise

Lettre ouverte à François Hollande et Nicolas Sarkozy. Il fait peu de doute qu’au lendemain du 6 mai, le peuple de France aura à affronter une longue période de difficultés financières liées au devoir urgent de la résorption de la dette nationale. Pour la surmonter, la Nation aura besoin d’être unie dans toutes ses composantes.

Lettre ouverte à François Hollande et Nicolas Sarkozy. Il fait peu de doute qu’au lendemain du 6 mai, le peuple de France aura à affronter une longue période de difficultés financières liées au devoir urgent de la résorption de la dette nationale. Pour la surmonter, la Nation aura besoin d’être unie dans toutes ses composantes.

Le Front National de Marine Le Pen vient de faire un score plus qu’important au premier tour des élections présidentielles, démontrant, s’il était besoin, les inquiétudes profondes d’une partie grandissante du peuple de France ; celle qui, par exemple, se montre hostile au vote des étrangers et acquise à la fermeture des frontières. Que ce soit de bonnes idées ou non, il n’en reste pas moins vrai que ce type de pensée jette le discrédit sur les citoyens de France de culture composite (c’est-à-dire en partie française), en particulier ceux de couleur, qui pourtant se sentent parfaitement fidèles à la Nation et au projet France architecturé sur la devise républicaine tripartite : liberté, égalité, fraternité… pour tous.

Outre notre drapeau tricolore, c’est notre hymne, la Marseillaise, qui dans ses couplets officiels nous rappelle à chacun combien nous sommes attachés à ce projet universel d’où s’originent toutes les révolutions du monde.

Cependant, depuis plusieurs années, l’hymne français fait l’objet de débats controversés et a souvent donné lieu à des affrontements, par exemple dans les stades de football parmi les supporters d’ascendances magrébines, noire africaines et afro-antillaises. Bien qu’étant citoyens de France issus des immigrations postcoloniales, ces citoyens savent ne pas être intégralement de culture française mais se considèrent à juste titre faisant partie intégrante de la Nation. 

Il se trouve qu’au regard de la coexistence de ces deux France –la première issue du peuple de la Révolution française et les vagues de naturalisation de la 3ème république, la seconde issue du peuplement postcoloniale en outremer et dans l’Hexagone–, deux couplets expurgés de la Marseillaise –rédigés de la main même de Rouget de Lisle– gagneraient à être réintroduits dans la version officielle. Le premier enracine la Nation dans son destin universel ; l’autre évoque avec force et génie l’hostilité originelle à l’esclavage dans le projet France.

Seriez-vous favorables à la réintroduction de ces deux couplets dans la version officielle de notre hymne national ?

Parvenir à le faire inscrirait notre république dans l’officialité de la multiculturalité, ce qui conduirait dans un second temps, pour reprendre une proposition d’Edgar Morin, à proposer au peuple de France de la coucher dans sa Constitution, à l’exemple du Brésil ou du Maroc.

Faire de notre Nation une république multiculturelle empêcherait la prospérité des partis politiques dont le seul sentiment national tient lieu de programme et est utilisé comme rempart contre les citoyens de France issus de ce que l’on appelle la « Diversité », sans avoir besoin de les désigner.

 

XI.
La France que l’Europe admire
A reconquis la Liberté
Et chaque citoyen respire
Sous les lois de l’Égalité ; (bis)
Un jour son image chérie
S’étendra sur tout l’univers.
Peuples, vous briserez vos fers
Et vous aurez une Patrie !

(Refrain)

XII.
Foulant aux pieds les droits de l’Homme,
Les soldatesques légions
Des premiers habitants de Rome
Asservirent les nations. (bis)
Un projet plus grand et plus sage
Nous engage dans les combats
Et le Français n’arme son bras
Que pour détruire l’esclavage.

(Refrain)
 

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