A propos de « Manuel Valls, une stratégie couronnée de succès » de Philippe Marlière

J’ajoute ceci à cette bonne analyse[1] avec laquelle je suis à 80% d’accord :

1) Effectivement, à la minute où François Hollande est entré à l’Elysée, le PS signait son arrêt de mort. Tout le monde savait, lui le premier, qu’il n’aurait pas eu d’autre choix que d’appliquer la même politique que son prédécesseur. Celle qui fait seulement survivre nos emplois et qui n’a pas d’autre effet que d’augmenter mécaniquement le score des Marinistes, qui ne sont ni des mécontents – alors les électeurs de Droite et de Gauche le sont-, ni des souffreteux.

2) Fabriquer des emplois dans un environnement européen aussi périlleux ne saura convaincre tout un pays devenu très familier avec le paysage mental des Marinistes qui, avec ses œillères, considèreront automatiquement le verre à moitié vide avant la campagne présidentielle. Ainsi donc, François Hollande ne peut effectivement qu’échouer en 2017, alors que, selon moi, il devait être au lendemain des marches du 11 janvier l’autre président de la 5ème République. Ecarter ostensiblement les Marinistes à ce rassemblement de la Nation aura été une lourde erreur. Ne pas avoir imaginé une autre façon de conduire le pays comme on aurait dû le faire en avril 2002, un désastre.

3) Oui, le meilleur sort que peut avoir le PS est de se muer en un parti de centre gauche et de centre droit. Mais encore faut-il commencer d’ores et déjà à convertir ceux qui ne sentent pas encore les disciples d’un parti du 21ème siècle. Pour parvenir à établir un anti-virus contre la lepénisation des esprits, il va falloir faire le grand saut, c’est-à-dire faire de la nuance complexe[2], séparer le bon grain de l’ivraie. En un mot, considérer avec bienveillance et sang froid en quoi des millions de gens se reconnaissent dans le discours des Marinistes. Puis en faire une véritable analyse pour imaginer une authentique proposition politique. Autrement dit, persister à considérer l’électorat frontiste et mariniste comme pestiféré et excommunié, et le situer hors de la sphère sanctuarisée des Républicains est un acte politique suicidaire. On peut combattre une idéologie, pas une croyance aussi ancrée qui pense s’originer dans le patriotisme alors que ce n’est que de la patrioterie[3].

4)  Si Manuel Valls entend procéder par étape, il devrait s’atteler immédiatement à un changement progressif de discours. Car même s’il vient de s’offrir la possibilité de se voir au 2ème tour de la présidentielle de 2022, il se prépare, in fine, à une défaire cuisante faute d’un logiciel adéquat à fournir dès à présent. Le temps travaille contre lui. Contre le Front National et les Marinistes, il va falloir se montrer encore plus malin. Car il ne s’agira pas de se confronter à un parti mais à un tsunami identitaire, une nébuleuse totalitaire. Autrement dit, considérer que la politique seule pourra en venir à bout est insuffisant.

5) 2017 n’existe déjà plus. La sidération que provoque l’évolution tentaculaire du marinisme fera de l’occupant de l’Elysée de 2017 un personnage de dernier plan du film de la 5ème République. En cela Valls a gagné contre Sarkozy… sans l’affronter.

 


[1] http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/300315/manuel-valls-une-strategie-couronnee-de-succes

[2] Edgar Morin et Patrick Singaïny, Avant, pendant, après le 11 janvier, Editions de l’Aube, mars 2015

[3] http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-singainy/250315/oui-aux-patriotes-non-aux-patriotards

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