De la transition à l’indicible guerre énergétique

           Ce n’est pas nouveau,  l’énergie a été de tout temps un facteur prépondérant en stratégie politique pour la domination des puissances hégémoniques que sont, les Royaumes, Etats Nation, ou des Empires, ce depuis l’antiquité et plus encore de nos jours, ou l’illusion de l’infinie ressource énergétique qui a pétrie nos sociétés de modernisme arrogant à   servir le but de l’aboutissement d’une « civilisation » de l’abondance de plus en plus complexifiée.

           Ce n’est pas nouveau,  l’énergie a été de tout temps un facteur prépondérant en stratégie politique pour la domination des puissances hégémoniques que sont, les Royaumes, Etats Nation, ou des Empires, ce depuis l’antiquité et plus encore de nos jours, ou l’illusion de l’infinie ressource énergétique qui a pétrie nos sociétés de modernisme arrogant à   servir le but de l’aboutissement d’une « civilisation » de l’abondance de plus en plus complexifiée.

             Avant d’étirer le propos, il y a au préalable le constat à admettre, la dérive abusive en sémantique dans notre pays, cette détermination inconsciente pour le plus grand nombre, d’associer l’énergie à la seule terminologie électrique. Un comble pour le pays qui se vante et compte presque autant d’écrivains que de consommateurs d’énergie et de produits associés. Aux jours du débat qui va être mené sur la transition à l’Assemblée Nationale, ce qui ne manquera pas de provoquer de nombreux commentaires fumeux, un fond en brouhaha d’idées diffuses au pays qui est le notre si souvent prompt à donner des leçons, l’électricité sera l’énergie du vide sémantique jusqu’à l’infini. Une séquence qui  risque de semer plus encore de confusion,  si l’on ne tente pas de décortiquer les éléments de ce langage erroné sur un sujet aussi essentiel, le dépolluer de toute mauvaise publicité issue du jargon des plus hautes élites polytechniciennes, principalement les promoteurs de la doctrine nucléaire française.

             Rappelons que l'énergie est définie en physique comme la capacité d'un système à produire un travail, à notre époque ces systèmes sont alimentés depuis les puits de la péninsule Arabique, d’Afrique, via le gazoduc et oléoduc, mais encore depuis les mines d’uranium des quatre coins de la planète, Niger, Australie, Canada, et le Kazakhstan, un paradis dictatorial et partenaire de nos entreprises d’Etat (*). Un ensemble de structures complexes que les romains du monde antique ne disposaient pas encore, le substituant alors par l’esclavage ou du changement de phase du système en sueur du labeur des paysans et des artisans, rémunérés (ou pillés) en échange de la devise or principalement. (Ratio : ainsi de nos jours un homme moderne dispose de l’équivalent en force de travail de 100 esclaves réunis)

Matthieu Auzanneau, propose dans son blog titré « Man Oil » des chroniques subtiles à ce sujet. Il y relatait dans un brillant article datant de 2011, les travaux de l’anthropologue américain Joseph Tainter, un document éloquent au titre « L’empire romain et la société d’opulence énergétique : un parallèle », dans lequel le chercheur construit une narration surprenante et pertinente,  à remettre en place la réalité qu’il existe entre travail et vecteur énergie, autant que d’y relier les conquêtes guerrières indispensables à alimenter le système énergétique antique de Rome.  

Extrait : [… Lorsque les Romains envahissaient et pillaient un nouveau territoire, ce qu'ils faisaient en fait, c'était piller les surplus d'énergie solaire de ce territoire, transformés et accumulés au fil des siècles « sous la forme de métaux précieux, d'œuvres d'art et de personnes ». Ces pillages étaient extraordinairement rentables. Dès 167 avant J.-C., en s'appropriant le trésor macédonien, les citoyens romains purent s'exempter de tout impôt ; lors de la conquête de la cité de Pergame, le budget de Rome doubla ; lorsque Pompée prit possession de la Syrie en 63 avant J.-C., le budget de l'empire s'accrut à nouveau de 70 %, et ainsi de suite. Un retour positif sur investissement était en place : « Plus de conquêtes donnaient plus de richesses, qui finançaient plus de conquêtes », résume Joseph Tainter…] 

De la Syrie de 63 avant J.-C à la guerre d’aujourd’hui !

         La Syrie Romaine, une des provinces les plus importantes de l'Empire, tant par sa richesse étendue de la Méditerranée à l'Euphrate, elle constituait un riche carrefour où de nombreux peuples comme les Juifs, les Phéniciens, les Arabes ou encore les Grecs coexistaient. Cette province géographique qui ne ressemblait en rien aux contours des frontières actuelles. Israël et Le Liban, pays du Cèdre, deux entités politiques territoriales qui lors de leur création récente entre les deux guerres mondiales, pour l'un et en 1948 pour  Israël , ont réduit une grande partie de sa façade maritime Méditerranéenne.

         Un pays qui est en guerre civile depuis 3 ans, un terrible sacrifice pour de nombreux civils et excluant vers les pays voisins de nombreux exilés. Ce régime laïque est soutenu par le Président de la Russie, l’ex du KGB qui tient à perpétuer la loyauté de Moscou vis-à-vis du régime syrien, de s’assurer des  liens entretenus depuis les années 1950, l'ère soviétique, à maintenir coute que coute des relations qui se sont renforcées à partir de 1980, au moment « où la Syrie était le seul pion de la diplomatie soviétique dans la région »,  selon le chercheur à l'université de Tours, Frédéric Pichon. Il n’est d’ailleurs pas le seul à l’affirmer. 

Mirador et pandores militaires, à chacun ses  parcelles

         Il y a aussi des lieux stratégiques, ou la présence occidentale,  Français, Américains, Japonais et Allemands qui sont implantés à Djibouti, un pays dirigé par une dictature militaire autoritaire, ancienne colonie Française dans la Corne Africaine (voir ci dessous), qui nous oblige à mettre en vue toute la ressemblance de la présence Russe  dans la Base navale de Tartous, située en Syrie au bord de la Méditerranée ! Des enclaves stratégiques au bord de l’autoroute maritime du Golf, ou transite près de 15 à 18% des flux énergétiques mondiaux, et de zones d’influences en reliquats de l’impérialisme double face issu de la dernière Guerre Mondiale, dont à l’évidence, les dominants n’ont de but qu’à protéger leurs seuls intérêts économiques, en prétextant seulement à leur opinion respective, soit du maintien de la paix, de la protection des populations civiles des exactions bien réelles et aux massacres horribles des terroristes. Les idées ne manquant pas selon les endroits de la Somalie non loin de Djibouti, et pour la Syrie, l’affirmation objective à ces faits, les bombardements de  l’Etat Califat qui ne l’est pas, cette zone chevauchant l’Irak et la Syrie aux mains sanglantes des quelques 30 000 fadas armés des anciens chars de Saddam Hussein et qui se sont emparés des puits de pétrole dans le champ chaotique inspiré par les néoconservateurs Bush et Cie, pour en revendre au marché noir, des barils à 20€, quand le marché mondial traite ce produit aux environ de 80€ le baril !

         Comment dès lors, en connaissance de cette dépendance énergétique, et quelqu’en soit la forme, de l’antique à la moderne fossilisée, de ses conséquences dramatiques qu’on pleure justement entre gens civilisés, et de ne pas se saisir de l’évidence géopolitique lors de ce débat dit de transition, à regarder de plus près les intérêts supérieurs des Etats tous en addiction d’où découle leur devoir d’intervenir sur ces terrains géologiques gorgés de ce vecteur énergie. La guerre à ses origines aussi profondément ancrées, et selon les circonstances le théâtre militaire prend des allures déroutantes, surtout quand  la sève de l’économie mondiale guette en pénurie.

De 1984 à 2014 : Ennemi d’un jour ami toujours ?  

          La diplomatie internationale à ses mystères, tout comme ceux des cieux, les pékins moyens n’en seront jamais avertis, sauf au dernier moment quand il faudra les remettre à la baguette, ou du contraire à ne rien dire, assumant les sacrifices humains en y mettant le doigt sur la couture du pantalon (Cf : Les horreurs exécutées en Palestine par l’Armée Israélienne). Pire, le Président  Hollande semble désormais écarté des centres de commandements de l’opération militaire, lui pourtant qui souhaitait il y a  tout juste un an, annonçant humainement en envolée lyrique, de son devoir à punir et de bombarder le tyran syrien, alors que simultanément la CIA du Président Obama, contactait les services secrets syriens, un avant scène du théâtre des opérations OPEX que l’on pleure ou adoube, les préliminaires et obligations militaires avant de pouvoir repérer et de bombarder les fadas mafieux qu’il (Hassad) ne contrôlait plus depuis longtemps (Cf :La controverse de l’utilisation des gaz sarins). C’est en résumé, ce que Claude Angeli du Canard enchainé, écrit de semaines en semaines, lui qui  me semble-t-il, est très bien renseigné.

Programme nucléaire contre réserves gazières

            Dans un billet précédent datant du 11 juillet 2012,  j’évoquais déjà la fin de l’isolement de l’Iran dans la région, notamment avec ses voisins syriens et iraquiens. (Cf : http://www.mediapart.fr/files/Crise_en_Syrie.pdf ), un revirement géopolitique survenu lors des printemps Arabes et qui enflammaient toute la région, sidérant toutes les Diplomaties Européennes. Extraits [ En effet, le 25 juillet 2011 l’Iran renforçait sa coopération avec l’Irak et la Syrie, en signant un protocole d’accord pour la construction d’un gazoduc de 5000 km de long, depuis le gisement South Pars iranien dans le Golf (... jusqu'à la Méditerranée )… //… En effet le gisement South Pars, est le plus gros du monde, une exception géologique, qui compterait près de 50900 milliards de mètres cubes [Rajout du 2-10-14 : ce qui représente un siècle de consommation pour l'Europe…], ce qui selon l’AIE, est la troisième réserve mondiale de gaz naturel (14%), après celle de la Russie et de l’Iran. Des réserves sous soixante-cinq mètres d’eau et trois mille mètres de sable au beau milieu du Golfe. Autre originalité, le gisement a deux propriétaires qui a priori tout oppose : le Qatar, monarchie sunnite, et l’Iran, république islamiste chiite ; d’où ses deux noms, le premier « South Pars »  pour la partie iranienne, le second « North Dome » pour la partie qatarie, et une cohabitation qui n’a rien de très naturel]

         Comme l’avenir du passé n’est jamais écrit d’avance, cependant  il semblerait bien qu’une page Iran contre Amérique semble aussi  se refermer. En effet dans un papier aussi bref que synthétique publié dur le site de l’Expansion, Chaine Energie, il est écrit que [La levée des sanctions imposées à l'Iran pourrait ouvrir l'accès à d'immenses réserves de gaz naturel. Mais les tensions autour du programme nucléaire iranien restent un obstacle ]. Pour ceux qui en doutaient encore, le nucléaire atomique n’est jamais éloigné du pétrole gazier !

 http://energie.lexpansion.com/energies-fossiles/un-accord-avec-l-iran-pour-sortir-de-la-dependance-au-gaz-russe_a-31-8147.html

De la Guerre d’Ukraine à la gazinière de la ménagère de moins de 50 ans  

On ne peut pas exclure dans la tentative d’analyse de cette complexité énergétique, ici aux abords de ce chantier guerrier initié par les Usa en Irak et ponctuellement en Syrie, de deux autres infrastructures gazières en projet dans ce tumultueux Moyen Orient.

  • Un de l’abandon du projet initial du gazoduc Nabucco (Turq, All, Autriche, Bul, Roum, et Hongrie, tous à part égale à 16.7% - pour 15.8 milliards d’euros- Une doctrine américaine portée par l’ex écolo allemand Joschka Fischer). Ce gazoduc dont le réseau devait prendre sa source en Asie centrale, passant sous la mer Caspienne. Le consortium a en effet réduit la longueur et conservé uniquement la portion linéaire occidentale européenne, ainsi du gisement de gaz de Shah Deniz II a finalement retenu, le 28 juin 2013, le gazoduc transadriatique pour acheminer le gaz de la frontière turque à l'Italie, en passant par la Grèce et l'Albanie. Exit le pompage en Asie Centrale, la Guerre en Ukraine, n’est certainement pas étrangère à la stratégie de financement pour cet objet à transporter du gaz ! Vous y mettriez des sous pour payer ce tube, là ou les clivages ethniques et faussement patriotiques, pourraient etre allumés à tous moments ?
  • Et de deux, de la mise à l’arrêt du projet South Stream (Gazprom 50% - EDF 15% ENI 20% BASE 15% pour 25.8 milliards d’euros), pour des raisons d’ordre moral de notre électricien national, médire Poutine et servir Gazprom, il est difficile dans ce cas, de prolonger l’aventure, comme Nabucco, le chemin choisit, ressemblait pour peu à celui-ci.

La transition énergétique ou  l’aporie ?

         Tout cela peut vous sembler bien compliqué, ce qui est le propre de nos sociétés modernes, et en conclusion, et plutôt que de vouloir théoriser une science qui n’est pas la mienne, il suffit de lire ce court extrait de la recherche de l’anthropologue américain Joseph Tainter [Un destin similaire menacerait nos sociétés d'opulence énergétique nées du pétrole il y a un siècle, au moment où elles envisagent, de gré ou de force, une transition hors des énergies carbonées. Tainter ne le dit pas, mais les empires occidentaux modernes ont en un sens surgi de la même manière que l'empire romain, accaparant les réserves fantastiques d'énergie solaire transformée et stockée sous forme de pétrole un peu partout sur Terre : d'abord les Anglais en Perse et en Irak, puis les Américains en Arabie Saoudite notamment, les Français, enfin, en Afrique. ]

La transition en débat à l’Assemblée Nationale, sera-t-elle d’une efficacité redoutable à combattre nos maux existentiels, et si chers en réflexion  à Jean Paul Sartre, ou alors ne faudrait-il pas mieux encore d’entreprendre la relecture du structuralisme de l’ethnologue Claude Lewis-Strauss, l’opposé philosophe du célèbre marxiste, mais cette fois appliquée à nos si chéres technostructures  ** ?

* A lire sur le Canard enchainé du 1er octobre 2014 : Ces journalistes et politiques que l'argent fait tourner kazakh

** Voir article : "Un rapport accable une Ecole polytechnique sans cap et sans vision"   01 octobre 2014 |  Par Lucie Delaporte

http://www.mediapart.fr/journal/france/011014/un-rapport-accable-une-ecole-polytechnique-sans-cap-et-sans-vision

Lien  anthropologue      http://en.wikipedia.org/wiki/Joseph_Tainter  

Man Oil par Matthieu Auzanneau    http://petrole.blog.lemonde.fr/          

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Le reportage vidéo. Les perspectives, le débat démocratique :

POUR UNE ALTERNATIVE A LA DICTATURE A DJIBOUTI

Modérateur Mohamed Habib Abdourahman dit « Amigo ».

Le Collectif Breton pour la Démocratie à Djibouti, a organisé une rencontre avec les composantes de l'opposition au régime dictatorial qui sévit depuis 36 ans,  un débat sans langue de bois, un document fort et éloquent qui transcrit leur volonté d'agir pour établir une démocratie diverse et plurielle dans cette enclave de la Corne Africaine, un lieu et port stratégique mondial, ou sont installés les puissances : USA, France, et Japon ( l'Allemagne est également au point de s'y installer).... Voir Ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/patrig-k/160713/pour-une-alternative-la-dictature-djibouti

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