Gary Clark Jr remet les pendules à l’heure

A New York, l’actualité musicale de ce début du mois de septembre a été marquée par le passage du guitariste et chanteur Gary Clark Jr. au festival Summer Stage de Central Park. Se produisant avec son quartet habituel composé de Johnny Radelat à la batterie, King Zapata à la guitare et Johnny Bradley à la basse, Gary Clark Jr. a délivré ce lundi 8 septembre un très beau moment de musique.

gary clark jr. © Chad Kamenshine gary clark jr. © Chad Kamenshine
A New York, l’actualité musicale de ce début du mois de septembre a été marquée par le passage du guitariste et chanteur Gary Clark Jr. au festival Summer Stage de Central Park. Se produisant avec son quartet habituel composé de Johnny Radelat à la batterie, King Zapata à la guitare et Johnny Bradley à la basse, Gary Clark Jr. a délivré ce lundi 8 septembre un très beau moment de musique. Rabattant le caquet de ceux qui le décrivent comme un produit prémâché des majors, il a su démontrer qu’il était avant tout un excellent musicien, talentueux et audacieux.

Central Park, 20h, le public du Summer Stage se prépare pour l’arrivée de Gary Clark Jr. On se rapproche petit à petit de la scène centrale, on boit, on fume. On fait quelques pronostics sur la setlist et sur les reprises que l’artiste choisira d’interpréter ce soir. Le public est composé d’habitués. Gary Clark Jr., ils l’ont déjà vu à plusieurs reprises. Le guitariste est souvent en tournée et New York fait partie des arrêts obligatoires. Il y a deux ans, ils s’étaient rués au Bowery Ballroom pour découvrir celui dont tout le monde parlait. Aujourd’hui, l’effet nouveauté s’est un peu estompé. Il y a une heure, des places étaient encore en vente. Ceux qui restent sont les connaisseurs, les fans de blues.

Gary Clark Jr., c’est avant tout l’histoire d’une ascension fulgurante. Né en 1984 à Austin au Texas, il fréquente rapidement les milieux musicaux de la ville en jouant d’abord en duo avec sa voisine. Ensemble, ils interprètent des reprises, T-Bone Shuffle, Pride and Joy. A 15 ans, Gary Clark Jr. est repéré par Clifford Antone, propriétaire du célèbre Antone’s nightclub où se sont produits certains des noms les plus connus du blues : Stevie Ray Vaughan, Buddy Guy, Jimmy Reed. Deux ans plus tard, il devient une figure régulière du lieu, participant aux jam-sessions et décrochant même des engagements en solo.

Pour Clark Jr., la consécration viendra en 2010. A 26 ans, il décroche un engagement au Crossroad Guitar Festival d’Eric Clapton. Le fondateur de l’événement est soufflé. Trois ans plus tard, il racontera au magazine Rolling Stone avoir écrit au jeune guitariste au lendemain du concert :    « Merci. Vous m’avez donné envie de recommencer à jouer ». Cette lettre est le début d’une pluie d’éloges et de distinctions. Le talent de l’artiste est salué par Buddy Guy, Jeff Beck et Keith Richards avec lequel il partagera la scène en 2012. Pour le magazine Rolling Stone, Gary Clark est l’« élu ». Il est le nouveau Jimi Hendrix. En France, il passe en première partie d’une autre star montante : Janelle Monae. Son nom est sur toutes les lèvres. Il est l’artiste du moment.

Et puis, à la période de l’engouement suivra celle de la déception. En France, dès 2012, le magazine Funk U publie un rapport très négatif de sa première prestation parisienne en solo. « Réputation injustifiée ». « Set comme il en pleut chaque soir dans les clubs du monde entier ».  Pour la sortie de l’album Blak and Blu, au mois de décembre de la même année le quotidien Libération titre « Gary Clark Jr. Un peu jeune », « un album inégal ». Le battage médiatique continue pourtant de faire rage et l’aspect multi-référentiel et il est vrai désordonné de l’album laisse le public sur sa faim. Sur Internet, les critiques sont parfois violentes. Gary Clark Jr. y est désormais décrit comme une fabrication des majors, le nouvel objet fétiche de la Warner. S’annoncerait alors une période de déchéance, identique à celle qu’ont connue de nombreux artistes fabriqués. On évoque Terrence Trent d’Arby.

Sauf que comme Terrence Trent D’Arby, qui rejettera violemment cette réputation d’artiste factice dès son deuxième album en publiant alors l’un des plus beaux manifestes soul des années 1980, Gary Clark Jr. est avant tout un excellent musicien, un showman. Et lundi dernier, à Central Park, il a remis les pendules à l’heure. Mêlant blues « grassroots », folk springsteenien, ballade à la Marvin Gaye, arrangements rock tendance Radiohead, fougue improvisatrice rappelant peut-être davantage Prince que Jimi Hendrix, le concert s’est déployé comme un voyage dans la musique populaire américaine des années 1960-2000. Et dans ce voyage, tout est subtil. Pas de citations grossières pendant les solos, pas de copier-coller des classiques de la musique noire. Les références sont digérées. La base est là et elle est franchement blues. Les emprunts, les ajouts ne font qu’ancrer davantage cette musique dans ses racines. Ce soir-là, la musique de Clark Jr. fut d’une liberté folle et chaque solo de guitare une histoire dont on attend l’issue avec engouement. Mention spéciale pour When my train pulls in, dans une version de dix minutes où les deux guitares en écho enivrèrent les spectateurs au point de les propulser dans un état presque hypnotique. Et puis aussi pour la « chanson pour le gars assis au bar », devenue un hymne des concerts de l’artiste Don’t owe you a thing âpre et impertinente.

21h30, Rappel. Gary Clark Jr. fait monter sur scène des invités dont l’harmoniciste G. Love. Ensemble, ils interprètent Shame Shame Shame de Jimmy Reed. De quoi nous rappeler au passage que Gary Clark Jr. est également un accompagnateur et un rythmicien de talent.

22h, couvre-feu. Le public est enthousiaste. Rendez-vous le 23 septembre pour la sortie d’un nouvel album enregistré en public. Gary Clark Jr. est incontestablement un artiste de scène. Nous attendons l’album Live avec impatience.

Pauline Guedj

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