Mobilité : le Sillon Lorrain pour valoriser et gérer les flux plutôt que de les subir

La région Grand Est a bien du mal à convaincre des avantages de sa très grande taille. Elle a bien du mal à fédérer et à faire valoir d’une seule voix des politiques publiques qui prennent en compte l’intérêt de l’ensemble des territoires et les attentes des citoyens, laissant ainsi aux experts administratifs et techniques le soin d’un avenir sans confrontation politique, sans responsabilité face à notre avenir et sans réelle capacité d’innovation.

C’est notamment le cas en matière de mobilité…Faut-il parler de l’écotaxe ? Faut-il croire à la très attendue A31bis comme solution miracle à nos problèmes de transport ?

Ceci étant, ne regardons plus - et j’étais de ceux là - le Sillon Lorrain comme ce « machin » dont on avait du mal à percevoir la pertinence ou même l’utilité.

Le Sillon a démontré sa capacité à fédérer les aires urbaines d’Epinal, de Nancy, de Metz et de Thionville en développant les échanges, en se fixant des objectifs partagés pour mieux anticiper les enjeux d'avenir.

Le Sillon a maintenant vocation à élargir son utilité, ses échanges et son rayonnement aux territoires les plus éloignés, aux territoires périphériques.

A cet effet, un des vecteurs de l’élargissement est la mobilité. C’est un enjeu primordial et le Sillon Lorrain peut et doit être à l’initiative pour faire en sorte que les flux soient gérés et valorisés plutôt que subis.

Cela signifie par exemple qu’il ne faut pas se contenter de décongestionner l’A31 avec des kilomètres de bitume supplémentaires qui en feraient une « autoroute du 21ème siècle » dont on craint d’ores et déjà qu’elle soit saturée dès sa mise en service.
Cela signifie par exemple qu’il ne suffit pas d’allonger les quais des gares et d’agrandir les parkings du TER pour répondre aux véritables besoins d’irrigation de notre territoire.

Il nous faudra, dans le cadre du Sillon, œuvrer à :

- La transformation du TER Epinal-Luxembourg en un véritable RER lorrain. Je n’ai eu de cesse de défendre cette orientation depuis la fin des années 2000 : augmentation du nombre de haltes et augmentation du cadencement, politique tarifaire, retrait des flux de transport de marchandises de l’axe ferroviaire du sillon qui doit être réservé aux voyageurs, facilitation de la mise en œuvre de projets de fret à l’Est et à l’Ouest du Sillon incluant par ailleurs le ferroutage.

- Dans le même esprit, détourner hors de l’axe du Sillon et donc de l’A31bis les flux subis du transport routier de marchandises de simple transit en mettant en place des voies alternatives attractives. Cela pourrait être la mise en deux fois deux voies d’un certain nombre de routes départementales en même temps que la valorisation de ces flux.

Ainsi allégé, l’axe central du Sillon Lorrain autoroutier comme ferroviaire retrouverait tout son potentiel pour servir sa vocation de lien interurbain.
Accompagnée par le développement ambitieux de l’intermodalité, d’infrastructures innovantes et de pratiques éco responsables, cette ambition permettrait au Sillon Lorrain de d’élargir son rayonnement.
Il participerait ainsi au renforcement du développement économique de ses territoires périphériques à l’Est comme à l’Ouest en utilisant cette mobilité comme vecteur.
La Meuse et l’Est mosellan pourraient de fait capter les flux belges et allemands et les valoriser localement.

Mettre en place la mobilité du 21ème siècle et la mettre au service du développement :

- C’est s’interroger sur les causes des difficultés et sur les objectifs recherchés et non pas se contenter de choisir ou d’affiner des outils existants.
- C’est faire valoir l’action politique plutôt que les réponses technocratiques.
- C’est peser réellement dans les relations transfrontalières.
- C’est mettre en place une écotaxe à l’image de celle de l’axe Rhénan.

La conférence sur le projet stratégique du Pôle Métropolitain Européen que constitue le Sillon Lorrain et qui s’est tenue à Nancy ce 23 Janvier a rassemblé de nombreux élu(e)s du Sillon. J’en suis sorti intimement convaincu de l’utilité du Sillon Lorrain pour que nous devenions plus responsables de l’avenir de nos territoires et de l’intérêt de nos concitoyens.

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