Situation des sans-abris accueillis à Conflans

Depuis plusieurs années, l’association La Pierre Blanche accueille, héberge et nourrit des personnes sans-abris à Conflans Sainte Honorine et à Andrésy, dans le nord des Yvelines. Les personnes accueillies sont majoritairement des réfugiés, et plus particulièrement des réfugiés tibétains fuyant leur pays pour des raisons politiques (auxquelles s’ajoutent quelquefois des raisons économiques).

Depuis plusieurs années, l’association La Pierre Blanche accueille, héberge et nourrit des personnes sans-abris à Conflans Sainte Honorine et à Andrésy, dans le nord des Yvelines. Les personnes accueillies sont majoritairement des réfugiés, et plus particulièrement des réfugiés tibétains fuyant leur pays pour des raisons politiques (auxquelles s’ajoutent quelquefois des raisons économiques). D'inspiration chrétienne, cette association agit face à la carence des pouvoirs publics quant à l'accueil et l'accompagnement de personnes en difficulté, mais n'entend en aucun cas se substituer à l'action publique. L’association, en plus de fournir un hébergement (soit sur des péniches, soit chez des particuliers volontaires) et des repas, aide quotidiennement les réfugiés dans leurs démarches administratives, notamment en ce qui concerne les demandes d’asile. Un réseau bénévole s’est créé pour donner des cours de français et aider les réfugiés à s’intégrer.

A Andrésy, 2 maisons ont été ouvertes, l’une en février 2014 qui loge 19 personnes et l’autre en octobre 2014 qui loge 25 personnes. Ces maisons étaient autrefois gérées par une association pour accueillir des familles en difficulté. Comme elles étaient sur le tracé de l’A104, ces maisons sont invendables et appartiennent au domaine de l’Etat. Ce sont donc la Préfecture et la DDCS qui ont accordé à la Pierre Blanche la gestion de ces deux maisons.

Il y a trois situations différentes pour les réfugiés :

-        Des primo-arrivants jusqu’au dépôt d’une demande d’asile

-        Des demandeurs d’asile jusqu’à l’obtention officielle d’un statut de réfugié (délai de 6 mois d’attente habituellement pour les tibétains, soit plus rapide que pour des demandeurs d’autres nationalités. Dernièrement, le délai a été réduit à 1 mois et demi)

-        Des réfugiés bénéficiant du RSA jusqu’à l’obtention d’un emploi et de droits sociaux

Cependant, le nombre de personnes accueillies n’a cessé d’augmenter au cours des années, Conflans ayant la réputation dans les réseaux tibétains en France d’être un lieu où on est un peu mieux accueilli. L’association s’est finalement retrouvée débordée et près d’une quarantaine de réfugiés a dû dormir sur une passerelle au-dessus de la Seine à Conflans.

 

La situation est devenue vraiment intenable à l’approche de l’hiver 2014. Au cours du mois de décembre, une mobilisation de plusieurs organisations locales (associations, partis, syndicats) et d’habitants s’est lancée pour soutenir l’association. Cette mobilisation a débouché sur une manifestation devant la Mairie de Conflans pour réclamer un hébergement pour les personnes dormant dehors. En réaction, la Mairie de Conflans a ouvert la salle municipale Eugène Le Corre pour héberger le soir tout au long de l’hiver les réfugiés qui dormaient dehors. Une quarantaine de personnes a ainsi pu dormir dans cette salle. Dans la continuité de la manifestation, un collectif de soutien aux migrants et aux tibétains de la Confluence s’est mis en place.

Malheureusement, la salle Le Corre a été fermée début avril 2015, pour plusieurs raisons. Premièrement, c’était officiellement la fin de l’hiver. Deuxièmement, cette salle municipale était vouée à la destruction, n’étant plus aux normes. Entretemps, la Mairie de Conflans a pris un arrêté municipal interdisant aux réfugiés de se réinstaller sur la passerelle. La position du Maire de Conflans est depuis lors la même : Conflans ne peut traiter seule la question de l’hébergement des réfugiés accueillis par La Pierre Blanche. L’Etat, via la Préfecture, doit prendre ses responsabilités.

Après la fermeture de la salle Le Corre, la Préfecture des Yvelines a proposé aux réfugiés entre avril et fin juin une succession de solutions temporaires et précaires dans des centres à Versailles et Trappes, ce qui n’a en rien réglé la situation. Avec l’été plus aucune solution n’a été proposée, bien que des réunions régulières entre l’association, la Mairie et la Préfecture aient lieu depuis janvier 2015. La quarantaine de réfugiés a donc dû revenir sur Conflans et dort désormais dehors.

Le collectif a envoyé une lettre au cours de l’été pour informer de la situation d’urgence et du besoin de trouver des solutions d’hébergement pérennes. La lettre insistait également sur le fait qu’il n’est pas possible de laisser La Pierre Blanche gérer seule cette situation. Cette lettre a été envoyée à des élus de la région Ile-de-France du PS, du FDG et d’EELV, ainsi qu’à la Maire de Paris Anne Hidalgo pour qu’elle autorise les réfugiés à dormir sur les terrains situés en face de Conflans et appartenant à la Mairie de Paris. Il n’y a pas eu de réponses…

 

Au mois de septembre, la situation était de plus en plus catastrophique. Sur les 160 réfugiés accueillis par la Pierre Blanche, seuls une cinquantaine avaient un hébergement à peu près décent : ils logent dans la péniche de l’association, appelée « Je Sers », chez des particuliers ou dans 2 bâtiments à Andrésy réquisitionnés depuis plus d’un an par la Préfecture. Les autres dorment soit dans des bois en face de Conflans, soit dans des tentes dans les jardins des 2 maisons à Andrésy, soit dans d’autres péniches mais qui sont dans un état déplorable. Leurs conditions de vie sont donc extrêmement précaires, des cas de gale étant apparus au printemps 2015 et qui ont nécessité l’intervention de médecins. La situation sanitaire catastrophique des réfugiés, épuisés et laissés à eux-mêmes, n'est pas la conséquence de l'accueil proposé par La Pierre Blanche. Au contraire, l'action quotidienne de l'association a permis, et permet toujours, de chercher des solutions pour les mettre à l'abris, souvent avec des moyens de fortune, afin de les soulager un peu. Cela leur redonne un minimum de dignité en attendant le jour où l'Etat prendra ses responsabilités.

L’association parvient à nourrir les personnes accueillies en allant récupérer de la nourriture auprès des commerces et des enseignes aux alentours. Cependant, il arrive parfois qu’elle peine à trouver suffisamment de nourriture. Elle manque cruellement de vêtements, de produits d’hygiène ou de couvertures et ne peut compter que sur le soutien bénévole et les dons des habitants.

Certains réfugiés, une fois qu’ils ont obtenu officiellement le statut, partent travailler ailleurs dans le pays (souvent dans des restaurants chinois…) ou obtiennent des places dans les foyers ADOMA de la région ou dans des centres de Paris. Les anciens partants sont remplacés par des nouveaux arrivants, ce qui fait qu’il y a toujours environ 150 à 160 personnes gérées par la Pierre Blanche.

Dans un article de la Gazette du Val d’Oise, les Maires de Conflans et d’Andrésy ont refusé d’accueillir des réfugiés parmi les 24 000 que la France s’est engagée à accueillir dans le cadre de l’accord européen passé à la fin de l’été. Leur argument est qu’ils ont déjà beaucoup à faire avec les réfugiés accueillis par La Pierre Blanche.

Face au blocage de la situation, le collectif a donc organisé une manifestation pour le samedi 10 octobre avec un mot d’ordre large : « pour l’hébergement des sans-abris et des réfugiés de la Confluence ». Cet appel a été soutenu par près d’une vingtaine d’organisations locales et a mis en avant l’existence de solutions pérennes à proximité. En effet, aussi bien dans les Yvelines que dans le Val d’Oise, de nombreux locaux publics sont vides et inutilisés. Il y a notamment une base militaire à Taverny avec plus de 700 logements, la CPAM de Cormeilles-en-Parisis, la Sous-préfecture de Montmorency, une partie du Camp des Loges à Saint-Germain-en-Laye, une maison de retraite à Triel-sur-Seine…

Une réunion avec les Mairies de Conflans, Achères, Andrésy, la Préfecture et la Sous-préfecture a eu lieu le jeudi 08 octobre, au cours de laquelle les pouvoirs publics. La sous-préfecture a indiqué qu’elle fait son maximum pour héberger et loger d’ici le début de l’hiver les personnes dormant dehors. Mais ni les modalités, ni même le lieu de leur hébergement n’ont été indiqués. L’idée de la création d’un centre d’hébergement pérenne a été écartée par les pouvoirs publics. L’horizon de leur gestion semble être pour le moment limité aux situations d’urgence…

La manifestation a rassemblé entre 200 et 300 personnes. Mais elle n’est pas un point final à la mobilisation. Une autre réunion doit être arrêtée rapidement avec les pouvoirs publics pour voir où en est l’étude des solutions d’hébergement. Parce qu’à nouveau, l’hiver arrive. Et le froid est déjà là…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.