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Billet de blog 14 avr. 2013

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Manifestation anti Thatcher à Londres : «Elle a détruit l’idée même de société»

Au milieu d’un important dispositif policier, entre 1500 et 3000 manifestants anti-Thatcher se sont réunis ce samedi 13 avril sur Trafalgar Square, place hautement touristique située au cœur de Londres. 

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Au milieu d’un important dispositif policier, entre 1500 et 3000 manifestants anti-Thatcher se sont réunis ce samedi 13 avril sur Trafalgar Square, place hautement touristique située au cœur de Londres. 

Dès 18h, on y trouve des adolescents, des étudiants, des retraités, des punks, des travellers, des anarchistes, des Irlandais, des familles et puis beaucoup de citoyens lambda. Sous une pluie incessante, une partie d’entre eux scande « Maggie, Maggie, Maggie…Dead ! Dead ! Dead ! ». La chanson « Ding dong the witch is Dead », du Magicien d’Oz est d’ailleurs devenue le chant de ralliement des anti Tatcher. L’arrivée de la « National Union of Mineworkers », syndicat de mineurs, est accueillie avec cris de ferveurs et applaudissements. 

Plusieurs manifestants ouvrent des bouteilles de champagne et beaucoup boivent de la bière. L’ambiance est plutôt bonne enfant malgré 9 arrestations, dont 5 pour état d’ébriété ou trouble et l’ordre public. La nuit tombée, un groupe ramène plusieurs tambours, tandis qu’un autre s’est chargé de la sono. Des manifestant danseront jusque tard dans la nuit.

Cette semaine, plusieurs « death party » célébrant la mort de la « Dame de Fer » ont eu lieu à travers le pays, au grand dam du premier ministre David Cameron et du maire de Londres, Boris Johnson.  

A ceux qui trouvent scandaleux de fêter la mort d’une dame âgée, Sally, une mère de famille venue avec mari et enfant, répond : « Ce n’est pas sa mort que l’on fête, ce n’est pas elle en tant que personne, c’est ce qu’elle représente »

Elle m’explique alors les raisons qui l’ont poussée à venir ce soir : « Moi j’étais mère célibataire lorsqu’elle était au pouvoir. Elle n’a eu de cesse de réduire les avantages sociaux pour les pauvres et ce n’était jamais suffisant, il lui fallait toujours réduire plus encore. L’écart entre les pauvres et les riches s’est énormément creusé. Et les mineurs dans le Nord, elle les a complètement détruit, tout ça parce qu’elle détestait les syndicats. Et maintenant, on importe du charbon ! Le gaz, l’électricité, l’eau, tout cela était public avant, maintenant tout est privé. »

Plus loin, une femme légèrement éméchée arbore fièrement une figurine pendue à une cordelette, à l’effigie de Thatcher. Elle entame une discussion avec deux agents d’une société de sécurité privée. Face aux balbutiements du plus jeune, elle sourit jaune : « Ah… tu fais partie de cette nouvelle génération qui ne croit plus en rien. Tu vois, c’est ça qu’elle a fait : elle a détruit l’idée même de société. Elle et ses amis ne jurent que par l’argent, la privatisation et la finance !»

Un jeune policer en pleine discussion avec un londonien de Nouvelle-Zélande se lâche : « Moi j’ai grandi sous Thatcher…quand on a vécu ça, c’est difficile d’être apolitique. » Vendredi, un officier de police s’était vu contraint de démissionner après avoir écrit sur Twitter qu’il espérait que la mort de Thatcher ait été « douloureuse et avilissante ».

L’ex-premier ministre n’a pas fini de diviser le pays. Adulée ou détestée, Margaret Thatcher a de toute évidence marqué l'histoire de la Grande-Bretagne. Ses funérailles, prévues pour le 17 avril, devraient réunir plus de 2000 invités dont sans doute François Hollande - sur la liste des invités, il n'a pas encore confirmé sa présence. Mais leur coût n’est pas du goût de tous les contribuables, surtout en cette période de récession économique. Entre 8 et 10 millions de livres selon les estimations : c’est autant que la reine mère et plus que Lady Di ou Winston Churchill souligne The Guardian. Un manifestant, justement, proposait de privatiser les funérailles au moins offrant - reprenant l'idée de Ken Loach.

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