La République doit triompher de la démagogie

J'aimerais dédicacer personellement cette tribune au mouvement de La marche des républicains.

 

Lorsque Christiane Taubira, alors victime d'attaques racistes, intervint au Palais Bourbon, l'ovation de soutien qui accompagna son discours ne fût partagée que par l'aile gauche de l'hémicycle. Pourtant, la condamnation de telles attaques au coeur de la société aurait du faire consensus parmi les élus de notre République. 

Cette incompréhension donna naissance à l'article qui suit.

Le rôle des partis "d'opposition" quels qu'ils soient est absolument nécessaire à la recherche de solutions appropriées. Ceux dont l'objectif républicain est d'assurer le débat dans un climat dépassionné, propice à l'échange, constructif et respectueux des opinions. Or, et je le déplore chaque jour, les opposants tendent à renier leur rôle pourtant fondamental d'interlocuteur pour revêtir tout entier celui de contradicteur. L'opposition s'est quasiment désinvestie de sa mission de garant de la République aux dépens de ses valeurs, de ses actions et de ses combats. Elle se livre aujourd'hui au triste jeu de la démagogie.
Plutôt que de calmer les passions, elle les attise. Au lieu de donner concrètement et raisonnablement le change dans le débat, elle s'oppose systématiquement, sans aucun discernement et de manière tout à fait caricaturale à la moindre action politique du gouvernement. La mission qui lui incombe n'est même pas celle de nuancer, de rationaliser ou d'apporter une réponse critique et bienveillante à l'action de la majorité politique, ne nous leurrons pas, mais de faire preuve ne serait-ce que d'une certaine honnêteté intellectuelle sur un bilan et un programme (On voit aujourd'hui l'UMP dénoncer l'écotaxe qu'elle votait hier). La capacité du gouvernement à régler ses problèmes de façon honorable en dépend. Pourtant, elle s'échine à lui ôter tout soupçon de légitimité et ce, sans en mesurer les conséquences populaires. A des fins politiciennes, elle se permet d'instrumentaliser les mécontents, de parodier leurs doléances, de simplifier vulgairement leurs aspirations (la composition hétéroclite des manifestations sur les Champs Elysées le 11 novembre, comme en Bretagne, en sont la triste représentation). Les mécontentements, aussi démesurés que flous, deviennent inaudibles à l'oreille des élus qui ne savent plus comment réagir.
Cette contestation trouve une énergie nouvelle dans les axiomes et les slogans. Malheureusement, on ne peut résumer un programme politique à des formules.
Le débat doit être construit, la réflexion doit être menée à plusieurs dans un climat propice à l'échange. Les leaders politiques doivent cesser la protestation stérile et anxiogène à des fins électoralistes. Ils ont le devoir de désamorcer les bombes politiques qui desserviront toutes les causes qu'ils prétendent défendre. Si la critique est saine, elle peut se révéler dangereuse lorsque dévoyée du seul objectif qui lui incombe vraiment, celui d'enrichir décemment le débat dans l'intégrité politique.

Il y a 150 ans, Anatole Prévost-Paradol se posait la question" Qu'est-ce qu'un démagogue et comment le distinguer d'un ami du peuple?". A cela, il avait trouvé la réponse basée sur une distinction fondamentale: "Le réformateur signale un mal particulier et propose en même temps un moyen pratique et spécial de le guérir. Le démagogue au contraire, s'en tient aux déclarations vagues et perpétuelles sur l'inertie ou la mauvaise volonté de l'Etat, sans révéler à l'Etat aucun moyen d'étendre à tous, les moyens de la jouissance égale des biens de la terre". Cette distinction est si fondamentale et marque une dichotomie tellement vraie qu'elle s'applique encore largement de nos jours.

En effet, si la contestation de la politique menée par le gouvernement apparaît de plus en plus violente et populaire, elle semble pourtant être inaudible. Inaudible parce que confuse et indistincte. On a du mal à percevoir qui la propage et qui la relaye. On peine à en définir les contours et surtout, et c'est le plus grand problème, à entendre les revendications qui s'en émanent. Cette contestation est périlleuse car passionnée mais aveuglée. Elle s'est enfermée dans une logique chaotique, proie facile de l'instrumentalisation politique mais dont la possibilité d'une issue positive s'éloigne à mesure que la colère gronde.
Qu'il y ait un mécontentement populaire, cela est indéniable aujourd'hui. Qu'il faille impérativement lui apporter une réponse l'est aussi. Mais pour apporter une solution à un problème, encore faut-il que celui-ci soit défini. Le spectre du démagogue plane sur notre République et la menace. On se trouve aujourd'hui dans l'impasse politique.

Il faut sortir de cette impasse, sauver la République, débattre dans le respect des institutions et de la démocratie. La raison doit primer sur la passion. Un tel dessein doit faire consensus -l'opposition droite-gauche sur le sujet serait incompréhensible. Hommes et Femmes d'Etat, ne l'oubliez pas.

Paul Blin,

Secrétaire général de Terra Nova Etudiants.

 

Retrouvez l'article sur le site de Terra Nova Etudiants:

http://www.terranovaetudiants.fr/blogs/entry/la-republique-doit-triompher-de-la-demagogie.html

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.