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Billet de blog 17 avr. 2013

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Funérailles de Thatcher : « Elle nous a redonné espoir »

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En ce mercredi 17 avril ont lieu les funérailles de Margaret Thatcher, ex premier ministre britannique décédée le 8 avril à l’âge de 87 ans. Pas de funérailles nationales mais les honneurs militaires pour cette figure politique emblématique et controversée.

Plus de 4000 officiers de police pour assurer l’ordre et la sécurité. Plus de 2300 invités, dont des représentants de 170 pays – Elisabeth Guigou pour la France. Et puis la présence exceptionnelle de la reine Elisabeth et du prince Philip : du jamais vu depuis l’adieu à Winston Churchill. Des funérailles grandioses, donc, évaluées à 10 millions de livres – soit 11, 6 millions d’euros. Une partie des contribuables britanniques a du mal à digérer, tandis qu’une autre salue les adieux faits à une grande Lady.

Certains sont là depuis hier, pour être sûrs d’avoir une place au premier rang. D’autres sont arrivés tôt ce matin. Beaucoup grappillent quelques heures sur leur journée de travail pour assister à l’événement. A 10h00, près de la cathédrale Saint-Paul où doit se dérouler la cérémonie, les trottoirs sont noirs de monde. Les piétons passent par les rues adjacentes pour pouvoir circuler. Des employés en profitent pour prendre leur temps : « Dis au patron qu’on peut à peine avancer, qu’il y a plein de monde ». Les gens sont relativement silencieux, même si certains discutent et parfois rient. Tous ne sont pas venus pour témoigner leur respect à l’ex premier ministre. Beaucoup sont là par curiosité, persuadés de participer à un moment historique. Ils veulent pouvoir dire « j’y étais » et prennent des photos qu’ils « twittent » aussitôt via leur Smartphones.

A 10h30, heure locale, plusieurs voitures noires arrivent, à l’image de celle garées au pied de la cathédrale: BMW, Jaguar… A 10h45, la voiture de la reine Elisabeth et du prince Philip s’approche, les applaudissements fusent au son de « God save the Queen ». Environ 10 minutes plus tard, on aperçoit enfin le cercueil de Margaret Thatcher, accompagné par la fanfare. La foule applaudit. Puis c’est le silence.

A 11h05, une partie de la foule se disperse. Il faut repartir au travail. Deux anti Thatcher vêtues de rouge et coiffées de faux casques de pompiers attirent l’œil des caméras et sont immédiatement interviewées. Tout au long de la matinée, la plupart des opposants à la Dame de Fer se sont fait relativement discrets. Certains ont tournés leur dos au passage du cercueil, tout en le huant. D’autres ont opté pour des pancartes aux formes et aux inscriptions variées. 

La cérémonie finie, une voiture emporte le cercueil de Thatcher, provoquant de nouveaux applaudissements. « Good Girl ! », s’exclame une femme. La ferveur de la foule est toutefois bien plus notable lorsque vient le tour de la Reine Elisabeth. Peu à peu, les invités sortent de la cathédrale. La plupart par la porte principale, les plus VIP par la porte latérale. Ils n’ont pas l’air bien triste. Deux vieux britanniques vêtus de tweed partagent avec moi leurs connaissances : « Lui, c’est John Sergeant, ancien correspondant politique de la BBC… lui, c’est Norman Tebbit, un vieil allié de Thatcher ».  Ancien Secrétaire d’Etat blessé en 1984 par l’IRA dans l’attentat du Grand Hôtel de Brighton, Tebbit est acclamé par un groupe de spectateurs encore présents. Tony Blair, quant à lui, est quelque peu hué.

Mes voisins en tweed sont venus pour témoigner de leur soutien à Maggie. « Elle nous a redonné espoir, elle nous a redonné foi en nous-mêmes, en notre capacité en tant que pays. Avant l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir, économiquement, socialement, ce pays ne valait pas grand-chose. Elle a changé tout ça. Elle était très positive, très énergique. Elle nous a montré que le changement était possible et qu’on pouvait le faire nous-mêmes. Et puis, c’était une mère de famille, donc elle savait gérer l’argent. L’idée c’est qu’on ne dépense pas ce qu’on n’a pas. Tout le contraire des socialistes qui dépensent tant et plus l’argent des autres ! D'ailleurs, aujourd’hui, la seule figure qui se rapproche d’elle, c’est Angela Merkel. Et au niveau européen, si Thatcher n’avait pas tenu tête à des gens comme Delors, si elle n’avait pas maintenu sa ligne politique, aujourd’hui, on serait dans la même situation désastreuse que la Grèce, l’Espagne ou – pardonnez-moi de vous le dire – la France. »

Après avoir remercié ces gentlemen pour notre conversation, je poursuis mon chemin. Un peu plus loin, plusieurs personnes échangent leur point de vue sur la politique de Thatcher si bien que tout un groupe se forme autour d’eux. Ils ne partagent pas du tout les mêmes idées, mais débattent avec calme et politesse. La police, elle, observe et prend des notes.

13h15. Je me décide à partir. Dans le métro, tandis que j’attends le train, je vois débarquer cinq hommes tirés à quatre épingles, dont trois vêtus de queue-de-pie. Chacun tient à la main le même document : le cérémonial des obsèques. Des invités de la famille Thatcher dans le métro… So British !

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