Blasphème, stop ou encore ?

Un zeste de philosophie pour apaiser les va-t'en guerre

Blasphème, stop ou encore

On y était presque : "couvre- feu", état d'urgence sanitaire. Mais c'était juste avant la décapitation, horrible, criminelle, terrifiante d'un professeur d'histoire géographie, Samuel Paty, par un homme tout juste majeur, récemment régularisé, musulman fanatisé par un ou plusieurs commanditaires "musulmans" radicaux. Et depuis une déferlante cacophonique : "obsèques nationales", "la République en danger", "ils ne passeront pas" et quelques délires notoires venant d'un ancien premier ministre, pas moins : "parmi les complices...LFI, la gauche journalistique, Edwy Plenel, la gauche syndicale, l'Unef, mais aussi la ligue de l'enseignement, la ligue des droits de l'homme, qui ont fait rentrer les théories de Tariq Ramadan en leur sein". Autant d'authentiques fatwa, carrément, lancées par Manuel Valls. A l'extrême droite, moins de surprise, mais la reprise de vieux discours et l'exigence "d'une législation de guerre". Nous y sommes donc bien, en état de guerre !

A la veille de l'ouverture du procès des massacres de Charlie Hebdo et de  l'Hyper cascher, Emmanuel Macron, Président de la République, l'avait rappelé : "Depuis les débuts de la Troisième République, il y a en France une liberté de blasphémer qui est attaché à la liberté de conscience. Je suis là pour protéger toutes ces libertés. Je n'ai pas à qualifier le choix des journalistes. J'ai juste à dire qu'en France on peut critiquer des gouvernants, un président, blasphémer, etc." N'ergotons pas. Qualifier le choix des journalistes, commenter leurs articles, s'énerver contre tel ou tel d'entre eux en public comme en privé, choisir les bons journaliste qu'on accrédite ou non, tout édile le fait. L'essentiel n'est pas là, et le choix de la IIIème République comme source d'inspiration ne fera sourire que quelques historiens, car des Républiques on en a heureusement connues de meilleures sous le soleil de France ou d'ailleurs. Le fond et moins la forme, dans laquelle Emmanuel Macron excelle, ne serait-il donc pas le blasphème. Philosophons donc un peu, quitte à très modestement concurrencer un ancien assistant de Paul Ricoeur (1913-2005), ancien président du conseil de gestion de la Faculté des Lettres de l'Université de Paris-Nanterre.

Partons très simplement de la définition du mot. Blasphème : "Parole qui outrage la divinité, le sacré", Le Robert de poche, édition 1995, p. 77. Et la lumière jaillit dès la définition. Des divinités, chacun la sienne au propre comme au figuré, Dieu, un Grand Architecte, le Soleil, la Lune, le pouvoir, le sexe, l'argent...Mais un seul sacré, en commun : la VIE. Et à force de caricatures, que chacun jugera blasphématoires, ironiques, caustiques, ou rigolotes à en rire aux éclats, ou non, des hommes et femmes, journalistes ou non, membres des forces de l'ordre ou non, juifs ou non, enseignants ou non, etc. ont perdu la vie et cela qu'ils aient, ou non, pour certains, dessiné, affiché, diffusé, commenté, utilisé comme supports de cours, etc. ces caricatures.

En toute chose, sachons garder raison. La philosophie n'est pas amour de la sagesse, mais sagesse de l'amour (Michel, François Serres, 1930-2019, dernier grand philosophe français). Non qu'au nom de l'amour, il faille tout absoudre et pardonner, mais qu'au non de l'amour (fraternité, fraternité au fronton, j'écris ton nom), il faille ne pas trop jeter d'huile sur le feu.

Samuel Paty a été victime des graves carences de nos services de renseignements et de police, M. le Ministre Darmanin, et des graves  défaillances des services de l'Education Nationale, M. le Ministre Blanquer. Ne l'oublions pas non plus, trop rapidement.

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