Si on te montre du doigt la lune...

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Bien sûr, quand le sage montre la lune avec son doigt, l'idiot regarde le doigt.
Bien sûr l'idiot regarde le doigt de celui qui l' instrumentalise.
L'idiot a bien raison de résister au pouvoir de celui qui montre, de celui qui saurait ce qui doit être vu.
L'idiot observe ce doigt, il s'interroge:
"Quel est ce doigt ? à qui est il ? qu'est ce qu'il me montre? ...La lune, mon amie ?"
Bien sûr l'idiot ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, au bout de son nez il y a le début d'un autre qui se prolonge.
Etre idiot c'est le refus de se soumettre aux nostalgiques fictions ou à l'illusoire espérance, c'est s'inscrire dans le réel, plus, dans la présence du réel; comme le dessin qui s'inscrit dans la matérialité du support, dans l'exigence du présent.
Il faut être un peu idiot pour dessiner, passer le temps, un temps à effleurer le relief du papier, encore et encore, jusqu'au presque noir pour révéler la lumière d'un volume, une joue, l'aile d'un nez, le blanc d'un oeil.
L'idiot, quand il dessine un doigt, il l'éclaire de telle manière qu'il nous offre la présence de la lune sans la montrer.
Le dessin ne montre qu'un doigt !

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