La cogénération gaz pour les tomates, est-ce bien raisonnable ?

              L’émission « Ils changent le monde » du 8 aout 2013, est l’un de ces feuilletons quotidien diffusé par France Inter à 12h30, un entretien invité de l’une ou l’autre de ceux qui changeraient le monde, selon Caroline Fourest qui anime à l’apéro l’esprit coopératif du jour après jour de cet été radiophonique de la chaine publique.La journaliste pigiste de France Inter recevait ce jour là, la Coopérative bretonne SALVEOL, un groupement de maraichers producteurs du nord Finistère, représenté pour l’occasion par la présence dans les studios du Président, Monsieur Philippe Daré. Un esprit coopératif bien utile et justifié par « l’intérêt de cultiver en serre pour économiser l’énergie », notait la présentation du sujet du jour sur le site web de France Inter. (1)

              L’émission « Ils changent le monde » du 8 aout 2013, est l’un de ces feuilletons quotidien diffusé par France Inter à 12h30, un entretien invité de l’une ou l’autre de ceux qui changeraient le monde, selon Caroline Fourest qui anime à l’apéro l’esprit coopératif du jour après jour de cet été radiophonique de la chaine publique.La journaliste pigiste de France Inter recevait ce jour là, la Coopérative bretonne SALVEOL, un groupement de maraichers producteurs du nord Finistère, représenté pour l’occasion par la présence dans les studios du Président, Monsieur Philippe Daré. Un esprit coopératif bien utile et justifié par « l’intérêt de cultiver en serre pour économiser l’énergie », notait la présentation du sujet du jour sur le site web de France Inter. (1)

                  Il m’a donc semblé utile de profiter de l’occasion pour soutenir cette contribution corrective qui suit, de tenter de nuancer les satisfaisants arguments et des à propos perfectibles de ce fond sonore radio, de ce changement de monde si cher à Caroline, et que tous attendent depuis plus d’un an déjà. C’est aussi un peu de notre espoir. Ou comment générer de l’efficacité dans ce domaine, ici en Bretagne, oser et penser à réparer pour de l’agriculture post-productiviste, ce qu’il requerrait de reconstruire. Un autre son de cloche en note que celle-ci diffusée, de bien généreuse et astucieuse idée à produire des tomates. L’appétit venant du sucre de sa voie suave, à cette heure de très grande écoute. Ou quand Caroline Fourest fait surtout la promotion de SAVEOL (euphémisme), sans entendre un seul mot pour approfondir les réalités. Juste une agréable entente entre quatre oreilles, et de l’écho presqu’écolo sur les ondes radios.

Le gadget en marketing esthétique

Sur l’esprit de cet entretien, de la courtoisie en parfaite coopération, et du plaisir à entendre les bonnes résolutions techniques pour la production de tomates ou autres concombres, là, il n’y a rien à dire. Pensez donc, l’innovation en R&D, à la recherche de la tomate sucrée en forme d’oeuf de pigeon, de couleur jaune orange et pas plus gros qu’une noisette, pour un jour d’été, c’est l’idéal agro-gadget à l’heure de l’apéro, le pic à pot rigolo d’une belle journée d’été. Une mise en bouche juste avant la merguez panachée de cheval d’âne de boeuf, à ne pas confondre avec celle du doigt de porc d’âne de Bretagne, car là, parait-il, il peut y avoir déclinaison de prescription, de l’octroi de droite ré ouvert par la gauche ....ou non ! Que l’on s’amuse, passe encore, des berlingots en tomates et barquettes pourquoi pas après tout.

De l’esprit à la prise de conscience du danger du traitement par de la pétrochimie « préventive », Monsieur Philippe Daré de SAVEOL dit maitriser son sujet, et d’assurer les bonnes pratiques des quelques 130 producteurs de la région qui sont associés au groupe coopératif (2000 emplois, tout de même), ceux qui oeuvrent sur les quelques 140 hectares de serres du département, des entreprises installées depuis Brest et environ (BMO), mais aussi à Landunvez, Plouénan, Taulé, Loperhet et Briec non loin de Quimper (2). On ne peut pas décemment ignorer et accorder du crédit aux tentatives des producteurs maraichers du nord Finistère (et d’ailleurs) à vouloir réduire drastiquement l’utilisation des pesticides dans leurs serres à tomates ou de fraises, des technologies d’agronomes en bio-prédation, l’alternative des sympathiques jardinières en coccinelles, bourdons ou autres insectes antagonistes, un argument qui a bien sur été largement développé durant l’entretien. Qui n’aimerait pas la petite bête ronde toute vêtue de rouge et de noir, l’arme fatale pour de la bonne tomate et des fraises idéales.

De l’intérêt de cultiver en serre pour économiser l’énergie !

Certes, si les serres sont des outils bien utile pour optimiser les cultures par l’apport gracieux du rayonnement solaire, Il n’en reste pas moins vrai que cette filière de production de tomates de toutes saisons, et en plus de ces apports solaires, rentabilité et compétition et afin d’inonder les étales des supermarchés, le groupe SAVEOL compte actuellement dans son parc, 54 hectares de serres qui sont chauffés par du gaz naturel importé à 98%. Ces installations de chauffage en cogénération produisent simultanément 30 MWe par cette double utilisation de l’énergie primaire gaz. Des quantités qui sont loin d’être négligeables, consommées notamment en période nocturne. Pour la région Bretagne, le développement de ce procédé cogénération, et selon les estimations chiffrées par l’ADEME, ce concept pour le chauffage des serres et de la production d’électricité, pourrait atteindre les 200MWe (3). D’autre part la documentation technique la plus courante et disponible, précise généralement que les rendements en cogénération sont de l’ordre de 80% à 90% pour ces systèmes, selon d’où se placent les annonceurs. Ce qui est retenu par les institutions, est bien en de ça ! Extrait du rapport commandé par Thierry Breton au Conseil général des mines [...//...cogénération qui présente un rendement électrique de 35% et un rendement thermique utile de 42% ] (4)

Pour quelle efficacité énergétique, économique et environnementale ?

Des chiffres qui à l’origine sont issus d’une mission en prospective datant de 2006, ordonnée et rédigée à l’époque par Thierry Breton, alors Ministre des Finances, dans laquelle celui-ci commandait à l'Inspection Générale des Finances et au Conseil général des mines une étude, ou [...//... il convient (convenait) d’étudier la rentabilité économique et financière globale de l’ensemble de la filière depuis son origine.].

La principale motivation et préoccupation du Ministre se portait alors et principalement sur le plafonnement du prix du rachat du gaz aux cogénérateurs, ceci afin d’établir des avenants en déplafonnement, toujours selon le Ministre, pour juguler les surcouts financiers « pervers » et évalués en 2005 par ses services, à une somme de 155 M€. Une somme versée aux comptes des producteurs via la CSPE (Contribution du Service Public de l’Électricité). CSPE, cette taxe dont on parle tant quand il s’agit d’éolien ou de solaire, entièrement financée et à la charge des consommateurs. 155 M€, en plus des 50% des 1.4Md€ qui avaient été redistribués depuis la CSPE pour rétribuer les industriels de la cogénération en 2006, toujours selon la lettre de mission du Ministre Breton, une bagatelle 855M€ au total sur un an d’exercice pour du service, dont il est utile d’en vérifier du réel intérêt à plus d’un titre. SAVEOL n’étant qu’un des plus petits de ces chanceux serviteurs d’électricité. (5)

Une mesure de déplafonnement qui avait été mise en oeuvre pour l’exercice 2005-2006. L’étude commandée devant par la suite démontrer de l’intérêt (ou non), d’une réévaluation pluriannuelle de ces contrats, d’étudier la mesure dissuasive à produire de l’électricité spéculative et quand le cout du gaz serait à la hausse, alors que les besoins en puissance thermique pour la production de tomates ne sont pas forcément concordant dans le temps. Une cogénération imaginaire, c'est-à-dire, hors saison SAVEOL qui précise que la période de sa production, se situe principalement de mars à fin octobre, c'est-à-dire quand il y a déjà et le plus souvent une surproduction d’électricité d’origine nucléaire. Ce n’est pas écrit pour réjouir les fans du nucléaire, c’est ainsi ! De plus les cycles courts en cogénération sont très déconseillés, générant en conséquence : des rendements amoindris et de l’usure précoce, comme toutes mécaniques, la physique du régime constant, est préférable.

Une politique tarifaire remaniée afin d’inciter les cogénérateurs de ne pas produire de l’électricité, dès lors que le cout du gaz était au plus haut, il est bon dès lors, de prendre connaissance des opérateurs en ce domaine, ils y gagnaient des deux cotés ! (5) Mais encore, il y a de ces intermittences dont on nous cache tout ! Des MWe plaqué or dans certains cas de figure, à produire de l’électricité au prix fort et d’offrir les 40% des puissances thermiques inutilisés pour les oiseaux, qui sait, même en plein hivers ! En effet, ces contrats qui avaient été sensiblement améliorés et prolongés de 12 ans depuis 2001, pour le rachat des MWe issus de la cogénération, principalement par EDF. Des MWe revendus par des industriels autant que certains de nos maraichers bretons, dès 1997 à prix de 110€/MWh quand le cout moyen de gros avoisinait les 60€/MWh en période hivernale. Des contrats à se faire du gras, en quelque sorte, et de plus d’une efficacité en tous points, qui selon l’étude du Conseil général des mines, n’est pas démontrée. Extrait du jargon techno-administratif [Au total, la cogénération permet la réalisation effective d’économies d’énergie primaire à condition que les productions électrique et thermique soient pleinement utilisées, ce qui suppose qu’il existe des besoins concomitants en électricité et en chaleur. Par ailleurs, une approche différenciée est nécessaire pour assurer une utilisation pertinente de la cogénération en fonction de la nature des besoins énergétiques. ]

C’est selon ces savants ministères, ces processus cogénérations gaz pour la production de tomates et simultanément d’électricité soient efficients, cela nécessiterait que la consommation de tomates et d’électricité soient-elles aussi quasi simultanées, en forçant le trait forcément. En effet, il est assez facile de déchiffrer que la nuit, quand les serres sont chauffées et parfois éclairés par des radians alimentés en gaz naturel, de la lumière pour murir les fruits ou agrumes, la demande en consommation d’électricité est le plus souvent en veille. C’est d’ailleurs à ces heures qu’EDF revend à la Suisse ces surplus de GW nucléaires à bas couts (en hivers également), pour que les « enfants » de Guillaume Tell, les lui revendent le lendemain, facteur 3, 4 voir 10 selon le marché spot du moment, heures de pointe en matinée notamment, et pour les cas les plus évidents.( Figure N°6 ). Rappelons, que ceci concernait, les contrats avec obligation d’achat. En plein dans not’ pomme la plus value !

Le SDEF milite pourtant pour le développement de la cogénération

Malgré cette contrainte, l’efficacité non démontrée du système, le SDEF (Syndicat Départemental d’Énergie et d’équipement du Finistère), préconise pourtant le développement de la cogénération pour les maraichers, la proposition N°6 qu’il a rédigé dans sa contribution au débat sur la transition énergétique, en s’appuyant notamment sur les chiffres précités de l’ADEME. La cogénération gaz pour les tomates, est-ce bien raisonnable ? La question mérite à mon sens d’être reposée, sans écarter ces techniques, car sous prétexte de technicité en haut rendement théorique, ce concept ne convient pas forcément en modèle de sobriété énergétique, la cogénération d’électricité et le chauffage de serres n’étant pas liés en service des différents besoins à l’instant « T » [ ...Par ailleurs, une approche différenciée...] est nécessaire, d’autant que d’autres techniques existent, stockage diurne/nocturne, réservoirs d’énergie à sels fondus en complément de panneaux solaires thermique, pour les techniques avec retour d’expériences, qui demande des améliorations.

Les ingénieurs des mines vont plus loin : « les conditions pour tirer le meilleur parti de l'intérêt écologique et économique de la cogénération au gaz naturel ne sont actuellement pas réunies en France », et « le remplacement du régime d'obligation d'achat par un système d'aide aux investissements dans les modes de production électrique écologiques, au-delà de la seule cogénération au gaz naturel, ce qui pourrait permettre de mettre en concurrence cette technologie avec d’autres modes de production « propres » et notamment les technologies (chaudières et turbines à vapeur) utilisant la biomasse comme combustible. »

La cogénération gaz pour les tomates, est-ce bien raisonnable ?

Une partie de ce changement est nécessaire, il y a lieu de vérifier si cette piste cogénération pour ce domaine spécifique, est vraiment compatible avec l’indispensable et inévitable transition énergétique, un questionnement accompagné obligatoirement d’une réflexion sur l’obligation à moyen terme ; de s’offrir l’évolution des comportements pour garnir nos assiettes. La demande étant un facteur déterminant pour atteindre l’objective sobriété.

 ---------------------------------

Sur le fond de cette histoire de gaz à tomates, et sous un autre angle vu et lu ce qui n’a pas échappé au Canard enchainé. La question mérite vraiment d’être doublement posée.

Est-ce bien raisonnable ?

 Il faut savoir (Le Canard du 10 juillet) qu'une tonne de tomates sous serre chauffée coûte 946 kilos d'équivalent pétrole, soit dix fois plus que si vous la faites pousser en plein champ. Pour donner une tonne de tomates, une serre chauffée consomme 11 kWh d'électricité, ce qui équivaut à 946 kilos d'équivalent pétrole. la même quantité de tomates cultivées en plein champ ne dépense que 95 lilos d'équivalent pétrole. C'est pourquoi, Bruxelles a donné au géant français Saveol, roi de la tomate française sous serre au nom du "recours aux techniques de culture et de production respectueuses de l'environnement " (appréciez l'humour), la bagatelle de 2,6 millions d'euros pour soigner sa com', comprenez pour faire la publicité de sa pétro-tomate. Mais non, vous ne rêvez pas!

 On peut dire avec le Canard qu'une tomate cultivée à Agadir sous une simple bâche plastique coûtera, malgré les 3200 Km parcourus jusqu'à Rungis, 13 fois moins d'équivalent pétrole que sa cousine du Finistère qui a grandi sous serre chauffée!

 

Pk Le 9 aout 2013.

Les notes en pièce jointe

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.