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Billet de blog 3 novembre 2025

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Paris doit rester un phare pour les droits humains.

Dans un contexte où les droits fondamentaux sont fragilisés dans le monde, Paris doit continuer à afficher avec fierté son ouverture, sa solidarité et sa générosité d'accueil. Le niveau local est une échelle fondamentale pour contribuer à la protection des droits humains.

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Au bord du précipice, c’est par ces mots que Amnesty International a sous-titré son rapport annuel sur les droits humains, paru fin avril 2025.

Et on ne peut en effet que constater combien partout le tableau est épouvantable : l’impérialisme du Kremlin viole et tue en Ukraine, les maires d’opposition turcs se font arrêter sous des prétextes fallacieux, les morts sont toujours plus innombrables à Gaza, Donald Trump s’acharne sur les migrants, les actes antisémites augmentent partout et du Malawi à la Géorgie, la répression ne cesse de se durcir pour les LGBTQIA+.

Si les haines s’accroissent, ce n’est pas le fruit du hasard. C'est le résultat d’une démarche consciente de la part d’autocrates et d’ingénieurs de la réaction. Pour les contrer, seule une action politique ferme et méthodique sera efficace. Mais qui pour mener ce combat en France ? Comment croire en la responsabilité de notre gouvernement français quand Bruno Retailleau, encore ministre de l’Intérieur jusqu’en octobre 2025, s’est montré plus préoccupé par l’accélération de l’expulsion de personnes en situation irrégulière que par leur fournir un accueil digne ? 

La réponse réside en grande partie à l’échelle locale. Les municipalités sont en première ligne pour défendre et garantir les droits humains. Et parmi celles-ci, Paris s’est montrée être plus qu’un rempart. C’est depuis des siècles l’histoire de la capitale de la République française que de s’investir dans la protection et la diffusion de l’héritage des Lumières.

Partout dans la ville résonne cet attachement profond aux Droits Humains. C’est dans le 8e arrondissement qu’Anne Hidalgo a inauguré en 2023 le jardin de Kyiv en l’honneur du peuple ukrainien. La mairie du 11e arrondissement et son maire ont accueilli en octobre 2025 le forum annuel des démocrates russes opposants à Poutine. Dans le 15e arrondissement, la Maison des Journalistes accueille depuis 2002 et au nom de la défense de la liberté d’expression ceux qui ont dû fuir leur pays en raison de la guerre, de la répression, de la censure.

Paris a beaucoup fait, mais Paris devra continuer. Il est essentiel que la capitale de notre République continue à se mobiliser pour rester ce phare pour les droits humains dans le monde. Il faudra désormais aussi se mobiliser avec nos universités pour l’accueil des scientifiques dont la liberté académique est mise en péril. Ville de gauche, Paris devra continuer à se battre contre le rétrécissement des espaces civiques et démocratiques et pour le droit de chacun à disposer de son corps comme ils et elles l’entendent.

Paris ne pourra continuer à être un refuge pour tous ceux qui fuient la persécution que si on lui donne les moyens de garantir un accueil digne. Alors que plus de 3.500 personnes ont été recensées sans solution d’hébergement à Paris en janvier 2025, il faudra que l'Etat prenne aussi ses responsabilités pour soutenir la mise à l'abri des personnes en situation de détresse. 

Enfin, se poser en ville refuge des Droits Humains, c'est aussi investir dans la stabilité de nos propres institutions démocratiques. A l'heure où les autocrates font feu de tout bois pour s'ingérer dans nos processus démocratiques afin de les affaiblir, et les plier à leurs désirs, nous avons tout à gagner à aider leurs opposants démocrates à surmonter les persécutions auxquelles ils font face. 

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