Inquiétudes utopiques

Jour.4. 20/03/2020. Inquiétudes utopiques

Propriété. Du problème d’être chez soi à celui d’avoir un chez soi.

L’époque contemporaine paraît suspendue entre un passé qui semble déjà perdu et un avenir qui s’est brutalement obscurci. Nos préoccupations actuelles se situent sur cette crête étroite entre la crainte, le repli sur soi et l’isolement d’un côté et le souci et l’ouverture au monde de l’autre. Comment transformer nos peurs et notre anxiété en une inquiétude soucieuse de l’autre ?

On lit déjà qu’en Italie « les gens meurent comme des chiens [1]» Cela fait quelques jours que le
pays comptabilise plus de 500 décès liés au covid-19 par jour. On lit que les crématoires sont surchargés, que les deuils sont retardés. Lorsque la peur de la mort et l’annonce progressive des décès en viendront à créer appréhensions, détresses et angoisses, serons-nous toujours là pour l’autre ?
Il va nous falloir éviter les divisions insensées, celles que l’on établit pour désigner des coupables lorsque nous vivons dans l’incertitude. Il nous faut aussi limiter les tentations de la stigmatisation des « gens qui se baladent », souvent victimes de nos projections, de notre imagination. Car si, selon les géolocalisations gouvernementales en Italie, 40% des individus ne respecteraient pas les recommandations de confinement, 95 % des personnes arrêtées dans la rue par les policiers italiens semblent finalement dans leurs droits. Certes restent toujours 5%.

Comment créer un monde hospitalier face à la menace, et maintenir nos solidarités premières contre la tendance instinctive au repli sur soi ?  « La question est de savoir quelle quantité de réalité il faut maintenir même en un monde devenu inhumain, pour que l’humanité ne soit pas réduite à un vain mot ou un fantôme. Ou, pour le dire autrement, jusqu’à quel point demeure-t-on l’obligé du monde même quand on en a été chassé, ou quand on s’en est retiré ? » [2]


Espace, privé de monde

« Vivre ensemble dans le monde c’est dire essentiellement qu’un monde d’objets se tient entre ceux qui l’ont en commun, comme une table située entre ceux qui s’assoient autour d’elle ; le monde comme tout entre-deux, relie et sépare en même temps les hommes. »[3] Le monde désigne cet espace qui se situe entre nous et auquel nous sommes attachés : liés effectivement et affectivement. Le confinement actuel vient transformer nos rapports au monde, à l’espace et au temps, nos espacements.  Si le confinement tend à nous séparer - effectivement - comment rester en même temps relié affectivement ? La distance de sécurité nous évite de nous contaminer et tend à nous repousser physiquement. Il est devenu alors difficile d’entretenir l’attraction sociale nécessaire au maintien d’une juste distance entre les hommes. Comment l’éloignement spatial influe-t-il sur la distance sociale? Comment assurer un rapport d’égale liberté entre nos vies éloignées? Car c’est justement ce rapport que doit garantir le monde des affaires humaines afin d’assurer la dignité de chacun. C’est ce rapport que se doit de préserver la vie publique alors même que nous sommes confinés dans nos espaces privés.

« Dans la pensée antique tout tenait dans le caractère privatif du privé (…) cela signifie que l’on a été littéralement privé de quelque chose, à savoir des facultés les plus hautes et les plus humaines. »[4] De quoi sommes-nous privés ? Que devient en ce sens une vie réduite à sa sphère privée ? « Vivre une vie entièrement privée, c’est avant tout être privé de choses essentielles à une vie véritablement humaine : être privé de la réalité qui provient de ce que l’on est vu et entendu par autrui, et privé d’une relation « objective » avec les autres, qui provient de ce que l’on est relié aux autres et séparés de par l’intermédiaire d’un monde d’objets communs, être privé de la possibilité d’accomplir quelque chose de plus permanent que la vie.  La privation tient à l’absence des autres ; ce qui les concerne l’homme privé n’apparaît point, c’est donc comme s’il n’existait pas. Ce qu’il fait reste sans importance, sans conséquence pour les autres, ce qui compte pour lui ne les intéresse pas. »[5] Une vie restreinte au privé est une vie que se prive « de relations « objectives » avec autrui, d’une réalité garantie par ses relations »[6]. La vie est ainsi privée de ce qui fait pourtant son humanité : les autres, la présence des autres. « Le caractère privatif du privé, la conscience d’être privé d’une chose essentielle »[7] se révèle dès lors que nous sommes rivés « dans l’étroite sphère de la famille »[8]. C’est l’impossibilité de sortir de son foyer qui vient pointer l’importance de la sphère publique. C’est bien parce que nous avons un foyer que la vie publique révèle toute son importance. Le domaine public affirme sa valeur par la réaffirmation de la sphère privée. Et cela n’est possible que parce que nous avons un foyer. Si une vie réduite au privé ne semble pas tout à fait humaine, le privé est essentiel à la vie publique. « A moins de posséder une maison, nul ne peut participer aux affaires du monde, n’y ayant point de place à soi. »[9] La sphère publique ne peut exister sans espace privé. « Ces deux domaines devaient coexister. » [10] Plus qu’une condition d’admission au domaine public, « le privé était comme l’autre face, sombre et cachée, du domaine public et si en étant politique on atteignait à la plus haute possibilité de l’existence humaine, en ne possédant point de place à soi (tel l’esclave) on cessait d’être humain. »[11]

Espace privé du monde

Si le confinement dans notre sphère privée nous prive de la présence des autres, il nous permet aussi de réaliser les caractéristiques essentielles du foyer. « Les caractères non privatifs du domaine privé apparaissent très clairement au moment où les hommes sont en danger de le perdre.»[12] L’obligation de confinement fait résonner à cet égard cette réflexion cynique d’Anatole France critiquant « la majestueuse égalité des lois, qui interdit au riche comme au pauvre de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain. [13]» « Comparée aux immenses souffrances de l’immense majorité de la population – commente Hannah Arendt - l’impartialité de la justice et de la loi, l’application même des règles à ceux qui dorment sous les ponts de Paris sonnait comme une parodie.[14]» De même le confinement actuel vient questionner les inégalités d’hébergement et rendre absurde et honteuse certaines amendes liées à son non-respect. On pense ainsi aux13m2 dans les résidences/foyers de travailleurs, chambres de « bonne », centres d’hébergement, SDF - auxquels, enfin nous commençons à proposer des chambres d’hôtels, aux bidonvilles, aux centres de rétentions surchargés, aux EPHAD surblindés, aux prisons où les détenus sont privés de parloirs, d’activités, de sorties et sont enfermés souvent à plusieurs dans 9m2[15], aux services de psychiatrie, aux appartements insalubres, aux personnes précaires entassés dans des petits espaces, aux femmes et les enfants violentées au sein de leur foyer, aux intériorités déprimés, dévastés, isolés. Tous ces lieux, toutes ces personnes viennent nous révéler la fonction vitale à la fois de l’espace et de la propriété.  « A l’origine, être propriétaire signifiait, ni plus ni moins, avoir sa place en un certain lieu du monde et donc appartenir à la cité politique » [16]  Être propriétaire c’est avoir de l’espace, avoir un espace propre. La propriété désigne la place que nous occupons dans le monde. Elle demeure en contact avec le monde en assurant aux individus un lieu sécurisant.[17] La propriété privée, en ce sens, forme une oasis[18] dont « les quatre murs […] offrent à l’homme la seule retraite sûre contre le monde public commun, la seule où il puisse échapper à la publicité, vivre sans être vu, sans être entendu.»[19] Elle permet de conserver un espace à soi pour s’y délasser. « La seule manière efficace de garantir contre le grand jour de la publicité l’ombre des choses qui ont besoin du secret, c’est la propriété privée, un lieu que l’on possède pour s’y cacher. » [20] L’obligation d’être confiné chez soi vient pointer les difficultés d’avoir un chez soi et un chez soi viable – vivable et désirable, où ce qui est privé peut se cacher et s’abriter du domaine public. Elle montre en quoi ce simple droit au logement absolument vital n’est pas pourvu. Elle signale l’importance du privé depuis son absence.
« Ce qui est réellement menacé ici, ce n’est pas la possession privée des richesses, c’est la propriété privée en tant que place concrète dans le monde. »  [21]Sans propriété privée, l’homme est privé d’une place dans le monde. Sans espace privé, pas d’espace public. Sans espace public, les hommes perdent de leur humanité. Le confinement réveille la continuité et la distinction de ses deux sphères « entre les choses qui doivent être montrées et les celles qui doivent être cachées »[22]. Sans espace privé, l’espace public perdrait également de son sens, puisque nous y serions constamment exposés. « Le sens le plus élémentaire des deux domaines indique que certaines choses, tout simplement pour exister, ont besoin d’être caché tandis que d’autres ont besoin d’être étalés en public. (…) Chaque activité humaine signale l’emplacement qui lui est propre dans le monde. »[23]

Se serrer les coudes au lieu de se serrer la main

Le domaine public étant en lien étroit avec le domaine privé, la disparition de l’un, du domaine public, « s’accompagne d’une menace de liquidation du domaine privé » [24] Nos sphères privées et confinées ne sont plus des lieux réservés à l’intimité du foyer et à la vie familiale. L’accumulation des fonctions et le brouillage des rôles sociaux peut être déstabilisante voir harassante quand il s’agit de cumuler dans un même espace son rôle de parent, d’instituteur, d’animateur, de cuisinier, et de travailleur… Il nous contraint à nous réarranger, à sortir de nos habitudes passées et de nos cadres préétablis pour le meilleur. Et pour le pire puisque d’aucun n’a les mêmes possibilités de confinement et la vie quotidienne peut rapidement devenir pour certains un calvaire. La crise sanitaire est un révélateur extrême des inégalités sociales. Si dans les contextes les plus favorables, le confinement favorise l’expression des liens d’attachement (amicaux, familiaux, sociaux), il peut aussi mettre en exergue les processus de désaffiliations professionnelles et sociales. Or si cette crise sanitaire fait éclater aux grands jours des vies impossibles, elle nous oblige ainsi à les regarder et à ne pas s’en détourner. Chacun est appelé à sa responsabilité face aux différentes formes de vulnérabilités biologiques et de précarités sociales. Et cette responsabilité n’est plus seulement ce fardeau immobilisant, ni un impératif moral contraignant, elle pousse à l’action.

Ce confinement donne ainsi l’occasion de sortir des mondanités relatives à la vie sociale pour se tourner vers le monde. Si les conventions sociales identifient généralement l’individu à ses fonctions et à sa position sociale, ce confinement peut aussi devenir source d’initiatives nouvelles. Il nous oblige parfois à sortir de de ce que la société exige habituellement de nous : « un certain comportement, imposant d’innombrables règles qui, toutes, tendent à normaliser ses membres, les faire marcher droit, à éliminer les gestes spontanés ou les exploits extraordinaires. [25]» pour faire l’expérience de libertés collectives. Si dans l’espace public, nos conduites se doivent d’être contenues et conformes à des normes sociétales au point de devenir le « mode primordial de relations humaines » [26], depuis le confinement, se réaffirme un souci du monde malgré la distanciation sociale. Les individus sortent des œillères de la routine pour ouvrir une fenêtre sur le monde. Le désarroi et l’impuissance que nous vivons à l’intérieur nous poussent à nous informer sur l’extérieur. Nos conversations s’orientent aussi bien vers l’immédiatement vital que vers les nouveaux possibles, l’imprévisible. Et paradoxalement si le confinement induit un retour à la sphère privée, depuis laquelle se jouent tous les rôles, autour de laquelle se construisent nos vies de confinés, il n’en provoque pas moins un « sentiment du monde »[27], en témoigne la mise en place d’actions solidaires. Lorsque les besoins vitaux peuvent être assurés dans et par les foyers, que le temps n’est plus entièrement réglé par le travail et que les contacts sociaux sont suspendus, se dessine un besoin incroyable de participation à la vie publique et aux affaires humaines[28]. On s’inquiète des modes de vie des plus fragiles. On souhaite aider les soignants, devenir participant à notre manière. Comment pourrais-je contribuer au bien public ? Déjà des modèles de masques FFP2 circulent sur internet afin de pouvoir en distribuer aux différents corps de métier qui sont exposés, des associations de restaurateurs s’engagent à préparer des repas aux soignants, des commerces s’organisent pour distribuer des repas aux sans-abris, des cellules d’écoute sont mises à disposition des personnes isolées, des voisins proposent de faire les courses de ceux qui ne peuvent se déplacer sans se mettre en danger... Et je me laisse à imaginer que l’on ne sera que tous les jours plus surpris des initiatives qui seront entreprises. Chacun tente de créer du monde et de s’inscrire dans celui-ci en sortant de sa place habituelle, avec les moyens du bord.

Cette crise permet à chacun de s’extraire des mondanités pour faire monde, pour engendrer des relations citoyennes.  De quoi tout cela vient il témoigner ? Ou plutôt : de qui cela témoigne-t-il ? Le « qui » révélé par nos actions solidaires est le citoyen. Si on prive l’homme de sa possibilité d’agir, il devient réduit au mieux à ses œuvres, sinon à son activité de consommation. Ces demandes de participation à la vie publique et aux affaires humaines manifestent une volonté de se distinguer autrement que ce qu’il est au travers de ses rôles sociaux par des manifestations d'affection, par des postures de soin, par sa considération pour le monde. « Nul ne pouvait se dire heureux sans avoir sa part du bonheur public, que nul ne pouvait se dire libre sans expérience de la liberté publique, et que nul ne pouvait se dire heureux et libre sans participer à la puissance publique et sans y avoir sa part. »[29] Si « les distinctions, les différences [étaient] devenues une affaire privée propre à l’individu »[30] liées à ses appartenances communautaires et sociales, chacun révèle, par ses questionnements et ses actions, de sa singularité. Dans la cité grecque, « le domaine public était réservé à l’individualité ; c’était le seul qui permettait à l’homme de montrer ce qu’il était réellement, ce qu’il avait d’irremplaçable. C’est pour pouvoir courir cette chance, par amour d’une cité qui la procurait à tous, que les citoyens acceptaient de prendre leur part des charges de la défense, de la justice et de l’administration. » [31] C’est en nous préoccupant des affaires humaines, que nous rendons visibles nos singularités, que nous devenons remarquables. Ce désir de distinction ne doit pas être confondu avec les publicités à but privé (s’exposer pour promouvoir une entreprise, pour se faire (bien) voir dans un but électoral). Celui-ci ne désigne pas non plus les étalages publics de l’intime que l’on peut facilement retrouver sur les réseaux sociaux[32]. Cette apparition publique n’a de sens que produite par une action collective qui parle du monde et propose ainsi d’autres possibilités de liens entre les hommes, d’autres récits possibles. Elle témoigne du souci d’un espace commun qui se constitue et nous constitue au moment de nos paroles et de nos actes. Chaque action entreprise dans un souci du monde subjectivise un nouveau citoyen. Ce sont bien nos activités solidaires qui illustrent notre participation citoyenne et lui redonne un sens commun. C’est en soignant et en nous montrant présents les uns aux autres que nous témoignons de notre solidarité, de notre citoyenneté, de notre humanité. « C’est seulement là où les autres sont présents que peut commencer une vie spécifiquement humaine. C’est seulement là où on peut être remarqué par les autres, en se distinguant, que l’on parvient à sa propre humanité. »[33]

 

 

[1] https://www.liberation.fr/planete/2020/03/19/en-italie-les-gens-meurent-comme-des-chiens_1782413

[2] Hannah Arendt, « De l’humanité dans de « sombres temps » Réflexions sur Lessing », in Vies politiques [Men in Dark Times, 1968, augmenté en 1971], tr.fr. Barbara Cassin et Patrick Lévy, Gallimard, 1986, p.32.

[3] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.92.

[4] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.76-77.

[5] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.99.

[6] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.99-100. « Dans les circonstances moderne, cette privation de relations « objectives » avec autrui, d’une réalité garantie par ses relations, est devenu le phénomène de masse de la solitude qui lui donne sa forme la plus extrême et la plus antihumaine. Cette extrémité vient de ce que la société de masse détruit non seulement le domaine public mais aussi le privé : elle prive les hommes non seulement de leur place dans le monde encore de leur foyer où ils se sentaient jadis protégée du monde, et ou, au moins, même les exclus du monde pouvaient consoler dans la chaleur du foyer et la réalité restreinte de la vie familiale. »

[7] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.100-101.

[8] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.100-101. La signification vraie de familia est propriété : il désigne le champ, la maison… cette propriété n’est pas considérée comme attachée à la famille ; au contraire la famille est attachée au foyer, le foyer au sol.  

[9] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.67.

[10] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.100.

[11] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.105.

[12] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.113. « (…) la façon dont les Etats prémodernes ont pratiquement traité la propriété privée c’est bien voir que l’on a toujours eu conscience de leur existence et de leur importance. Toutefois on ne protégeait pas pour autant, directement, les activités du domaine privé mais plutôt les bornes séparant la propriété privée de toutes les autres parties du monde et surtout du monde commun lui-même. »

[13]« Autre motif d’orgueil, que d’être citoyen ! Cela consiste pour les pauvres à soutenir et à conserver les riches dans leur puissance et leur oisiveté. Ils y doivent travailler devant la majestueuse égalité des lois, qui interdit au riche comme au pauvre de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain. »

[14] Hannah Arendt, « Chapitre II. La question sociale », in De la révolution [1963], tr. fr. Marie Berrane avec la collaboration de Johan-Frédérik Hel-Guedj, Gallimard, 2012, p.135-136.

[15] https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/detenus-au-temps-du-corona-veut-sortir?fbclid=IwAR0_x516frZuitNCba9u4QRuLVjRX88OVkwljKkBG4GCSkABLYhcEGJtyhw

[16] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.102-103. « « A l’origine, être propriétaire signifiait, ni plus ni moins, avoir sa place en un certain lieu du monde et donc appartenir à la cité politique, c’est-à-dire, être le chef d’une des familles qui, ensemble, constituaient le domaine public. Cette parcelle privée s’identifiait si complètement avec la famille qui la possédait que l’expulsion d’un citoyen pouvait entraîner non seulement la confiscation de ses biens, mais même la destruction de sa maison. La fortune d’un étranger ou d’un esclave ne remplaçait en aucun cas cette propriété et la pauvreté ne privait le chef de famille ni de sa place dans le monde ni de la citoyenneté qui en résultait. »

[17] Hannah Arendt, « Le travail », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et

1983, p.163-164. « Comme telle, elle [la propriété] demeurait en contact avec le monde commun même à une époque où l’accroissement de richesse et d’appropriation commençait à menacer le monde commun. La propriété n’aggrave pas, elle pallie plutôt, la rupture entre le monde et le processus de travail, en raison de sa propre sécurité dans-le-monde. »

[18] Cf. « Wonderwall »

[19] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.113. « Une vie passée entièrement en public, en présence d’autrui, devient comme on dit superficielle. »

[20] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.113. « Tout en restant visible, elle perd la qualité de le devenir à partir d’un fond sombre qui doit demeurer cacher à moins de perdre sa profondeur en instance non subjectif et très réel. »

[21] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.112.

[22] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.114.

[23] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.115.

[24] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.101.

[25] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.79-80.

[26] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.80.

[27] Hannah Arendt, « Culture et politique (1958) », in La révolution qui vient, tr. fr. Françoise Bouillot, Payot et Rivages, Paris, 2018, p.257.

[28] Tout se passe comme si la condition de la liberté de la polis[28]. Etre libre : être affranchi des nécessités de la vie, des ordres d’autrui.

[29] Hannah Arendt, « Chapitre VI. La tradition révolutionnaire et son trésor perdu », in De la révolution [1963], tr. fr. Marie Berrane avec la collaboration de Johan-Frédérik Hel-Guedj, Gallimard, 2012, p.390.

[30] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.79-80.

[31] Hannah Arendt, « Le domaine public et le domaine privé », in Condition de l’homme moderne, tr.fr. Georges Fradier, Calmann-Levy, 1961 et 1983, p.80.

[32] Ce qui ne signifie aucunement que tout ce qui se rend visible sur les réseaux sociaux (pris dans un sens d’ailleurs très large qui mériterait des distinctions internes) est de l’ordre de l’exposition de l’intimité.

[33] Hannah Arendt, « La grande tradition (1953) », in La révolution qui vient, tr. fr. Françoise Bouillot, Payot et Rivages, Paris, 2018, p.89.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.