Mr Paty, cela fait une semaine que je suis en deuil. Une longue semaine, et pourtant je ne vis plus actuellement en France. Et pourtant, j'ai intégré, comme immigrante en Angleterre, la différence en miroir qu'ont mes deux pays au regard de la reconnaissance des cultures immigrantes par l'état d'accueil. Etre immigrée m'offre une place privilégiée pour comprendre la tension que votre départ laisse. Pendant que l'État cherche un ennemi de l'intérieur, je ne doute pas que d'autres verront en vous un appel à l'amour des cultures qui font la France, des enseignements que l'art nous offre et de la grandeur de l'âme que procure l'entrée en dialogue.
Oui, Mr Paty, en disparaissant tragiquement il y a une semaine, vous avez fait réapparaitre les lumières laïques, l'amour de la France pour la culture et son besoin urgent d'écoute envers toutes ses cultures à chaque coin de ma journée.
Mr Paty, l'idée de ce billet m'est venue par une association de trouvailles culturelles. Je regardai un cours reportage sur les resistants allemands qui avaient fondé les Roses Blanches durant la seconde guerre mondiale. Le reportage se centrait sur la figure de Sophie School en particulier.Elle avait dit avant de partir elle aussi:
"Quel beau jour, quel soleil magnifique, et moi je dois mourir. Mais combien de jeunes gens, de garçons pleins d'espoir, sont tués sur les champs de bataille… Qu'importe ma mort si, grâce à nous, des milliers d'hommes ont les yeux ouverts."
Un.e internaute commentait alors en renvoyant à une chanson du groupe Mickey 3D, intitulée "La Rose Blanche", en hommage à Sophie. Et là encore, j'ai pensé à vous:
"Aujourd'hui c'est moi qui tombe. Je rejoins l'armée des ombres. Mais demain je reviendrai...J'irai danser sur vos tombes, juste après la pluie qui tombe. L'herbe viendra repousser".
Mr Paty, une semaine de deuil et des dizaines de podcast écoutés et articles lus pour comprendre, et c'est la chanson qui apporte une consolation à votre départ. Celle que l'art, par le sentiment personnel qu'il invoque, touche à une dimension collective. En un temps ou la culture est menacée d'extinction, je pense à tous vos collègues qui continueront de l'employer comme arme de paix et à nous tous qui, au-delà des murs de l'école, avons le devoir et le droit de nous enseigner sur nos différences pour nous libérer de la barbarie et entrée en union véritablement démocratique.
Mr Paty, vous reviendrez.