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Le Club de Mediapart sam. 23 juil. 2016 23/7/2016 Dernière édition

La morale laïque : mais qu’est-ce que c’est ?

A l’annonce de Vincent Peillon d’instaurer – de réinstitutionnaliser ? – l’enseignement de la morale laïque à l’école, les sondages ont été dithyrambiques, voire soviétisants, avec plus de 90% d’opinions favorables (ici) !

En fait, rien de plus normal, étant donné la question posée : "Approuvez-vous l'introduction à l'école de cours de morale laïque, durant lesquels seraient enseignés aux enfants les principes et les comportements du 'vivre ensemble' dans notre société".

Qui peut s’y opposer ? Autrement dit, comment obtenir une caution éthique en formulant une question qui ne l’est pas ? Car c’est bien d’éthique qu’il s’agit ici et pas uniquement celle des instituts de sondage ou des politiciens.

Les premiers sont passés maîtres dans la composition de baromètres sociaux censés donner la température du climat social dans les entreprises, avec les résultats que l’on connaît : ce ne sont pas les salariés de France Telecom ou de Renault qui démentiront.

Les seconds, à l’instar de NKM, sont souvent hors sujet : "La République (…) est censée garantir le vivre ensemble qui passe par l'attachement à des valeurs politiques. (…) cela sous-entend une véritable réflexion collective sur la morale qui prévaut dans notre société, puisque chaque société humaine se dote de normes qui régissent les comportements publics et privés de ses membres". (ici)

Comme si, en France, la morale ne pouvait s’incarner que par les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité ! Ou encore, comme si elle relevait de la conformité, c’est-à-dire de la bonne observation des règles et des lois !

Valeurs ou vertus ?

Plutôt que de valeurs, il vaudrait mieux parler de vertus de base : respect, intégrité, audace, responsabilité, etc. Au-delà des sourires entendus de ceux qui pensent automatiquement à la vertu de la rosière, illustrons cela par un exemple très simple :

La valeur nutritive d’un aliment s’exprime en calories, ou selon sa composition en protéines, glucides, lipides et fibres. La vertu nutritive de cet aliment s’apprécie par les résultats de sa digestion. Elle résulte moins dans la quantité que dans la qualité des produits et tient moins à sa composition chimique qu’à l’organisme de celui qui la consomme.

En transposant cette image à l’école, nous dirions que l’enseignement de la morale déclare, énonce, affiche des valeurs, mais ces valeurs sont-elles toujours bien comprises et assimilées par les élèves ? L’engagement des élèves s’obtient par la mise en œuvre de leurs vertus, encouragées par l’enseignant. Qui méprisera l’importance de l’esprit de solidarité ou de loyauté dans la vie, y compris en dehors de l’école ?

Mais, ainsi que le souligne Ruwen Ogien : "L'école peut apprendre ce que c'est qu'être un bon citoyen, mais elle n'a peut-être pas la vocation et les moyens de rendre les gens vertueux". (ici)

Conformité bien ordonnée…

D’un autre côté, s’il suffisait de respecter les lois ! Le naufrage de l’Erika s’est produit dans les eaux internationales, donc, son affréteur n’est pas coupable ! Souvenons-nous aussi de cette expression politique malheureuse : "Responsables, mais pas coupables".

Autrement dit, ce n’est pas en multipliant les lois et règlements que l’on fera progresser l’éthique. Dans le monde de l’entreprise, les banques et les compagnies d’assurance sont les plus soumises à une réglementation contraignante et internationale. Est-ce que cela les rend plus éthiques pour autant ?

D’un autre côté, lorsqu’une ministre des Finances exhibe un "Code éthique" des banques qui ne traite que des bonus des traders, ou que le Medef se dote avec force publicité d’un Comité d’éthique, cela laisse peu de doutes sur les intentions : de la cosm’éthique !

A la place d’un arsenal de textes, ne vaudrait-il pas mieux développer la formation de son propre jugement, ou de son libre-arbitre ? Ou, comme le disait fort justement Aline Giroux : "Ne faudrait-il pas dénoncer le juridisme, qui réduit l’initiative des individus en transformant leur intervention ?" (ici)

Redonner du sens !

Le plus grave dans cette histoire est que toutes les analyses s’accordent sur le fait qu’il faut "redonner du sens" (au contenu de l’enseignement, à la discipline, aux comportements, …).

La bonne question est, nous semble-t-il : Pourquoi a-t-on perdu ce sens ? Et ensuite : Est-ce que les causes de la disparition de sens sont toujours en place ? Et enfin : Est-ce l’école de la République qui est la mieux placée pour gérer et améliorer cette situation ?

Si la finalité est de rendre de futurs citoyens plus aptes à adopter des comportements éthiques pendant et après leur scolarité – objectif louable s’il en est, sans doute faudrait-il mettre à contribution des visions, des analyses et des éclairages issus de tous les milieux et ne pas laisser les enseignants s’exprimer seuls, à partir du seul contexte qu’ils connaissent : le monde de l’Education nationale…

La diversité des points de vue et des expériences est à ce sujet primordiale. Cela revient à chausser des lunettes éthiques pour observer et commenter le monde tel qu’il est.

Les lunettes éthiques ? On ne peut pas les beurrer !

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La morale laïque, c'est simplement celle qui permet de vivre en société le plus harmonieusement possible. Pas besoin de religion pour cela.

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