Chers syndicats... vous auriez pu nous aider à vous aider!

16 juin, je m'en faisais une fête. Une connexion nouvelle entre des organisations syndicales engagées & un peuple qui ne demande qu'à aider. Je m'attendais à une stratégie nouvelle pour fédérer & faire grossir un mouvement inarrêtable. Je m'attendais à un pas de côté de votre part suite à cette période: vous avez certainement eu le temps de réfléchir au mode d'action pour l'après. Déception.

Chères organisations syndicales,

Les français ont applaudi les soignant.e.s le soir à 20h.

Vous avez senti l'énergie d'un peuple qui en a ras la casquette de ce système financiarisé qui broie les gens et la planète. Vous nous avez demandé de l'aide. Ce sera donc le 16 juin. Chouette ! Je m'en faisais une fête. Une connexion nouvelle entre des organisations syndicales engagées et un peuple qui ne demande qu'à aider. L'espoir d'un mouvement ultra-massif et pacifiste qui pousserait les dirigeants à décider autrement pour le bien commun.

Je m'attendais à une stratégie nouvelle, efficace pour fédérer et faire grossir un mouvement inarrêtable. Je m'attendais à un pas de côté de votre part suite à cette période où tout s'est arrêté: vous, comme nous, avez certainement eu le temps de réfléchir à l'action pour l'après.

La sentence est tombée: rassemblement à Pau (préfecture) à 10h30. Une grève traditionnelle donc.

La déception. L'énorme déception.

On fait donc comme avant.

Mais... n'y a-t-il pas eu des gens dans vos équipes qui ont pensé:

  • "Après N semaines de grève fin 2019 / début 2020, les plus engagés des manifestants ont souffert financièrement parlant"
  • "De nombreux ménages populaires ont souffert pendant le covid-19 avec des revenus amputés. Certains ont même eu des difficultés pour manger"
  • "La rentrée va être très difficile avec des licenciements comme jamais. Les gens vont avoir peur d'être le vilain petit canard de leur petite entreprise"
  • "Quel est le moment de la journée où nous pourrions rassembler le plus de monde ? Comme un rituel, tous les jours de la semaine, comparable aux applaudissements de 20h mais avez rassemblement physique ?"

J'en suis certain, il y a des gens dans vos organisations qui ont eu ce bon sens et se sont posé la question cruciale: Comment pourrait-on organiser un mouvement massif sans impacter les bourses dans un premier temps ? Comment faire grossir un mouvement en exploitant les failles d'un système ? Une fois les foules bien fournies, à ce moment précis, demander l'effort, le coup de rein, tous ensemble: 5 jours d'arrêt total, de grève générale. Impact maximal. Dirigeants désarçonnés.

J'en ai rêvé. Comment ? Voici quelques réflexions:

  • La journée traditionnelle d'un.e employé.e: amener les enfants à l'école/garderie puis boulot, pause déjeuner (gamelle ou sandwich ou plat du jour), puis boulot, puis aller chercher les enfants à l'école/garderie, puis les devoirs, le bain, faire à manger, etc... crevé.e => canapé => dodo.
  • Le SEUL moment qui n'a pas ou peu d'impact sur l'emploi du temps d'un.e employé.e et sa famille et qui est sans conséquence sur son salaire, c'est la pause déjeuner.
  • Alors imaginons que vous, organisations syndicales, appeliez tout un peuple à se rassembler devant des lieux symboliques (hôpitaux, préfectures, mairies, etc...) à 13h partout en France. Oui 13h. Tous au même moment. 30 minutes. Avec un rituel bien rôdé/pensé (chanson, clapping, etc...). Et imaginons, botte secrète du fin stratège que vous y proposiez des sandwichs...

Et bien à ce moment-là, n'importe quel employé.e, dans cette fenêtre de calme qu'est la pause déjeuner, pourrait venir apporter sa pierre, sa voix, sa présence. De façon synchronisée avec le reste du pays, pour une résonance maximale, un moment de cri de colère. 30 minutes de folie, de fête, de démonstration de force.

Reproductible. Et c'est là la clé (contrairement aux horaires nuit-debout) : tous les jours de la semaine de 13h à 13h30. Pour que nous sentions cette force immense de la mobilisation. Cette boule d'énergie au ventre lorsque les foules s'amassent pour une cause juste. Pour que les discussions adviennent, pour qu'on se connaisse, qu'on se retrouve, qu'on se serre les coudes.

3 semaines à ce régime, sans conséquence sur les porte-monnaies et les contraintes familiales....Et le 14 juillet, le jour où traditionnellement le président s'auto-congratule une énième fois. Là, après 3 semaines à faire monter la cohésion, vous appelez toutes, chères organisations syndicales, à la grève générale pendant 5 jours avec un seul rassemblement unitaire par ville moyenne ou grande.

Imaginez l'impact...

Tant pis.

Je serai des vôtres mardi bien entendu. J'aurais pu être accompagné de plusieurs collègues mais à n'en pas douter, je serai seul de mon entreprise.

Dommage, vous auriez pu nous aider à vous aider.

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