Comment suis-je devenu un sale "conniste" ?

Un anniversaire de 5 ans ne m'a rendu ni islamophobe, ni raciste. Au contraire. Tout depuis, de toute part, m'amène peu à peu à n'être seulement que "conniste" : J'ai développé une haine du con. Connerie elle-même ou pas, me semble temps de réaffirmer une hiérarchie aussi évidente que séculaire entre connerie et intelligence confondues ces derniers temps de neo-obscurantisme universel.

 

Carricature - extrait du midi libre © Cabu Carricature - extrait du midi libre © Cabu

 On devrait pouvoir rire de tout. Oui, mais ce n'est pas le cas.

A part des chatons, ce qui engage peu, on ne rit plus de rien, on pleure de tout, partout et ça me met en colère. Parce que tout est grave. Le rire serait devenu un danger, une insulte, une agression au lieu de l'expression privilégiée de l'intelligence.

Ça, c'est l'oeuvre des cons, pas de doute. La gravité au degré zéro absolu est leur patte.

Donc écouter, comprendre et tolérer les cons au point de les laisser prendre de l'assurance et déborder est-il encore un humanisme, une humilité ou une sagesse ? J'en doute.

Je suis en colère parce qu'on se voit forcés de respecter les cons coûte que coûte. Tous les cons et leur connerie comme une valeur, une différence ou une équivalence réelle. De cohabiter avec ce qu'on nomme prudemment "autre façon de voir". Contraints de respecter susceptibilité, geremiades, orgueil, pleurs, goût de la souffrance et de la gravité. Pendant ce temps le rire disparaît.

Oubliant que, partout, si des cons aiment pleurer et voir pleurer, au même endroit en même temps, des intelligents en nombre égal, eux, espèrent pouvoir rire librement. Et ils attendent, depuis longtemps.

Dans un summum de prudence, il faut respecter tous les cons de partout comme s'ils étaient devenu une espèce sacrée, pourtant loin d'être en voie de disparition, comme aurait pu chanter Brassens dans l'hymne qu'il leur a dédié, "Le roi des cons".

Au lieu de se mettre à comprendre les peuples dans toute leur diversité interne, on ne se met plus qu'à regarder, écouter et comprendre leurs cons, et faire de la "connologie", la science du cons et de la limite. La science du freinage, de la toupie et du dérapage. L'étude des seuls zombies cérébraux.

Ce que disent et veulent tout ceux qui ont fait un choix éclairé et l'effort de l'intelligence ? N'étant pas aussi agités et dangereux que les cons, on s'en fout, on en sait plus rien. On ne s'en occupe plus et on ne met plus rien en place pour eux, même plus le refuge et l'acceuil qu'on leur doit.

Excepté au Moyen-Âge Européen, a-t-on jamais déployé autant de passion et d'énergie à respecter absolument la connerie universelle au détriment de sa sœur jumelle l'intelligence également universelle pour laquelle on ne prend même plus la peine d'en rechercher et d'en protéger les représentants.

On va me dire "Mais comment toi, tu oses prétendre distinguer l'intelligence de la connerie ? C'est de l'intolérance ! Quelle prétention !".

C'est vite oublier que je suis humain et qu'a titre, je partage un héritage avec vous tous, une œuvre collective faite de repères utiles, à redécouvrir : voilà 6000 ans environ que des hommes de partout, voyant ce danger se profiler, se sont acharné à développer des remparts à la connerie. Des détecteurs, des filtres, des critères, des principes, des mesures et des tests : philosophie, rituels, méthodes, logique, jeux, éducation, culture, morale, sagesses, humanisme, bibliothèques, arts, universités, écoles. Etc.

Tout à coup, 2020, il faudrait ignorer et balayer cette longue œuvre collective pour décréter "tout se vaut, tout s'entend à égalité, tout n'est qu'opinion".

Non, désolé, la platitude démagogique à ce propos est fausse. Les erreurs existent et ne sont pas que des "différences", les gens qui en font systématiquement existent aussi. On a des preuves. Les repères, niveaux et performances de l'intelligence existent, ça se constate objectivement voir même ça se reconnaît et ça se sent instinctivement. Et s'obstiner à mettre les deux sur un pied d'égalité bancale pour donner la victoire aux cons diffuse leurs erreurs au sein d'une société.

Ils se sont réveillés et le moins que l'on puisse dire, ils ne sont pas très contents, les cons : ils gueulent, piétinent, tapent et tuent. Tous. Depuis le temps qu'on ne les écoutaient plus.

Ils revendiquent en tentant d'étouffer à nouveau l'intelligence qui fait souffrir leurs complexes comme des corps sedimentés d'archaïsme cognitif. Ils gueulent car les oignons de leurs limites frontales sont très sensibles, aux cons.

Ne me faites pas dire l'inverse exact de mon propos. La connerie est universelle, elle se fait écho de toute part à elle même : elle s'est réveillée en flinguant l'islam de l'intérieur. Depuis, des croyants qui n'ont rien demandé doivent eux aussi se taire, se cacher, comprendre et s'adapter à d'autres cons qui croient en des races, des nations ou d'autres sectes. Rien, personne, aucune intelligence n'est épargnée dans cette vague continuelle de boue.

Assez. Ça suffit de ne plus pouvoir dire de personne qu'il est con, simplement, clairement, en face. Objectivement.

En respectant le con de la sorte, on baffoue et méprise l'intelligent juste à côté de lui en signifiant qu'il est de même statut. Ce qui ne peut pas être exact.

On l'appelle fondamentaliste, raciste, extrémiste, brute, terroriste, complotistes. Des mots trop polis qui ajoutent de l'importance. Le vrai mot est CON.

Vu la hauteur de leurs "exploits" répétés, les cons méritent bien de porter leur nom.

Et puisque j'y suis, allez : non les cons ne sont pas différents, ils ne sont pas à part, ils ne sont pas d'ailleurs. À vouloir absolument décréter une infériorité et une supériorité, leur propre infériorité se révèle être une vérité, d'ici ou de partout : toujours en dessous, de tout.

Comme vous pouvez le constater, je suis devenu "conniste". 

Essayez, vous verrez le bien que ça fait.

Le seul tabou à décomplexer est qu'il y en a marre, de les voir, les entendre, les écouter sur le devant de la scène sans jamais pouvoir les appeler enfin : "les cons".

On en fait toute l'actualité, surgissant sous une forme ou une autre, sans cesse. Tout reprendre mais ne rien con-prendre, tout tordre, tout imaginer à coup d'humeurs, de rumeurs, de délires, de limites et d'erreurs. Pathétiques cons.

À force de leur donner les mêmes outils de com', de se rendre accessible, de descendre à leur niveau pour tenter de parler à tous et n'oublier personne, l'intelligence se fourvoie à se rabaisser jusqu'à eux, au lieu de les obliger à monter.

Comme on pourrait s'en douter, ils prennent cela non pour une grandeur, une porte ouverte, une occasion mais une faiblesse. Rien d'eux ne monte, la force de leur trou noir est telle que ce sont eux qui tirent le reste vers le bas.

Les cons nous prennent pour des cons : pendant que nous analysons, on ne leur renvoie pas "pauvre con" pour ramener un peu de vérité et de réalité factuelle à ces individus pétris d'assurance inébranlable en leurs limites.

Je persiste bien à dire "inférieur" et non "différent". Il faut renvoyer les cons à l'injustice naturelle qui n'est d'aucun fait excepté le leur. Pourquoi ?

D'abord, si leur condition mentale n'était pas tant encouragée en égalité illusoire, pourraient-ils être tentés de faire mieux, des efforts minimum pour se transcender au lieu de se complaire, fiers et orgueilleux de rien pour rien. Et les parents de faire un peu plus attention avant d'élever un futur con comme tel.

Ensuite, en chaque lieu et chaque époque où l'intelligence à osé reprendre ses droits, sa place et sa hauteur, elle a rendu les masses de gens heureuses et fait avancé toute l'humanité d'un bond en l'extirpant des marécages où la connerie l'avait empêtrée.

Heureusement qu'elle offrait ses petits paradis, des havres de paix ponctuels aux rescapés des milles lieux où la connerie opérait en même temps ses ravages.

Enfin, de ces lieux épargnés et d'eux seuls ont pu se reconstruire les vies humaines communes, les cultures et les belles cités là où la connerie avait tout détruit et tout séparé.

C'est précieux pour cette raison, l'intelligence, superieur à la connerie : sauver les choses, les réunir et s'en sortir par le haut. Il n'y a rien d'autre.

Alors pourquoi devrais-je absolument considérer la connerie égale à l'intelligence et le con égal à l'autre ? Non je n'ai pas encore d'autant d'ouverture et de tolérance car je crois qu'elle met en danger des masses de gens, partout. Une forme de clé initiale.

Oui, les cons d'où qu'ils soient sont pour moi inférieurs à quelque chose qui les dépasse objectivement, et non juste "différents". Et si un seul peuple universel existe c'est celui de l'intelligence éclairée opposé à un autre tout aussi universel, les cons obscurs. En affrontement permanent pour le pouvoir.

Oui, s'il y a une seule hiérarchie objective dans l'humanité qui vaille, qui a fait naturellement ses preuves depuis le début, elle est entre d'un côté l'intelligence constructive, curieuse, ouverte, tolérante et bienfaisante et de l'autre, la connerie oppressante, agressive, obtuse et destructrice.

Oui, l'intelligence est la seule valeur légitime et égalitaire qui vaille pour comparer les hommes entre eux.

Sans établir cette différence hiérarchique comme première valeur et comme rempart, c'est la croyance en toutes les autres différences illégitimes qui se développe et prend sa place, avec tous les dégâts que nous connaissons dans l'histoire de l'humanité.

De tout âge, tout temps, tout lieu, tout sexe, tout milieu, toute culture, toute religion et toute couleur de peau : la connerie fut aussi aussi répandue et présente que l'intelligence. Concurrente permanente pour prendre la main sur les sociétés humaines.

Heureusement, malgré tout, la connerie n'a jamais valu, ne vaut pas, ne vaudra pas l'intelligence dans ce combat, peu importe comme elle se maquille.

La connerie n'est pas une autre intelligence nouvelle, mystérieuse venue d'ailleurs, même si elle aime le faire croire. On a pu l'oublier mais chaque jour, elle est juste à côté de soi identique à ailleurs, parfaitement connue depuis longtemps. Nul besoin de la redécouvrir sans cesse lorsqu'il suffit de la reconnaître.

Elle n'est pas une différence qui irai jusqu'à résumer injustement des peuples, des cultures et des histoires entières, à ses seuls cons. Elle n'est pas un prétexte pour évincer d'un trait de stéréotype toute l'intelligence et ses défenseurs qui la combattent de l'interieur.

Partout où la connerie est, l'intelligence est le contre exemple, la contradictrice espérée. Elle attend d'avoir la parole pour affirmer que la première est bien un défaut, une maladie de l'esprit, une erreur de l'humanisme et de la culture qu'il faut combattre en tant que tel, là où elle se trouve à ses côtés.

Si on veut absolument, pourvu qu'on les maîtrise, on peut bien-sûr les comprendre, compatir et être clément avec les cons. Voir leur tendre la main si elle reste ferme. Mais leur donner la parole, les ecouter ou les croire comme représentatifs de quoi que ce soit de valable en lequel on pourrait avoir un espoir est une dérive, une perte de temps. Un début de connification pandémique qui ouvre la voie à suivre pour d'autres cons en sommeil.

Les cons quelles que soient leur ténacité sont inférieurs à ce qui les dépasse, oui. Dans le recul, la douleur et la tristesse qu'elle provoque la connerie est inférieure à l'intelligence qui produit l'inverse, oui. Elle le restera, toujours, oui.

Non, aucun peuple n'aime ses effets, aucun ne la reconnaît comme sa culture, même si l'effroi de la terreur peut faire dire ponctuellement le contraire sans conviction. Ce qui reste à une culture finalement, sont toujours ses hommes les plus éclairés, non ses hommes les plus obscurs voués à l'oubli.

Il y a 5 ans une bande de cons a tenté de tuer l'humour, en se revendiquant seuls d'une autre culture, d'un autre peuple et d'une autre religion qui n'ont rien demandé. Chose à laquelle d'autres cons ont répondu "c'est vrai" en faisant la même chose qu'eux à la culture, au peuple et à la religion ainsi pris en otages. On a découvert de nouveaux cons, et laissé se réveiller nos cons, "bien de chez nous" en seule réponse.

Depuis la connerie a pris de l'assurance, jusqu'à faire des guerres, saccager, laisser crever des gens dans l'eau...et bien d'autres choses du même acabit.

Et malgré tout nous persistons à dire "c'est seulement une différence, comprenons-la". L'intelligence deviendrait elle-même conne de sa gentillesse dans ce cas.

Pour les cons, sales, pauvres, petits, grands, vieux ou gros...rire, prendre du recul au lieu de trembler, tourner leur connerie en ce qu'elle est, ridicule, est un sacrilège. Comprendre est un sacrilège. Dépasser par le seul outils universel, gratuit et commun qui leur échappe, l'esprit, est un sacrilège. Tout ce qui ose dépasser librement est un sacrilège. Tout devient peu à peu un sacrilège.

Un coup de poing trop élégant à leurs déchets intellectuels. Une trop belle parade à leur insulte continue du beau, du bon, du fort et du bien. La peur du fin qui gagne face au grossier.

Dans leur jargon commun, rire est comme gueuler taper ou tuer. Tout se réduit à un marteau, un clou et frapper.

Réunis, ensemble, ils déploient des efforts pour que la sombre merde ressemble de loin à l'or brillant comme un leurre.

Pour ça les cons s'entendent parfaitement bien et oublient toutes leurs autres différences face au même adversaire commun : l'intelligence. Il ne faut pas croire, les cons échangent et négocient universellement, eux.

Pendant que l'on reste ouverts à leur propos, les cons inventent sans cesse d'autres hiérarchies humaines que celle qui les concerne : richesse, force brutale, manipulation, terreur, dictature, rhétorique, oppression, racisme, sexisme, agisme, xénophobie, homophobie, secte, fondamentalisme et extrémisme....platisme...

Plein de "ismes" qu'un seul ecraserait : Le "connisme". Le seul isme qu'il serait légitime de diffuser dans une nouvelle internationales ayant enfin identifié et ciblé son ennemi mondial commun.

Par le mal qu'ils ont fait et qu'ils font encore, on peut légitimement en vouloir aux cons et les combattre légitimement avec ce qu'il nous reste à tous après leur passage : l'intelligence.

Peu à peu on se tait, on pleure, on a peur. De trop. Peu à peu on philosophe trop à propos des cons pour tenter de les comprendre, en faire absolument des égaux en mesure de dialoguer alors qu'hypocrites comme nous sommes, on ne fait que les craindre. De trop.

Par des cycles de l'histoire, les cons redeviennent peu à peu maîtres et leur connerie la règle, la référence, la loi. Presque la nouvelle raison et la nouvelle intelligence qui efface les principes de l'original.

L'humanité, d'où qu'elle soit, a besoin d'un nouveau siècle des Lumières après une période d'obscurantisme renaissante sous l'influence d'habiles cons successifs.

Heureusement que part une résistance instinctive de l'intelligence il reste toujours quelque part des oasis pour rire, défier, provoquer, narguer avec bienveillance, légèreté et recul muni sans crainte de ses propres valeurs comme repères du respect. Pour se sentir libre et à l'aise de réfléchir à sa guise. Pour faire renaître une petite lueur au fond du noir absolu. Pour dire "c'est pas vrai". Pour replacer l'humain et la vérité sur la stèle au lieu des usurpateurs.

En conclusion, par trop de tolérance, la parole a trop souvent été donnée à la connerie comme une main tendue qu'elle a mordu jusqu'au sang. Elle a fini par être écrasante. Il est temps pour l'intelligence de resserrer les poings, de s'affirmer et de gueuler à tue tête. De redevenir universaux, en riant, en se moquant non avec sarcasme mais avec humour, en dessinant, en écrivant, en débattant.

Peut être que je suis con moi-même en disant tout ça. Peut-être que je devrais me détester moi-même. Qui sait. Peut-être qu'il ne faut mépriser personne, même les pires, et ne mettre de limite et de rempart à rien, mêmes aux pires limites. Peut-être qu'il faut laisser les intelligents de partout aux griffes des chiens de partout, dans une sorte de sélection naturelle. Peut-être. Ça se défend, mais ce n'est pas ce que je pense, ma compassion va aux uns plus qu'aux autres.

En attendant, la connerie est et restera toujours à mes yeux le seul ennemi dangereux réel lorsqu'elle commence à être prise au sérieux, à obtenir un statut et a être confondue. Elle doit rester illégitime, être détectée, maintenue lointaine, basse, ridicule et faible pour laisser place à la différence des multiples intelligences culturelles, la vraie.

Après toute cette véhémence, decompressons parce que rien n'est vraiment sérieux même si ça y ressemble : vive le rire, la pirouette et l'intelligence naturelle qu'ils traduisent. Surtout...ciao à leurs artistes...connus ou inconnus, libres, emprisonnés ou disparus.

...mais mort aux cons...

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