Crise en Syrie, la guerre du gaz au Moyen Orient

Dans un précédent billet (1) j’évoquais le discours de François Hollande à l’assemblée générale de l’ONU, celui-ci d’un ton martial s’en était pris au régime syrien de Bachar al-Assad, tout en critiquant également les  «divisions, blocages et inertie» qui régnaient selon lui dans cette vénérable assemblée. Un discours dans la droite ligne de ces diplomaties de façade, et qui n’ont que pour principal but de satisfaire les opinions occidentales, l'art oratoire de l'ordre et de la compassion pour son camp.

Dans un précédent billet (1) j’évoquais le discours de François Hollande à l’assemblée générale de l’ONU, celui-ci d’un ton martial s’en était pris au régime syrien de Bachar al-Assad, tout en critiquant également les  «divisions, blocages et inertie» qui régnaient selon lui dans cette vénérable assemblée. Un discours dans la droite ligne de ces diplomaties de façade, et qui n’ont que pour principal but de satisfaire les opinions occidentales, l'art oratoire de l'ordre et de la compassion pour son camp.

Moins de deux semaines plus tard, il semble bien que l’inertie ne soit plus la règle, et que le blocage de la situation qui était déjà extrêmement tendue, ne soit elle encore maintenue, la seule marque de la trilogie de notre 1er Magistrat diplomatique qui reste valide, c’est que la division est en passe de se concrètiser en scission radicale, l’avènement d'un conflit généralisé à très grand risque au Moyen Orient.

Hier en soirée (10.10.12), l’armée de l’air Turc, à détourné et imposé à un vol civil en provenance de Moscou en direction de Damas, de faire escale sur le territoire turc. Une escale pour un contrôle du chargement supposé compter dans les soutes de l’Airbus 320, de l’armement ou des équipements de surveillance à destination de l’armée syrienne. Intox ou réalité, qui pourra réellement nous livrer le résultat de ces investigations réalisées sur le territoire d’un des deux belligérants ? Car depuis les précédents bombardements de part et d’autre de la frontière des deux pays, la tension est à son comble, entre la Turquie membre de l’Otan, et la Syrie membre de l’axe diplomatique Iran, Irak, Syrie et de leur soutien, la Russie, la réaction ne s’est pas fait attendre.

Printemps Arabe et la maitrise des flux du gaz

Ce n’est plus un secret pour personne, le « pic-oïl » est déjà presque loin, ce qui avait été confirmé par l’AIE  il y a de ça quelques mois déjà. Un choc psychologique et le signal pour le changement de stratégie pour les principaux pays consommateurs du produit pétrole, cette ressource qui était jusqu’à présent le principal vecteur de toute l’économie mondiale, et quelques soient les régimes politiques et économiques des régions servies par les compagnies pétrolières, dont le monopole pour l’exploitation et le transport dans ce domaine, appartient principalement pour le pétrole, aux compagnies pour la plus part occidentales, de Shell à Total.

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En conséquence de quoi, la perte de potentiel de production et les surcouts pour l’exploitation de ces ressources sur les hauts fonds marins, le gaz est promut à devenir la ressource majeur dans les décennies qui viennent, à supplanter l’or noir dans le secteur des énergies fossiles. Ainsi que de remanier une grande partie de l’exploitation du charbon, notamment en Asie,  principalement en Chine et au Japon. Ce dernier pays étant contraint de se fournir en grande capacité en gaz,  pour palier au défaut de production de toutes, ou quasi, ses centrales nucléaires mises à l’arrêt suite à la catastrophe de Fukushima.

Un nouveau marché en expansion, le gaz, ce qui attire bien évidemment des appétits et également de nouveaux entrants, et dont l’un de ces gisements les plus prometteurs, serait situé en mer d’Iran, le champ South Pars. Et la mer Caspienne, comme je l’écrivais dans un autre précédent document. (2)

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La  fin de l'isolement régional de l'Iran

L’Iran qui a renforcé son influence politique et économique régionale à partir de juillet 2011, a été un revers cuisant pour les USA, les américains qui imposaient des sanctions économiques à la République Islamique depuis des années. Un succès persique pour ce pays quelques mois à peine après l’émergence des printemps arabes en cette année 2011, ou quand toutes les chancelleries Européennes étaient en état de sidération à constater le mouvement  de tentation démocratique des populations arabes, ce malgré la présence des diplomates occidentaux, complètement dépassés et incapables de détecter et d’observer les changements qui couvaient dans ces régions. A tel point, que la Ministre MAM, proposait de servir à nouveau ses amis dictateurs, de Tunis ou encore d’Égypte.  

En effet, le 25 juillet 2011 l’Iran renforçait sa coopération avec l’Irak et la Syrie, en signant un protocole d’accord pour la construction d’un gazoduc de 5000 km de long, depuis le gisement South Pars iranien dans le Golf (voir ci-après), dans le but de livrer du gaz à ses voisins proches, dans un premier temps, et de créer par la suite sur les cotes syriennes, une ouverture géopolitique et un port pour l’exportation et la livraison de ce gaz iranien vers l’Europe via la Méditerranée, des méthaniers qui seraient en partance notamment vers la Grèce. Des  prouesses géopolitiques et techniques voulues par Téhéran, à mener ce chantier pour être opérationnel en moins de cinq ans, ce qui serait donc achevé en 2016, c'est-à-dire demain, pour la partie orientale.

La concurrence Iranienne sur le marché du gaz

Un gazoduc de plus, ce qui n’a rien de très réjouissant, ni pour la Turquie, ni pour les investisseurs occidentaux déjà fortement engagés sur les autres tuyaux qui sont également en projet dans la région, et pour les plus conséquents : Southstream (Gazprom 50% - EDF 15% ENI 20% BASE 15% pour 25.8 milliards d’euros) et plus encore pour celui qui porte ce nom antique, Nabucco (Turq, All, Autriche, Bul, Roum, et Hongrie, tous à part égale à 16.7% - pour 15.8 milliards d’euros). Un gazoduc dont le réseau prendrait sa source en Asie centrale, sous la mer Caspienne. Pourtant, des incertitudes subsistent pour la terminaison de ce tube trans-continental, rien que de plus qui pose encore beaucoup de soucis à la  Turquie. Son coût, initialement prévu à 7,9 milliards d'euros, s'élèverait actuellement à 12-15 milliards. Un projet qui a encore prit du retard et  est repoussé à nouveau pour deux années de plus. Des retards consécutifs qui engendrent des couts supplémentaires, immobilisation financière aidant, d’autant plus qu’il manquerait encore des investisseurs pour boucler le budget.  Nabucco est en danger (3)

Une course de vitesse Nabucco contre le gazoduc venant de South Pars 

En effet le gisement South Pars, est le plus gros du monde, une exception géologique, qui compterait près de 50900 milliards de mètres cubes, selon l’AIE, soit la troisième réserve mondiale de gaz naturel (14%), après celle de la Russie et de l’Iran. Des réserves sous soixante-cinq mètres d’eau et trois mille mètres de sable au beau milieu du Golfe. Autre originalité, le gisement a deux propriétaires qui a priori tout oppose : le Qatar, monarchie sunnite, et l’Iran, république islamiste chiite ; d’où ses deux noms, le premier « South Pars »  pour la partie iranienne, le second « North Dome » pour la partie qatarie, et une cohabitation qui n’a rien de très naturel.

Des intérêts antinomiques, et l’imbroglio pour la prise du pouvoir des marchés du gaz au Moyen Orient, ce qui sert le prétexte à tout faire et de tous les cotés, afin de freiner tel ou tel autres des projets qui seront les artères indispensables à la continuité des livraisons de ce gaz vers l’Europe occidentale dans les prochaines années et décennies. La sève en cette énergie fossile, l’indispensable survie de nos économies, dont il est aisé de se saisir des enjeux, des sommes colossales misent en balance et des buts autres que de  l’humanisme si souvent mis en évidence sur tous les écrans. La facilité compassion, ici comme dans bien des sujets, la méthode mainte fois éprouvée,  de l’impérieuse bien séance des pays occidentaux à vouloir aider les déterminations démocratiques des populations syriennes.

La réalité est cruelle, car derrières ces bons sentiments, se cache la volonté : et de la monarchie du Qatar, à financer les mercenaires, quand ils ne sont pas djiadistes, pour allumer plus encore la guerre civile en Syrie, mais également la part loin d’être négligeable de la responsabilité de la Russie, par l’autoritarisme du nouveau Tsar Poutine, qui n’a pas d’autre ambition que de  reprendre le contrôle du commandement des pays producteurs de gaz, ce pouvoir qui est actuellement aux mains des Qataries.

En conclusion, une raison de plus pour tenter de juguler ces crises et conflits à venir, par la maitrise de nos consommations, ce qui sera de mon point de vue, et de loin plus efficace, que de tirer sans cesse sur les mouchoirs, à la seule fin d’hypothétique résolution en compassion

(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/patrig-k/260912/hollande-l-onule-changement-c-est-maintenant

(2) http://blogs.mediapart.fr/blog/patrig-k/120912/gaz-7-le-ccce-impose-suez-et-freres-le-paiement-de-sa-dette

(3) Southstream/Nabucco Voir la carte en PJ

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