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Billet de blog 30 janv. 2021

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Ma guerre d'Algérie

De tous les témoignages que je lis aucun ne parle de pacification, pourtant elle a bien existé et même, j'ose l'espérer, laissé des souvenirs émus à certains. C'est un témoignage personnel qui n'est qu'un espoir dans le déferlement de ressentiment et d'amertume que je ressens à lire tout ce qui parait dans la presse.

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Jeune second-maitre de la marine nationale j'ai été choqué de tout ce que je lisais dans la presse sur les "événements" d'Algérie, et je me suis dit qu'il serait peut-être intéressant d'aller voir sur place ce qui se passait, et je me suis porté volontaire pour être affecté à la Demi-Brigade de Fusiliers-Marins basée à Nemours à la frontière marocaine. A l'Etat-Major je me trouve affecté au secretariat du Bureau Documentation Liaison où je m'occupais notamment de la paie des harkis de la D.B.F.M. et j'ai été chargé de la pacification du douar de Sidi Amar qui était en réalité un quartier de Nemours. Dans ce douar il y avait une école tenue par un couple d'instituteurs venus de la métropole. Je passais beaucoup de temps au douar aidé par un jeune musulman qui me servait d'interprète pour dialoguer avec les habitants qui ne parlaient pas très bien le français, installant une infirmerie où avec un infirmier on soignait les petits bobos des enfants et des familles. Je faisais des séances de cinéma sur la place du village. Je discutais avec les habitants de leurs problèmes quotidiens, je crois qu'une certaine confiance s'était installée dans nos rapports, faits de respect mutuel. Puis le 19 mars 1962 est arrivé. J'ai fermé l'infirmerie (j'ai ramené la clé avec moi !) et j'ai eu la surprise de la visite de deux habitants de Sidi Amar qui me demandaient de rester au douar, disant que le douar pouvait être une commune et que je pouvais en être le maire! le moment de surprise passé je leur ai dit que cela n'était pas possible mais que je reviendrais sûrement les voir ! je ne crois pas qu'ils m'aient cru.

Puis la DBFM a été dissoute et nous devions rentrer en métropole. Mon commandant m'a demandé de convoyer les harkis et leurs familles jusqu'à Oran par la route. Ils étaient entassés dans plusieurs camions avec leurs maigres bagages, il fallait demander aux enfants de se taire pour ne pas attirer l'attention lorsque nous traversions un village. Un jeune harki m'a demandé de nous arrêter un moment pour qu'il puisse aller dire au revoir à sa grand-mère, je lui ai donné une demi-heure en lui indiquant que l'on ne pourrait pas attendre plus longtemps, il n'est pas revenu et nous avons du partir; je repense quelquefois à lui en me demandant s'il avait voulu rester en Algérie ou s'il avait été intercepté par le F.L.N.

Je me souviens de notre arrivée à Mers El Kébir : j'étais dans le premier camion et le chauffeur a du faire un écart pour ne pas rouler sur le corps d'un homme étendu en travers de la route. Ce souvenir me hante quelquefois la nuit. Puis tout ce petit monde a été pris en charge par les autorités en place et je n'ai plus entendu parler d'eux que par la presse. Il avait été crée une association pour défendre les harkis de la DBFM mais j'ai appris que cette association avait cessé d'exister. Mais tout cela avait laissé des traces et j'ai fait valoir mes droits à la retraite peu de temps après

Tout çà m'a laissé  l'impression d'un énorme gâchis : je me dis aussi que cela aurait peut-être pu être évité si en 1945 lorsque l'Etat à décrété l'Algérie département français on avait accordé à tous les habitants de l'Algérie les mêmes droits que les français de la métropole. Mais on ne peut pas refaire l'histoire.

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