Analyse de la lettre du ministère sur le nitrate d'ammonium agricole

Le ministère de la transition écologique lance une mission d'inspection des stockages de nitrate d'ammonium agricole dans les ports. Cette mission est nécessaire mais absolument pas suffisante pour arriver à la seule solution qui semble viable : la substitution

Après Beyrouth, le gouvernement français lance une mission d'inspection des stockages de nitrate d'ammonium agricole. 

Cette mission est nécessaire pour permettre d’auditer la sécurité des ports. Elle prévoit notamment d’analyser les conditions de sécurité de l’acheminement d’ammonitrate.

Mais on ne prend pas en compte tous les lieux stockant du nitrate d’ammonium agricole, notamment les exploitations stockant moins de 500 tonnes qui ne sont jamais inspectées.

Nous sommes dans une démarche réactive et non préventive. Ce n’est pas parce que le nitrate d’ammonium a détruit le port de Beyrouth que des explosions n’arrivent que dans ce type d’installations comme le rappellent les accidents d’AZF et de Saint-Romain-en-Jarez.

D’autre part, la réglementation est insuffisante. Elle considère l’ammonitrate comme un comburant et non un explosif alors qu’il suffit de 0,2% de matière organique (une poussière de paille par exemple) et d’un départ de feu pour entraîner une explosion.

Par ailleurs, même si le transport est un réel sujet et que de nombreux accidents arrivent, il n’existe aucune solution diminuant le risque dans le transport routier. On ne peut pas prendre certaines dispositions car il est par exemple impossible d’y mettre des systèmes d’extinction automatique.

Dans le transport maritime, il faudrait s’assurer que tous les bateaux transportant du NA soient équipés de protection incendie comme pour les gaziers même si cela entraînerait un coût important.

Pour le stockage, les solutions seraient de le stocker dans des bâtiments semi-ouverts, d'étudier les effets dominos et de mettre en place des systèmes d'extinction sur les bâtiments de stockage de NA et ceux autour stockant des combustibles.

La seule solution économique et technique qui semble viable est la substitution du nitrate d’ammonium agricole avec un passage en agriculture paysanne et agroécologique qui supprime le risque à la source.

Nous ne pouvons pas nous contenter d'inspecter les ports et d'éluder des risques étayés scientifiquement et ayant abouti à plusieurs accidents majeurs. Accepte-t-on de prendre le risque qu’un Beyrouth arrive en France ? 

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