COP20 à Lima: Parle anglais ou tais toi!

Lorsqu'une organisation internationale a plusieurs langues officielles, le français est toujours l'une d'entre elles. Seul l'anglais partage cette position. A l'ONU, si l'espagnol, le chinois, l'arabe et le russe font partie des six langues officielles de l'ONU, seules l'anglais et le français sont des langues de travail.  L’anglais n’a aucune prépondérance officielle sur le français.[1]

Sur le papier, la position du français et son utilisation dans les organisations internationales semblent garanties et solides. Or il n'en est rien. A l'ONU seulement 8% des publications se font en français.

Le problème, c'est que s'exprimer dans une seule langue, c'est avoir une vision monochrome du monde, c'est véhiculer une seule culture et assoir un pouvoir politique, économique, juridique...sur tous ceux qui ne maîtrise pas cette langue. L'anglais s'est imposé dans les OI par paresse (par pragmatisme diront certains, pour de fausses questions budgétaires aussi) mais surtout parce que les anglophones (surtout les américains et les anglais ne parlent qu'une seule langue : l'anglais.) Cet unilinguisme va à l'encontre de ce que sont censés représenter ces organisations internationales et les Nations Unies : la diversité linguistique, culturelle et surtout la diversité des points de vue.

A Lima, aujourd’hui se joue l’avenir du monde, l’avenir de chacun des pays du monde, l’avenir des peuples, celui de celles et ceux qui parlent les 6000 langues de notre planète. Aucun des pays ne sera épargné par le changement climatique, les pays d’Afrique de l’ouest, francophones pour la grande majorité seront parmi les plus touchés par les impacts du changement climatique.

Il est important que leur voix soit forte dans ces négociations internationales. Dans la plupart de ces pays, l'anglais n'est absolument pas maîtrisé ni par les populations ni par les élites. Et pourtant aujourd’hui une partie des négociations ne se font qu’en anglais, sans aucune traduction disponible, ni en français, ni en espagnol. Les textes ne sont pas rendus disponibles dans les langues officielles des Nations Unies. Et pourtant, les négociations tournent très souvent autour d’un mot, parfois même d’une virgule. Comment comprendre les subtilités d’une langue que l’on ne maitrise pas ? Comment participer à un débat, pourtant important, qui oppose certains pays qui veulent mettre « should be » à la place de « shall be ».

Est-ce pour cela que dans la plupart des séances de négociations, on n’entend peu les pays francophones ou hispanophones ? Est-ce pour cela que ceux qui prennent le plus la parole sont des pays développés dont les négociateurs parlent l’anglais couramment ? Est pour cela que les sièges des pays non-anglophones sont plus souvent inoccupés que ceux des pays francophones ou hispanophones ? L’absence de traduction les laisse sans voix, bâillonnés.

Reste à souhaiter que les pays non anglophones, se mobilisent contre cette injustice. On ne peut pas attendre que les pays s’approprient un texte qu’ils n’ont pas eu la possibilité de négocier. Comme le dit un négociateur africain : « Les pays francophones se  doivent de défendre  l’expression de leur identité et de leur souveraineté en plaidant pour  une bonne place du français. »  D’après Joseph Yaovi KOGBE: » L’une des innovations qui devraient caractériser la COP « francophone » de Paris serait de mettre fin à cet unilinguisme, et prendre toutes les dispositions pour que la même importance soit accordée au français au même titre que l’anglais dans les négociations internationales. C’est simplement une question de droit. »

Paris, si tu nous entends, nous espérons qu’à la COP21, les pays auront tous la possibilité de comprendre la subtilité des textes qu’ils négocient.

 Depuis Lima : Joseph Yaovi KOGBE, Maureen JORAND, Peggy PASCAL

 Ivan KABACOFF

 

 


[1] D'après l'article 111 de sa Charte et la résolution adoptée en 1946, l'ONU reconnait 6 langues officielles (anlais, arabe, chinois, espagnol, français, russe) qui sont également langue de travail de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité. Mais seuls l'anglais et le français sont les langues de travail du secrétariat général.

 

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