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Billet de blog 31 mai 2016

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Aude Lancelin, victime d'une presse en mal d'indépendance?

Patrick Abate sénateur de la Moselle revient sur le licenciement d'Aude Lancelin désormais ex directrice adjointe de la rédaction de l'Obs.

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Elle a animé une émission sur Médiapart avec Alain Badiou. En tant que directrice adjointe d’un célèbre quotidien, elle s’est opposée à la publication d’une tribune du premier Ministre actuel sur la déchéance de nationalité… Alors si je vous dis de surcroit que son conjoint s’appelle Frédéric Lordon et qu’il est l’un des inspirateurs du mouvement Nuit Debout, vous comprendrez qu’elle est en fâcheuse position.

Pourtant lorsque qu’elle intègre le Master Médias d’une prestigieuse école parisienne à l’aube des années 2000, elle est pleine d’espoir… et enfin, elle touche au graal en travaillant pour un journal dont elle partage des convictions qui sont celle d’une sociale-démocrate de gauche.

Et puis le début des années 2000 va marquer le départ d’une longue période de crise pour la presse écrite. Mutation numérique inachevée, vieillissement et attrition du lectorat, réduction drastique des investissements publicitaires, les causes de cette crise sont multiples et, pour certaines, installées pour longtemps. La décadence de la presse écrite va se traduire d’abord par la baisse du nombre de quotidiens, puis par les restructurations.

Pourtant son métier de journaliste va prendre un autre tournant en 2010 lorsque le trio Niel-Bergé-Pigasse va racheter le Monde. Cet acte va marquer le point de départ de l’arrivée de grands industriels dans le monde de la presse. A ce propos, son journal ne tardera pas à être racheté par le trio précurseur en la matière et le journal va même changer de nom, un nom franchement réduit… Annonciateur d’une réduction de ses libertés ? C’est un pont que je n’ose franchir.

Et puis arrive le 7 janvier 2015,  deux fous d’Allah vont s’en prendre à la liberté dans son expression la plus engagée et la plus indépendante. Sans le savoir à l’époque, ce triste épisode va marquer une année et demi plus tard la fin de son histoire avec son employeur. Un employeur qui lui a permis d’évoluer au sein de l’entreprise, car après avoir effectué une parenthèse chez Marianne, elle revient à ses premiers amours en tant que directrice adjointe de la rédaction… Le 7 janvier 2015 disais-je… c’est à cette date-là, qu’elle ne va plus se reconnaitre dans la politique du gouvernement en place, elle la sociale-démocrate de gauche. Un gouvernement qui va tomber dans tous les pièges sécuritaires et liberticides surtout après les attaques du 13 novembre. Elle pense pourtant que ce n’est pas en créant un climat de panique généralisée et en restreignant les libertés démocratiques que de nouvelles attaques pourront être évitées. A ce propos, le premier ministre en place est très inspiré à ce sujet à tel point qu’il la sollicite afin de publier une tribune sur la déchéance de nationalité dans son journal. Droite dans ses bottes, mais de gauche par ses convictions elle refuse cette publication. Cette mesure, strictement contraire à l’article 1er de la Constitution qui assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion illustre le symbole d’une exclusion constitutionalisée qu’elle ne partage pas…Premier point d’achoppement.

Le second n’arrive pas longtemps après... La loi travail va marquer le point de non-retour aux yeux de son conjoint quant à la politique du gouvernement qui ose lâcher le cœur de son électorat. Il ne l’accepte pas, et au printemps 2016, il s’engage contre la réforme du Code du travail. Il intervient dans un amphithéâtre de l'université Panthéon-Sorbonne et prend la parole lors de la première « Nuit debout » Place de la République.

Elle semble être gênante, trop fidèle à ses convictions mais après tout elle travaille pour un journal qui selon les mots du directeur de la publication, se veut être le journal de «toutes les gauches», «jouer un rôle d’agitateur d’idées», et spécialement dans le registre du débat intellectuel. Que nenni, elle est sous le coup d’une procédure de licenciement pour un motif… managérial…

Un licenciement contraire aux grands principes du droit de la presse. Et d’après ses collègues,  « cette situation laisse peser le soupçon grave et inacceptable d’une intervention politique ». D’ailleurs, jamais vu dans son histoire, son journal a voté une motion de défiance adoptée à 80 % contre l’actuel directeur de la rédaction, un vote qui traduit un profond malaise au sein de la rédaction.

Elle s’appelle Aude Lancelin et elle est la future ex directrice adjointe de la rédaction de l’Obs.

Cette situation pose la question du pouvoir exercé par les puissances financières sur les médias et notamment la presse dont la majorité des titres est détenue par une poignée de milliardaires. La législation anti-trust et anti-concentration est manifestement insuffisante pour entraver cette concentration et les liaisons dangereuses entre les activités industrielles et le contrôle des médias.

Née d’un besoin démocratique pour garantir l’expression du pluralisme des opinions, la presse d’information politique et générale a connu en France un développement parallèle à l’affermissement du régime républicain. Aujourd’hui la liberté d’expression et le droit à l’information sont bafoués au détriment des puissants.

Il m’apparait nécessaire de prévenir que je ne connais pas personnellement Aude Lancelin, mais ce que je connais c’est la difficulté dans notre pays d’assurer l’indépendance et la liberté de la presse eu égard à la concentration et l’omniprésence des puissances financières dans ce secteur. C’est le sens de mon combat au Sénat.

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