Première rencontre nationale de la “presse pas pareille”

Le Ravi, “le mensuel qui ne baisse jamais les bras”, a célébré son 10ème anniversaire en s’entourant de 16 journaux* “pas pareils”. Extrait. 

Le Ravi, “le mensuel qui ne baisse jamais les bras”, a célébré son 10ème anniversaire en s’entourant de 16 journaux* “pas pareils”. Extrait. 

Marseille, 28 septembre 2013. Le rendez-vous était donné à la Gare Franche, là où Wlodyslaw Zworko décida d’installer sa compagnie de théâtre, “Cosmos Kolej”, après vingt années d’itinérance. Dans ce lieu niché au coeur des quartiers nord de Marseille, à la charnière de la cité du Plan d’Aou et du noyau villageois de Saint-Antoine, “la presse pas pareille” s’installe dans les jardins partagés, encerclés par une ancienne usine reconvertie en laboratoire permanent de création et par une bastide abritant une résidence d’artiste.

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Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi

10H00. Debout, face à la table, Michel Gairaud, le rédacteur en chef du Ravi démarre la journée sans attendre en lançant illico le programme. “On a ciblé 4 thématiques : deux le matin, l’argent et la ligne éditoriale ; et deux l’après-midi, la diffusion et les statuts. Ce matin, on aimerait parler avec vous de l’argent. Ce qui nous intéresse, c’est que chacun puisse faire état de ses expériences, analyses, pratiques, visées, soucis et projets. Pub ou pas pub, argent public ou non, fonds privés ou non ?” Aujourd’hui, le mensuel “d’enquête et satire en PACA”, qui compte sept salariés, atemporairement des crampes. Mais il n’est pas question pour l’équipe de baisser les bras ni de vendre le temps de cerveau disponible de ses lecteurs à une boisson gazeuse. L’heure est donc à la mobilisation festive !

Presse Pas Pareille : “On ne croule pas sous l’argent”

"Comment on va trouver l’argent, quelles sont les questions que l’on a pu se poser à ce sujet et comment ça nous définit en tant que PPP ?" lance à la cantonade Sébastien, le président de "la Tchatche", l’association éditrice du Ravi. “Le modèle rêvé, c’est celui du Canard Enchainé : peu de pages, peu de couleurs et un gros tirage” intervient immédiatement Anne Carpentier, cofondatrice avec Guy Nanteuil, dela Feuille, l’hebdo satirique lot et garonnais. “On a démarré avec rien du tout dans une cité HLM avec 2000 francs. On a grandi tout doucement en autofinancement sans jamais faire appel au peuple ni aux contrats aidés. Après avoir eu huit salariés et notre propre imprimerie, aujourd’hui nous sommes trois et tout ça s’est produit sans un centime public” revient en détail la “tôlière” de la Feuille, depuis 1976.

La “love money” : premier secours ? 

Pour d’autres autour de la table, il a fallu faire appel à “la charité publique” afin de faire face aux difficultés économiques. Ainsi l’Agglorieusel’information sans concession - l’hebdo montpelliérain - a réussi à lever “25 millions de centimes” pour sortir la tête de l’eau. “Après 27 ans d’existence, on a eu des difficultés en 2008. On avait lancé un appel pour 100000 euros que l’on a eu sous forme de dons et d’abonnements. A l’époque, on avait licencié tout le monde et on est repartis de zéro : on s’est réembauché progressivement sur neuf mois et les 100000 euros sont toujours à la banque” confie, quant à lui, Michel Bernard du mensuel lyonnaisSilence, qui, grâce à cette récole, a pu même prêter de l’argent au réseau “Sortir du nucléaire”.

Une passion qui n’a pas de prix

Et les jeunes journaux ne sont pas non plus exempts de difficultés financières, à l’exemple de VMarseille, mensuel d’informations générales, qui existe depuis dix mois à Marseille. “Nous, on a tout misé sur la régie pub” confessent sans rougir, avec le sourire, deux des jeunes fondateurs du mensuel, Eric Besatti et Raphaël Tual. “Pour l’instant, seuls les pigistes “précaires” et les commerciaux sont rémunérés. S’ils ne se payent pas encore, les deux journalistes soulignent avec ironie l’évolution de leur situation : “jusqu’à présent, on était au chômage ; maintenant on commence à être au RSA”.

Tout pour nos lecteurs !

A leur opposé, L’âge de faire a développé un modèle économique basé uniquement sur le lecteur. Tiré à 30000 exemplaires, le journal “Des outils pour réinventer le monde” ne compte ni pub ni subvention dans ses vingt-quatre pages, vendu un euro. Au compteur : 11000 abonnés sur la France entière. Pourtant, comme bien d’autres journaux présents, la société coopérative ne peut pas supporter le coût de distribution en kiosque. Une solution en deux mots : “Abonnez-vous !”

Un modèle économique par journal

D’ailleurs il ne faudrait pas oublier de mentionner celui de Au Fait, “le magazine qui ralentit l’actualité”. “Il n’y a pas de salariés : le 1er du mois, il n’y a personne à payer” lance Xavier Delacroix, directeur de la publication. Sans pub, le mensuel fait appel aux contributions. Qu’ils soient indépendants, en exercice dans d’autres rédactions ou bien qu’ils aient leur propre société, touts les rédacteurs qui y participent “reçoivent des droits d’auteur ou des honoraires. La force de ce système, c’est l’absence de contrainte au 1er du mois. Les seules personnes à payer, c’est l’imprimeur et le papier, qui est, quant à lui, déjà pris en charge par un des actionnaires du journal” détaille l’éditeur qui imprime 7800 exemplaires.

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Symposium de la presse pas pareille à Marseille

Quid d’un syndicat de la PPP ?

"Il y a trois fonds stratégiques d’aides à la presse et c’est catastrophique. Le 1er, le plus gros, est destiné à ceux qui ont leur imprimerie : Le Monde a ainsi récolté 17 millions d’euros - le plus aidé. Le 2ème fonds est destiné à la presse en ligne : pour être aidé, il faut se faire reconnaitre service de presse en ligne ! Et le 3ème fonds, le moins doté, est destiné au rayonnement de la presse française à l’international” précise Fabien Ginisty, journaliste à L’âge de faire. L’atelier ne pouvait pas éluder l’épineuse question des aides à la presse… Actuellement l’aide publique nationale est de l’ordre de 1,2 milliards d’euros rappelle Thierry Bordes, coordinateur du réseau “Médias citoyens” en Rhônes-Alpes. Si la hauteur de ce fonds ne fait pas débat, c’est surtout sa répartition qui fait grincer des dents et notamment ces vingt-trois millions d’euros d’aides postales adressés à cinq hebdomadaire télévisés :Télé Z, Télé 7 jours ou encore Paris Match

Que faire ? 

"C’est une injustice et c’est un motif de combat juste, dans la mesure où c’est totalement inéquitable" s’égosille Anne Carpentier qui propose sur le champ la création d’un fonds garantissant le pluralisme. "Il faut faire du lobbying auprès des élus pour la création d’une aide" suggère alors Franck Depretz, du Nouveau jour J, “le journal nancéen pas encore vendu au Crédit Mutuel”. La fin de l’histoire, Francis ? “L’information ne doit pas être une activité rentable et gagner de l’argent” ajoute en guise de dernier mot, Sébastien, le président de “La Tchatche”. Il conclut l’atelier en rappelant que le Conseil national de la résistance s’était engagé, dans son programme adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944, à défendre “la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères”.

*L’âge de faire, l’AgglorieuseAlternatives économiquesAu FaitBarricade,Cassandre/HorschampCQFDla Décroissance, l’Echo des collines, la FeuilleGolias,le Nouveau jour J, PolitisRegardsSilenceVMarseille

Texte et photos : Paul-Michaël Borgne

http://echodescollines.tumblr.com/post/66177008614

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