Wonderwall

Jour 3. 19.03.2020. Wonderwall

 « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

   Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : “Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise“. [1]»

Du monde

La crise sanitaire nous questionne sur nos conditions de vie actuelles. Qu’est-ce que vivre une vie digne d’être vécue? Pour Hannah Arendt, la vie humaine ne peut jamais se réduire à un vivre au singulier mais est toujours relative à la question du vivre parmi les hommes. Si la vie a bien un fondement biologique, elle ne devient proprement humaine qu’en s’inscrivant singulièrement au sein de la pluralité des hommes dans le monde. « Aucune vie humaine, fusse la vie de l’ermite au désert, n’est possible sans un monde qui, directement ou indirectement, témoigne de la présence d’autres êtres humains » [2]Le monde se compose de l’ensemble des liens que nous entretenons les uns avec les autres, de l’ensemble des actions et des discussions que nous menons à plusieurs, de l’ensemble des œuvres que nous créons. Le monde se constitue des « productions humaines », des « objets fabriqués de main d’homme ». Mais « outre un grand nombre de choses, naturelles et artificielles, vivantes et mortes, provisoires et éternelles », pour qu’il y ait monde, il faut des « relations qui existent entre les habitants de ce monde fait par l’homme[3]». Le monde est tout à la fois ce qui est requis pour que nos actions humaines se déploient et ce qu’elles font advenir : un espace public où chacun est également autorisé à se mouvoir, à agir, à discuter, à apparaître, instituant ainsi l’horizon des possibles. Le monde, c’est cet espace commun qui nous relie et nous sépare, cet espace qui se situe entre nous. « Partout où des hommes se rassemblent, un monde s’intercale entre eux, et c’est dans cet espace intermédiaire que se jouent toutes les affaires humaines. L’espace entre les hommes qui constitue le monde ne peut assurément pas exister sans eux et un monde sans hommes, contrairement à un univers sans hommes ou à une nature sans hommes, serait contradictoire en lui-même »[4]. Plus il y a de relations humaines, « plus il y a de peuples, plus il y a de monde »[5] et la destruction d’un peuple équivaut ainsi à la destruction d’une partie du monde, d’une perspective sur le monde, d’une partie de la réalité du monde. « Nous sommes du monde et pas seulement au monde[6]». Ainsi un monde sans lien humain, sans espace commun, se transforme progressivement en désert.

 « Le domaine public, monde commun, nous rassemble mais aussi nous empêche, pour ainsi dire, de tomber les uns sur les autres. Ce qui rend la société de masse difficile à supporter, ce n’est pas principalement du moins, le nombre des gens ; c’est que le monde qui est entre eux n’a plus le pouvoir de les rassembler, de les relier, ni de les séparer. Étrange situation qui évoque une séance de spiritisme au cours de laquelle les adeptes, victime d’un tour de magie, verraient leur table soudain disparaître, les personnes assises les unes en face des autres n’étant plus séparées, n’étant plus reliées non plus, par quoi que ce soit de tangible. »[7]  Le monde peut se penser comme cette juste distance que nous établissons les uns avec les autres et qui nous permet tout à la fois de ne pas nous sentir abandonnés socialement, ni trop isolés les uns des autres, ni identifiés et catégorisés par d’autres, ni assimilés et uniformisés les uns avec autres, ni empêchés et muselés chacun dans nos singularités. Comment apparaitre les uns aux autres de manière plurielle et singulière depuis le confinement ? Comment maintenir du monde entre nous malgré l’isolement imposé ?

Si nous sommes tous autorisés à sortir de notre foyer, les rassemblements sont eux interdits provisoirement afin d’éviter la propagation de la pandémie virale. La privation de tout espace public peut nous faire suffoquer, nous faire perdre tout contact avec le réel et nous déposséder de tout sens commun. Cette crise sanitaire raréfie nos relations et risque de transformer le monde en désert en nous éloignant les uns des autres. Le confinement limite la possibilité d’entretenir nos espaces communs et d’y mener des actions collectives. Pouvons-nous trouver des espaces parallèles à notre espace privé, ou à l’intérieur même de nos foyers, nous permettant de maintenir un lien avec le monde, ne nous sentir liés la pluralité des hommes ?

Tempête de sable, déserts sanitaires

Un des risques de ce confinement sanitaire est qu’il ne se transforme en désolation sociale et politique. Dans certains pays autoritaires- comme la Chine- , les abus de pouvoir semblent presque inéluctables. Lorsque la communication est contrôlée et les informations dissimulées, se limite la possibilité de pluraliser nos visions du monde et de comprendre le sens de ce que nous vivons. Or, seule la pluralité des visions du monde nous assure de sa réalité contre son unification. Plus il y a de points de vue sur le monde, plus celui-ci peut apparaitre sous ses multiples facettes, et dévoiler toute sa diversité. Nous nous devons de rester vigilant à ce que la suppression des libertés publiques ne soient pas source d’injustices, qu’elle ne demeure que temporaire, qu’elle ne soit pas prétexte à l’affirmation d’idéologies. Cette désertification de nos relations menace de soulever des tempêtes de sable limitant nos conditions d’existence politique. Il nous faut empêcher que le monde ne se transforme en désert. Un « grand danger du désert consiste en ce qu’il recèle la possibilité de tempêtes de sable, c’est-à-dire que le désert n’est pas toujours une paix de cimetière, là où en fin de compte tout est encore possible, mais qu’un mouvement autonome se déclenche. Voilà en quoi consistent les mouvements totalitaires : leur danger tient précisément en ce qu’ils s’adaptent dans une très grande mesure aux conditions en vigueur dans le désert. Ils ne comptent sur rien d’autre, et c’est pourquoi ils semblent être les formes politiques les plus adéquates à la vie dans le désert.[8]»  L’émergence de tendance totalitaire et la réaffirmation d’idéologies radicales sont à craindre dans un retour des nationalismes populistes qui profitent de la crise sanitaire, des craintes qu’elle engendre et de la fermeture des frontières pour déclencher des mouvements de repli sur soi. Ce danger est d’autant plus prégnant lorsqu’on en vient à questionner la pertinence de notre État de droit en comparant sa gestion de la crise à celles d’ États plus autoritaires – comme la Chine. Risque alors de s’immiscer des formes d’admiration envers des réponses radicales et liberticides. La peur de la mort et la menace d’un virus invisible tendent à favoriser des formes de retrait et d’individualismes et ce d’autant plus que l’individu ne se sent ni protégé ni en confiance dans son système politique.

Comment dans un confinement – organisé pour des raisons vitales – continuer à se soucier du monde et de la préservation de nos libertés ? Comment éviter que le confinement sanitaire n’engendre des pathologies sociales et politiques ? Si « se confiner », c’est se protéger, protéger les autres, protéger l’institution hospitalière, c’est parfois aussi se mettre en danger[9], mettre en danger l’équilibre de nos institutions publiques, nos systèmes politiques. Comment continuer à prendre soin du monde dans la solitude ? Comment éviter de s’assécher soi-même dans l’isolement ? « Ce que nous appelons isolement dans la sphère politique se nomme désolation dans la sphère des relations humaines. »[10] Ce confinement ne doit pas pour autant rendre impossible la création de d’espaces entre nous :  espace critique, espace de distinctions, espaces de lien, de traits d’union entre les hommes, de mondes miniatures. Tout l’enjeu de se confinement sera celui d’un soin multiple depuis l’isolement.

Des mondes miniatures

Comment permettre que le désert qui semble s’installer entre nous du fait de l’impossibilité des rassemblements humains ne s’immisce pas en nous ?  « C’est seulement au sein d’un peuple qu’un homme peut vivre en tant qu’homme parmi les hommes s’il ne veut pas mourir d’épuisement[11].»  Sans réseau relationnel, sans reconnaissance des autres, chacun risque de perdre simultanément confiance en sa réalité et en celle du monde : ce silence et cette aridité lunaires ont quelque chose de glaçant. Sentiments d’impuissance, de découragement, d’épuisement, de lassitude. Tensions multiples. Comment conserver sa faculté de pâtir et d’agir, de penser et d’éprouver ? Comment instaurer du monde et de la pluralité dans le confinement ? Comment instaurer des liens avec le monde sans être en relation étroite avec des individus ?  Pendant le confinement, si nous sommes privés de la compagnie des autres, comment éviter de perdre sa propre compagnie : sa capacité d’éprouver et de penser ?

Si l’isolement met à l’épreuve nos relations politiques, nous pouvons faire entrer du politique dans nos sphères privées. Il s’agit moins pour nous de nous adapter au désert que de tenter de transformer le désert en monde, à notre échelle. «La politique est l’institution plurielle d’un monde qui peut surgir, d’une certaine manière, à tout moment, même entre deux individus. (...) C’est ainsi, par exemple, qu’Arendt nomme la relation [qu’entretenait son directeur de thèse, ami et philosophe,] Karl Jaspers avec sa femme Gertrud comme « un monde miniature », analogue à un espace public. »[12] A « l’intérieur de ce petit monde s’est développée et exercée son aptitude incomparable < celle de Jaspers > au dialogue, la splendide exactitude de l’écoute, la constante disposition à s’expliquer, la patience de rester sur la question débattue ; et, d’avantage encore la capacité d’attirer dans l’espace du dialogue ce que l’on est enclin à taire, de transformer, d’élargir, d’aiguiser tout dans la parole et dans l’écoute (...). »[13]  Des mondes miniatures ont pu s’instaurer entre eux, chaque fois que s’ouvraient des espaces de discussions et d’échanges. Et ces espaces entre deux individus demeurent ouverts tant qu’ils déploient chacun des postures d’attention et d’écoute. Nous pouvons trouver des stratégies permettant l’instauration de traits d’union entre nous afin de constituer du monde ensemble malgré la distanciation sociale. Ces petits espaces de liens, d’échanges et de partages sont essentiels bien qu’éphémères. « Il arrive que dans le rapport entre deux êtres, si rare que cela soit, s’institue tout un monde. Le monde devient dès lors un chez-soi, ce fut en tout cas la seule et unique patrie que nous étions disposés à reconnaître. Ce microcosme, ce monde en miniature qui constitue toujours un refuge face au monde, c’est ce qui se désagrège quand l’un des deux s’en va »[14] Du monde s’instaure partout où des hommes mettent en place la possibilité de parler et d’agir de concert. Aujourd’hui nos outils communicationnels peuvent faciliter la préservation de nos liens privés : familiaux, amoureux, amicaux et professionnelles. Les médias et les réseaux sociaux nous gardent informés et peuvent proposer des espaces d’échange, de discussions, de partage de points de vue divers sur le monde[15]. Nous pouvons à travers eux tenter de penser et de comprendre ce que nous vivons. Nous pouvons instituer des mondes miniatures malgré la distance. Si nos conversations et nos discussions peuvent se perdurer, peuvent-elles assurer la continuité du monde ?  Plus nous parlerons des sujets qui nous importent, plus ils deviendront des sujets politiques. « On aboutit à une infinie pluralité de points de vue à propos des objets dont on parle, et qui, du fait qu’ils sont l’objet de discussions de tant de personnes en présence de tant d’autres, sont conduits à la lumière de l’espace public où ils sont pour ainsi dire contraints de révéler tous leurs aspects. C’est seulement à partir d’une telle totalité de points de vue qu’une seule et même chose peut apparaître dans toute sa réalité, par où il faut entendre que chaque chose peut apparaître sous autant d’aspects et autant de perspectives qu’il y a de participants. [16]» Si des mondes miniatures peuvent s’instaurer à certains moments, avec certaines personnes, ils demandent inévitablement la présence d’autrui - bien que virtuelle. Nos relations sans mise en présence des corps sont-elles suffisantes[17] ?

 

Oasis artistique. Oasis de l’amour. Oasis du soin.

 Les oasis sont essentielles en ces temps désertiques, en ces temps de crise qui nous obligent, soit à un isolement extrême ou à une profonde solitude, soit à vivre les uns sur les autres dans des espaces restreints. « Sans oasis nous ne saurions plus comment respirer » [18]  Les oasis sont ces lieux et ces instants de refuge dans lesquels nous pouvons tenter de puiser de l’énergie afin de se ressourcer. Elles nous permettent de nous sentir lier à un monde qui semble pourtant se délabrer sous nos yeux. C’est cet ami, cet amour, mais aussi cette musique, ce poème, ce film, ce chanteur, cet artiste… qui nous permettent de nous regénérer, de reprendre nos marques dans le monde, d’y trouver une place, en cet instant. La fuite hors du désert vers les oasis comporte le risque d’ensablement des oasis. Les oasis n’ont de sens que si elles se maintiennent comme des lieux temporaires et intermédiaires entre soi et le monde. Il ne s’agit pas de s’y replier car cela reviendrait à abandonner le monde et contribuerait à sa désertification.[19]« Le désert croît. Malheur à celui qui protège le désert! »[20] Il ne s’agit donc pas de s’enfermer dans nos oasis au point d’en délaisser le monde extérieur. Les oasis sont le monde où l’on peut s’isoler provisoirement, la tranquillité contemplative de la vie au désert qui permet de reprendre souffle avant de retourner à la vie « laborieuse […] vouée à la nécessité[21]

Les oasis sont ces lieux autres, ces utopies [22]réalistes qui offrent une respiration et des aspirations à d’autres possibles. Les oasis ne sont pas des lieux qui nous permettraient d’accepter le désert dans lequel nous nous trouvons car « ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade.[23]» Les oasis sont là pour nous éviter de « penser que quelque chose en nous ne va pas, et ce parce que nous ne pouvons pas vivre dans les conditions de vie qui sont celles du désert, et que nous perdons par conséquent la capacité de juger, de souffrir et de condamner. »[24] Les oasis ne sont pas là pour nous faire accepter le monde tel qu’il est alors même que nous nous déplaisons dans ce désert. « Les deux facultés de l’homme, grâce auxquelles nous pourrions patiemment transformer le désert (à défaut de nous-mêmes) [sont] la faculté de pâtir et la faculté d’agir. » [25] S’adapter au désert, c’est renoncer à sa transformation. S’autoriser à pâtir, à éprouver, à souffrir de ces conditions de vie, c’est aussi les endurer, c’est aussi y résister. « C’est précisément parce que nous souffrons dans les conditions du désert que nous sommes encore humains, encore intacts. Le danger consiste en ce que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui.[26]»


Oasis is good

Les oasis sont ces îlots qui nous permettent de reprendre notre souffle, un bol d’air, lorsque le manque d’inspiration vient se confronter à la désertification du monde.  Elles sont ces fontaines de vie dont on choisit, par goût par poésie, la compagnie parmi les vivants et les morts. Ce sont elles qui, sans nous réconcilier avec un monde en crise, nous empêchent de nous dessécher. Elles constituent en un instant de l’espérance, des espaces pour se délasser. Elles nous permettent parfois de prendre du recul par rapport à cette désertification du monde et offrent la possibilité de réimplanter des espaces -physique ou psychiques - habitables.

Ces oasis se trouvent dans tous les domaines de la vie quelles que soient les époques et les circonstances politiques. Elles désignent l’ensemble des lieux et des relations de soin qui nous permettent de tenir malgré tout. Elles sont ce à quoi nous tenons. Elles témoignent de ce qui est encore possible dans la brèche, malgré la crise, au sein de la désertification du monde. Si les oasis peuvent nous permettre de développer des moyens d’adaptation afin de supporter des conditions de vie désertique, elles ne doivent pas faire perdre l’espoir en la possibilité d’un monde humain.

Nos oasis nous permettent de transformer l’attente en espérance, « à savoir l’espérance que nous, qui ne sommes pas le produit du désert, mais qui vivons tout de même en lui, sommes en mesure de transformer le désert en un monde humain.[27]» Cette espérance signe la possibilité d’une conversion à autre chose.  Ces refuges nous permettant d’apercevoir des capacités de résister, autant que nous le pouvons, quand nous en avons la possibilité. Si « le monde édifié par les mortels en vue de leur immortalité potentielle et est toujours menacé par la condition mortelle de ceux qui l’ont édifié et qui naissent pour vivre en lui. En un certain sens, le monde est toujours un désert qui a besoin de ceux qui commencent pour pouvoir à nouveau être recommencé. »[28] En définitive, le monde est toujours le produit de l’homme, un produit de l’amor mundi[29] de l’homme. Le monde est ce que nous créons. Soigner nos relations permet à la fois de s’inscrire dans le monde, de se soucier du monde, de changer le monde et de ne pas se replier soi-même dans la désolation. « Ce n’est que dans la désolation que me manque la compagnie d’êtres humains, et seule la conscience aiguë d’une telle privation fait réellement exister l’homme au singulier.[30]» La désolation se manifeste dans le sentiment d’inutilité, de non-appartenance au monde, dans l’abandon par autrui, dans le déracinement, dans le sentiment de se faire défaut à soi-même.[31] La présence des autres et ma présence au monde me permet de témoigner de qui je suis. En se préoccupant d’un autre, en participant à des actes solidaires, nous nous ouvrons à la possibilité d’autres modes de vivre-ensemble, nous proposons d’autres formes de récit de ce que nous vivons. Et, par là-même, nous continuons de nous affirmer, d’affirmer notre place dans le monde. Chacun de nos gestes de soin sont susceptibles d’entretenir le monde par le fait même de rester lier à lui. Le soin prend son sens du fait que vivre, pour l’homme, c’est donc être au milieu de ses semblables, au sein d’une polis, et cesser d’être parmi les hommes, est synonyme de mort[32].  

Une de mes amies envisage nos balcons et fenêtres comme des oasis : des lieux intermédiaires entre la sphère privée et la vie publique leur permettant de maintenir un contact avec le monde depuis leur chez soi. Ils forment ces espaces liminaires qui nous offrent la possibilité d’élaborer des actions de concert, de maintenir un semblant de rassemblement malgré la distance. Nous agissons ensemble, nous discutons encore. A 20h, chaque soir, nous partageons quelque chose de notre rapport au monde et de notre singularité par le rythme de nos applaudissements, par les cris qui les accompagnent ou par notre silence. Nous traduisons l’évolution des cadences par des sentiments. Une baisse de tempo témoigne d’une forme de lassitude et de découragement. Les innovations sonores – cloches, casseroles, flûtes, chansons…- nous offrent des moments de joie et d’espérance. On est là. « II y a du monde aujourd’hui ».

 

[1] Charles Baudelaire, « Enivrez-vous », Le Spleen de Paris, XXXII.

[2] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.59.

[3] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.92.

[4] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr.fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p.59.

[5] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr.fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, Fragment 3c, p. 154.

[6] Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, 1, La Pensée, Paris, PUF, 1981, p. 37.

[7] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.92-93.

[8] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr.fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p.188.

[9] En fonction de sa situation personnelle psychiquement, moralement, mentalement mais parfois aussi physiquement (femmes et enfants victimes de violences dans leurs foyers)

[10] Hannah Arendt, Le Système totalitaire, Paris, Le Seuil, 1972, trad. J. L. Bourget, R. Davreu et P. Lévy., p.225.

[11] Hannah Arendt, La Tradition cachée, op. cit., p. 220.

[12]Martine Leibovici, Hannah Arendt, une juive. Expérience, politique et histoire, op. cit., Partie I, chapitre 2, 1, p.83.

[13] Hannah Arendt, Vies politiques (1955), trad. E. Adda, J. Bontemps, B. Cassin, D. Don, A. Hohn, P. Lévy, A. Oppenheimer-Faure, Gallimard, 1974, « Karl Jaspers. Éloge. », p. 91.

[14] Hannah Arendt/Martin Heidegger, Briefe 1925 bis 1975 und andere Zeugnisse, Francfort/M., V. Klostermann, 1998-1999, édition d’Ursula Ludz, trad. Pascal David, Paris, Gallimard, 2001 (coll. « Bibliothèque de philosophie »).

[15] Pour ceux qui ont l’habitude de s’en servir. Ces espaces de discussion sont moins évidents à entretenir pour le générations dépourvus d’une connaissance des réseaux sociaux. Et le risque de ces réseaux est qu'ils perdent leur vertu de mise en relation et de dialogues pour ne devenir qu'une juxtapositions de monologues sans échanges les uns avec les autres.

[16] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr.fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p. 142.

[17] Comment la situation actuelle nous permet de penser ce que serait des vies entièrement soumises à des intelligences artificielles, à des relations robotisées, sans présence en chair et en os.

[18] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr. fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p. 189.
« Si les oasis ne subsistaient pas intactes, nous ne saurions comment respirer. Or c’est précisément ce que devraient savoir les spécialistes de politique ! Si les spécialistes du politique, qui doivent passer leur vie dans le désert tout en cherchant à accomplir telle ou telle chose, et qui se soucient constamment des conditions du désert, ne savaient pas mettre à profit les oasis, ils deviendraient, même sans le secours de la psychologie, des habitants du désert. En d’autres termes : ils se dessécheraient. Mais il ne faut pas confondre les oasis avec la « détente » ; elles sont des fontaines qui dispensent la vie, qui nous permettent de vivre dans le désert sans nous réconcilier avec lui. »

[19] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr.fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p.190. « Lorsque nous fuyons, nous faisons entrer le sable dans les oasis (…) Parce que les oasis qui peuvent dispenser la vie sont anéanties lorsque nous y cherchons refuge, il peut parfois sembler que tout conspire à faire advenir, partout, le désert. »

[20] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, IVe partie, « Parmi les filles du désert », Paris, Gallimard, 1971, trad. Colli Montinari, p. 368-372.

[21]Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, I, op. cit., p. 21 et également p. 86 : « La pensée est la seule activité qui n’ait besoin que d’elle-même pour s’exercer. »

 

[23] Jiddu Krishnamurti,,1895-1986. Vivre dans un monde en crise.

[24] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr. fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p.187.

[25] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr. fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p. 187.

[26] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr. fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p.187.

[27] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr. fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p.187.

[28] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique?, tr. fr. Ursula Ludz, Poche, Seuil, 2001, p.190.

[29] Amour du monde

[30] Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, I, La Pensée, op. cit., p.91.

[31] Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, I, La Pensée, op. cit., p. 210.

[32] Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, 1, La Pensée, Paris, PUF, 1981, p.91. « inter homines desinere »

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