LECTURE : "MEMOIRE DE FILLE" d'Annie ERNAUX.

La fille de l’été 1958, celle qu’Annie Ernaux fut, voilà ce que l’auteure du livre voulait oublier. («J’ai voulu l’oublier aussi cette fille»).Elle aurait voulu ne plus avoir à parler, à écrire sur cette fille de 58, cette fille accompagnée de sa mère pour son premier job (celui de monitrice de colonie dans un aérium de l’Orne). Mais foin de cette volonté d’oubli cinquante cinq années après : «l’idée que je pourrais mourir sans avoir écrit sur celle que très tôt j’ai nommée «la fille de 58» me hante».

 

(...)

 

La prégnance de cet été 58 est là. Afflux de paroles, de refrains (d’Annie Cordy, de Dalida), de phrases dans son journal. Les allusions, les quelques photos d’alors ne manquent pas de revenir, d’emplir son présent de 2013. Fatras d’identités, malstrom d’images, kaléidoscope d’instantanés. Rien de simple dans ce monde (de colonie de vacances) où se jouent les différences sociales et où se découvrent les sexes.

Annie D. est cette seule fille du groupe de moniteurs qui, à dix-sept ans, n’a «aucune pratique d’autres milieux que le sien, populaire d’origine paysanne, catholique». Elle est en décalage double : le premier avec ce milieu nouveau de futurs entrants à Sciences-Po et à l’Ecole Normale (mais Annie D. a la ferme volonté de ne pas s’en laisser compter), le second avec sa famille («être l’exception, reconnue comme telle par tout le reste de la famille, ouvrière, laquelle cherche aux repas de fête de «qui elle tient ça», le «don» d’apprendre»).

Apprendre, lire : à distance de sa classe sociale.

Plonger dans Sartre et Baudelaire plutôt que dans Nous Deux.

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