Ce football français qui surfe sur les quotas et le racisme.

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Il faudrait analyser la «surprise» et la naïveté de tous ceux qui, à longueur d’année, sont persuadés – de bonne ou mauvaise foi – que le Sport (le football) échappe au racisme ou à la discrimination raciale. Souvenons-nous. En avril 2011, un cadre dirigeant de la FFF rapporte des discussions en interne sur les quotas. Voilà qui fit scandale alors. Et puis tout fut oublié. 

Sauf qu’aujourd’hui ce pauvre Sagnol remet le couvert. Banalité ? Erreur ? Ben voyons.

Revoyons et relisons donc mon double billet de mai… 2011 ! Instructif à la relecture. 

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Morphotype d’un Sociologue.

Même Stéphane Beaud, sociologue pourtant avisé, reprend cette idée reçue (article duMonde du 2 mai 2011 intitulé : «Un endroit où il n’y a pas de discrimination raciale») alors même qu’on peut lire en toutes lettres les  propos tenus par Eric Mombaerts (Entraineur d’alors des Espoirs) : «Je crois qu’il vaut mieux s’autolimiter. Il y a bien des clubs comme Lyon qui le font dans leur centre de formation. Henri Stambouli le met en place à Marseille. Ils vont limiter le nombre».

Cette interview du Monde laisse BiBi sur sa faim lorsque Stéphane Beaud souligne cette réalité sociologique («Il y a un morphotype africain, un joueur souple avec des capacités physiques exceptionnelles») sans préciser la réalité historique qui la fonde. A savoir qu’avec le football importé en Afrique au début du XXième siècle, les Noirs, africains dominés, ont investi le bas du corps et ses seules zones corporelles possibles. Souplesse de cheville et de hanche, gestuelle de feintes, dextérité avec dribbles étonnants étaient les seuls biais pour s’affirmer, pour contourner les brimades des Dominants blancs et pouvoir espérer arriver au sommet.

Il existe des Noirs intelligents : mais oui.

A insister sur cette appréciation («le morphotype de l’africain»), on oublie aussi son intelligence extrême. BiBi renvoie l’internaute à sa Nouvelle (« La Découpe du Monde ») internaute qui pourra s’interroger sur ce passage où BiBi parle de Pelé, buteur aux 1284 buts : «Artur  releva un mensonge manifeste. Il serra contre lui l’épais livre sur Pelé, Pelé, ce nègre, ce café-au-lait, oui, oui. Mais, dans le même temps, il réalisa que pour marquer 1284 buts, pour mystifier 1284 fois les défenseurs adverses, pour battre à 1284 reprises le gardien adverse, il fallait obligatoirement en avoir dans la tronche».

L’Intelligence n’est jamais (ou rarement) mise en avant lorsqu’il s’agit de joueurs africains. Pour BiBi, cette omission est déjà une position qui frise le racisme. Elle rappelle à BiBi le honteux Discours sarkozyste de Dakar qui inventa le retard de l’Homme africain sur la « Civilisation ».

Laurent Blanc en Noir, blanc et… rouge

Laurent Blanc à l’«éducation ouvrière et communiste» est resté aussi sur les archétypes du Noir «grand, costaud, puissant (répété trois fois)». Cette insistance témoigne effectivement bien d’une légère arriération mentale et d’une adhésion aux pires préjugés. L’inconscient du Sélectionneur travaille jusque dans ses dénégations. Il dit que le Noir est grand, fort et puissant en son essence (préjugé) et en même temps, il soutient (tolérance humaniste) que des Blacks, s’ils se sentent français, s’ils veulent jouer en Equipe de France, pas de problème pour lui.

Analyse et Psychanalyse.

BiBi pourrait alors faire une séance de psychanalyse de quincailler et rappeler que ce contraste Noir/Blanc a dû avoir une importance d’importance pour celui qui porte justement le nom de… Blanc. Mais foin de ce petit clin d’œil-BiBi. Plus intéressant est de se pencher sur les discours respectifs tenus par nos Footeux qui – rappelons-le – occupent les plus hautes responsabilités dans un sport qui compte le plus grand nombre de licenciés.

Reprenons les propos de Francis Smerecki, sélectionneur des 20 ans. Il défend les joueurs de couleur et pose le cadre de la double nationalité face à Laurent Blanc : «Si le mec a envie d’être international, c’est quand même normal qu’il aille vers un pays où il va pouvoir jouer. Si toi, Laurent, tu n’avais pas pu jouer en Équipe de France…»

Que répond alors Laurent Blanc ? «J’aurais pas demandé à jouer ailleurs. C’est aussi simple que ça ».

«Pas demandé à jouer ailleurs» veut dire : «Moi, Laurent Blanc, je suis porteur (du fantasme) de la France éternelle, (du fantasme) d’une France qui ne se discute pas, qui ne se divise pas. Pour moi, Laurent Blanc, pas d’origine double possible, pas d’hésitation à avoir».

«Aussi simple que ça» veut dire qu’à ce moment-là, Laurent Blanc généralise à partir de son cas particulier qui serait d’être… blanc de «souche française» (comme le dit l’ineffable François Blaquart).

L’introuvable «souche française»…

Ah, ce savoureux dialogue !

François Blaquart : «Il faut identifier (…) Il y a des gens qui sont, de toute façon et fondamentalement, de souche française».

Laurent Blanc : «Mais bien sûr. Aussi français que toi et moi».

L’identité française n’est pas vue de façon plurielle, multicolorée ; elle n’est pas non plus perçue comme un processus mais comme une chose indiscutable puisqu’il s’agit – c’est entendu pour les deux responsables – d’être aussi français «que toi et moi».

C’est un raisonnement de folie que de clouer l’Identité à un point fixe, définitif, éternel. Nous sommes ici au fond de cette affaire de Quotas. Et là, il y a un problème : c’est que le point de vue sur l’Identité est constamment remis en cause par l’immensité et le foisonnement de la Vie, cette dernière se chargeant de rendre la position de fixité intenable. Hé oui, finalement il n’est «pas si simple que ça» de n’enrôler que des «joueurs de souche française».

François Blaquart au placard.

Horreur et imbécillité que cette injonction de François Blaquart : «IL FAUT identifier». IL FAUT ! Nous voilà sur les mêmes rails que Brice Hortefeux-Version Auvergnate et que Marine voguant sur les flots nauséabonds de son Parti. Et en échos reviennent les propos d’Eric Mombaerts : dans les Centres de Formation, le flicage, la discrimination ont déjà commencé.

Ce François Blaquart n’est pas de la même veine que Laurent Blanc. André Merelle de la Direction Technique Nationale lâche : «Ce Blaquart n’a que ce qu’il mérite. A chaque fois qu’on parlait de nos joueurs, il disait : «VOS Blacks !» (avec le mépris qu’on imagine). Des Blacks fantasmés en Hommes d’impossible souche française : mécanisme impensé d’un racisme «ordinaire». Ce «VOS Blacks» de Blaquart rejoint ainsi le très proche et solidaire c’est «notre PROPRE culture» (1) de Laurent Blanc.

Prix, accessits et blâmes.

1. Dignité de Francis Smerecki, seul à avoir affiché son opposition aux quotas.

2. A quoi bon une enquête ? Tout est déjà dit via Eric Mombaerts sur les quotas dans les Centres de Formation d’Aulas et de Dassier. On attend que ces derniers soient sanctionnés. Euh, on attendra longtemps.

3. Combien de français noirs et arabes dans la Direction Technique Nationale lors de cette réunion ce jour de novembre 2010 ? Un seul : Mohamed Belkacemi, responsable de l’Association Foot de Quartier. Ben oui, les Mohamed ne peuvent qu’être du quartier. Pas possible d’être responsable ailleurs ?

4. Rires-BiBi avec l’inénarrable Guy Roux : « C’était une réunion privée [Ah bon ? Le foot français est une affaire privée ?]. Ils ont du se laisser emporter». [Par la vague brune ?], avec Basile Boli, soutien sarkozyste et ami du fils Guéant : «Je ne veux pas y croire. C’est révoltant. Je ne veux pas accepter ça». Touche z-en à ton ami Nicolas, cher Basile ! Avec Lilian Thuram : «J’espère qu’on va nous dire que tout ça, c’est un cauchemar». Ohé Lilian, tu ne rêves pas : ça se passe dans ton (ex-) jardin tout ça !

5. La FFF mène l’Enquête. Précision : ce que recherche déjà les sbires de la FFF, c’est de connaître le nom du participant qui a eu l’indécence d’enregistrer les propos de cette réunion sur son portable. Que personne n’attende autre chose de toute cette affaire : Blaquart restera un temps au placard, Blanc sera blanc comme neige, Eric Mombaerts sera toujours un excellent éducateur etc.

Il ne nous reste plus qu’à reprendre en chœur le merveilleux slogan de NIKE, sponsor numéro 1 de la Fédé : « VIVE LE FOOTBALL LIBRE !

Billet double ( avril-mai 2011) sur mon Blog

1. http://bit.ly/1uFzWfP et 2. http://bit.ly/1GwDfcb

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(1) « Je crois qu’il faut recentrer, avoir d’autres critères avec notre propre culture» (Laurent Blanc)

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