Vélo dans l’agglomération grenobloise : une révolution un peu trop tranquille

 

L’élection d’Éric Piolle à la mairie de Grenoble avait suscité, chez moi comme chez d’autres, d’importants espoirs quant à la prise en compte des préoccupations environnementales dans les aménagements urbains. Avec ce sémillant cycliste à la tête de la commune, ainsi que le jeune écologiste Yann Mongaburu comme vice-président aux Déplacements de la métropole, on entrevoyait enfin la résolution des nombreux problèmes affectant le réseau cyclable : revêtements en mauvais état, éclairage des voies sur berge hors service depuis des années, arceaux de stationnement saturés, continuité et jalonnement des itinéraires cyclables défaillants... Interpellés sur ces sujets, les élus (grenoblois et/ou communautaires) fraîchement investis ont d’abord botté en touche, arguant de l’imminent transfert des compétences d’aménagement et d’entretien de la voirie vers Grenoble-Alpes métropole. Plus d'un an et demi après ce dernier, on cherche en vain les avancées.

Heureusement, le numéro 10 du magazine de la ville de Grenoble (mai-juin 2016), qui fait sa couverture sur « la tranquille révolution du vélo », rassurera pleinement les cyclistes urbains. Non parce que Jacques Wiart, élu grenoblois aux déplacements et à la logistique urbaine, y rabâche de manière incantatoire l’objectif d’amener « la part des déplacements à vélo à 15% minimum à l’issue du mandat ». Non parce que le dossier de six pages aborderait l’action des « pouvoirs publics » (p. 17) en la matière : cette évocation tient en quatre lignes et demi extrêmement vagues (et une colonne à propos des « box vélo »). Mais parce que Gre.mag fournit aux manquements des collectivités locales une justification imparable. En effet, explique une sociologue interviewée page 21 : dans les aménagements urbains contemporains, « l’aplanissement des niveaux sonores, des surfaces au sol » ou la limitation de la cohabitation entre piétons et cyclistes risquerait « de faire perdre au citadin ses capacités perceptives et motrices à l’évitement, à la gestion des autres usagers, à la régulation de ses vitesses qui participent du code implicite de la circulation en ville ».

Une racine déforme la piste cyclable de la passerelle du Rondeau et vous force à ralentir ? Votre dynamo peine à percer la nuit noire le long du Drac ? Au milieu des arceaux de stationnement saturés derrière la gare de Grenoble vous redoublez d’inventivité pour sécuriser in extremis votre vélo avant le départ du train ? Faute de piste cyclable adaptée, vous devez slalomer  entre les piétons – à distance respectable - en priant pour ne pas être verbalisé ? Confronté à la disparition inattendue des panneaux verts qui vous guidaient jusqu’ici, vous cherchez désespérément votre chemin entre les voitures qui vrombissent ? Au lieu d’attendre d’hypothétiques réparations et aménagements, réjouissez-vous : vous êtes en train de cultiver de solides aptitudes perceptives et motrices à l’usage de l’espace public dans la ville de demain ! Ça fait rêver, non ?

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