L'argent

 

L’ARGENT (1ère partie)

(où mène le capitalisme ?)

 

l’Economie sera vue comme un système d’abord mécanique qui utilise la force humaine tirée elle-même de la nature pour satisfaire les besoins existentiels de l’homme, que sont sa nourriture et sa protection, matérielles ou non, ainsi que la communication, matérielle ou non, liaison indispensable à leurs satisfactions. Or les besoins spirituels sont infinis. Il faudra donc considérer l’Economie également dans sa partie insaisissable : la volonté de satisfaire en permanence ses besoins spirituels. Il lui faudra donc fournir de plus en plus de produits correspondants à ces besoins.

Or c’est sous des impulsions permanentes que l’activité d’un pays moderne évolue. Les chiffres qui interprètent l’évolution économique d’un pays qui dépend en partie de facteurs psychologiques évidemment fluctuants sont incapables de l’anticiper. Tout juste pourra-t-on bien connaitre son fonctionnement  pour espérer l’orienter au mieux.

La volonté qui donne cet élan vital, est multiple car, comme on peut le voir sur la figure 1, elle dépend de l’intérêt de quatre acteurs : la population dans son ensemble, les entreprises, la finance, et l’Etat. Ce sont ces groupes qui, recevant et propageant l’argent influencent le cours de l’activité. Chaque groupe accentue une pression dans son propre « intérêt », y compris l’Etat qui, habituellement maître de la monnaie, peut donner le plus de force à sa circulation. On a donné un nom à ce système dynamique : le monétarisme.

Cette étude macroéconomique, utilisera peut-être pour la première fois, la méthode informatique, qui en tant que telle, analyse le fonctionnement d’un système quelconque, à partir d’informations à la source des forces qui transforment de façon automatique, des produits originels existants, en nouveaux produits.[1]  Dans le cas de l’homme c’est la satisfaction de ses besoins qui je le rappelle sont vitaux, se nourrir, se protéger et communiquer, qui vont toujours être à la base des systèmes de production. Il ne s’agira pas de produits uniquement matériels, mais aussi de plaisirs, de bonheur, d’art de culture etc. activités assimilables à des services,  de plus en plus présents dans un PIB parce qu’ils  sont achetés. Certes l’économie d’un Etat moderne se traduit par des chiffres, comme pour une entreprise. Mais  il ne se gère pas uniquement à partir de ceux-ci, comme un ménage a dit Adam Smith, l’un des économistes les plus réputés du 18e. Cela tient au rôle paradoxal du système argent, qui fausse, dès l’origine les valeurs des produits à échanger. Je vais donc  essayer de faire comprendre, à ceux de mes concitoyens que le mot d’économie peut faire reculer, l’économie d’un pays à partir de son seul fonctionnement.

C’est ce point de vue relationnel qui va me permettre, en tant que spécialiste des systèmes d’information, de lier entre eux les différents mouvements monétaires des quatre acteurs en question. Chacun ayant des répercussions sur les autres.  Je tirerai de cette étude, des schémas  modélisant ce fonctionnement. Ce sont ces modèles, qui pourront donner à ceux qui nous gouvernent, la méthode susceptible d’orienter l’évolution de leur pays dans un sens plus ou moins favorable à la société toute entière ou seulement à certaines classes sociales. Et un éclairage nouveau sur cette méthode à ceux qui sont gouvernés.

L’engrenage qui lie l’argent aux systèmes vitaux de l’activité de nos pays modernes, a été analysé par J.M Keynes dans son fameux livre « Théorie générale de l’emploi, de la monnaie et de l’intérêt »  Il n’a analysé que ces trois aspects du fonctionnement de la macro-économie sous une logique mathématique qui traduit l’activité d’un monde physique en mouvement. Ce que je reprendrai pour ma part, mais avec la méthode des systèmes d’information en incluant le rôle particulier de  l’Etat  : tous les éléments en jeu dans un système quelconque, sont des informations qui  donnent une vue d’ensemble de ses mécanismes, en montrant le chemin qu’elles suivent pour atteindre ses objectifs.

Revisiter le monétarisme, sous cet angle comme J.M Keynes, le proposait implicitement, devrait ouvrir une fenêtre pour les non-initiés sur un monde où l’explication brute chiffrée des statistiques ne tient pas toujours compte de l’implication des nombreux systèmes entre eux et de leur évolution possible.

Fonctionnement du système macroéconomique (figure 1)

Dans le système général de circulation monétaire, figurent quatre sous-systèmes que contrôlent quatre acteurs, chacun dans son rôle, après avoir bénéficié de la manne que l’argent lui apporte, et que retraite trois de ces acteurs dans trois « nœuds », F2, F3 et B . Après l’avoir « retraité », ils rétrocèdent une partie de ces liquidités dans le système, et le relance avec un effet de levier dû à ce retraitement. Ce qui permet à la monnaie d’augmenter sa vitesse de rotation. L’argent profite ainsi aux quatre acteurs et à l’ensemble de l’Econome, après ce retraitement cyclique en apportant les nouvelles liquidités que sont les valeurs ajoutées et perpétue ainsi la croissance.

Figure 1

-          F 1 Marché des échanges de la population autrement dit de tous ses achats, consommés ou non, donc comprenant tous produits semi durables ou durables. C’est la base de l’activité donc de l’Economie en général. Tout va vers le marché, et tout en repart. La population par ses revenus de toutes origines, est celle qui possède le plus d’argent en circulation, soit actuellement 60% de la masse monétaire générale en France[2]. Mais bien qu’acteur principal, elle n’a pas de prise sur son augmentation. Elle ne fait que percevoir sa valeur travail transformée et inciter de ce seul fait, les producteurs à la reproduire. Simple relais de l’initiative prise depuis qu’il travaille elle est passive dans le système.

-           F 2 l’entreprise investit dans la production et la distribution sur les marchés de marchandises et services. Elle fournit des résultats augmentés de plus-values grâce au travail de ses employés. Introduits dans la circulation monétaire ce sont des impulsions (prise de risques) qui l’accélèrent s’ils sont positifs ou, si les résultats sont négatifs, elle en diminue la vitesse. Dans le premier cas, comme tout investissement, ce sont des effets de levier  puisqu’ils augmentent la vitesse de circulation monétaire. C’est la valeur travail qui est à l’origine de cette augmentation. L’intérêt de cette action est double dans un contexte de libre entreprise puisqu’une partie des résultats est distribuée en salaires et l’autre en retours sur investissements aux apporteurs de capitaux. Dans l’entreprise.

-          F 3 apportée par l’argent des organismes financiers indépendants sous forme de prêts, ou des achats, l’impulsion donnée par introduction dans la circulation monétaire de nouvelles liquidités est directement liée aux intérêts spéculatifs[3] qui sont demandés aux particuliers, aux entreprises et à l’Etat. L’intérêt prend ainsi son  plein sens. Mais il n’a pas recours au travail, la finance ayant sa propre ressource interne. Le retraitement est l’intérêt financier, qui a également un effet de levier par la plus-value injectée. Qu’on le dénigre ou pas, ce rôle est indéniable.

-           B apports de l’Etat dont l’intérêt n’est pas spéculatif puisqu’il agit dans l’intention de fournir des services à la population. Sans rentrée d’argent suffisante le solde budgétaire est négatif. La règle française constitutionnelle étant d’établir au plus près l’équilibre avec ses dépenses, l’Etat emprunte ou fabrique de la monnaie pour combler ce « trou ». Etant normalement maître de cette création monétaire, il peut insuffler n’importe quel montant pour contribuer à donner des impulsions à la vitesse de circulation monétaire ou au moins compenser une éventuelle décélération. Sa responsabilité dans ce cas est totale. J’insiste sur cet effet qui ne tient pas compte de l’origine de l’argent. Les rentrées budgétaires, impôts et taxes, ne viennent qu’en complément, dans un deuxième temps pour modérer l’importance des dépenses, sachant que chaque prélèvement est inutile puisqu’il est sorti de la circulation monétaire même pour être ensuite réinjecté. Techniquement, le déficit est naturel : servir la population.  Mais prendre d’un côté le rendre de l’autre n’a qu’un intérêt, ce mot prenant toute sa signification, qui est celui de la redistribution ciblée[4]. Toutefois cet argent est parfois investi (multiplicateur budgétaire), l’Etat pouvant être lui-même producteur ou financier (prêteur). C’est pourquoi J.M Keynes a toujours préconisé de donner la priorité aux dépenses de l’Etat, surtout en période de décélération, sans trop se préoccuper des éventuels déficits. Reste que de toute façon il alimente également l’activité générale par les salaires des fonctionnaires.  

-          Nos dirigeants sont donc les premiers acteurs de développement car ils ont la responsabilité de produire et distribuer cet argent dans la population, qui est à la base de la circulation monétaire.

A la base, c’est toujours en priorité le travailleur qui par ses achats, entretient  la circulation monétaire. C'est lui qui par ses besoins à satisfaire, stimule la demande de produits qui augmente les richesses après échanges sur les marchés de biens matériels ou non, supportés et transmis par la monnaie. D’où la nécessité du maintien de la vitesse de circulation monétaire pour cette redistribution par des apports en liquidités permanents des autres acteurs, ne serait-ce que pour compenser les baisses éventuelles des résultats de chacun.

Les trois acteurs précédents peuvent agir sur la façon dont se développe l’Economie au niveau national. L’Etat, étant le plus redistributif a normalement les moyens de corriger les errements des mouvements monétaires par le budget. Selon la règlementation, Il peut aussi décréter le niveau des taux d’intérêt et contrôler ainsi les flux financiers.

Les responsabilités dans le fonctionnement du système de circulation monétaire, qui je le rappelle est celle de l’activité économique dans son ensemble, sont ainsi clairement établies. Il faudra analyser plus en détail chacun des systèmes de ces acteurs. Que font-ils de l’argent qui passe entre leurs mains, ce que j’ai appelé le retraitement ? Pour le comprendre, Il faut  essayer de mieux connaître cet outil dont ils se servent, l’argent lui-même.

LE ROLE PARADOXAL DE L’ARGENT             

L’argent est la forme quasi stable du système monétaire. En tant que moyen de comparaison il permet d’attribuer des valeurs aux biens. Le monétarisme met en exergue un rôle de l’argent devenu important depuis quelques centaines d’années seulement, ce qui est peu à l’échelle de l’humanité. C’est l’argent en mouvement. Ce dernier rôle est celui d’un système qui théoriquement devrait tendre à sa future et propre destruction, par un phénomène de contradiction connu dans le monde physique. Il est dû à un effet secondaire que  tout mouvement suppose lors d’une transformation d’un état à un autre (modification dans l’espace -temps). Il y a une perte d’énergie, ou usure qui à terme, sauf intervention externe, finit par l’arrêter[5]. Le temps, comme pour tout mouvement, intervient comme variable essentielle, et se perd de façon aléatoire dans les sous-systèmes que le système principal génère. Difficile donc d’entrer dans un domaine de prospective d’autant plus que c’est l’homme qui, en se servant de ses outils, fait évoluer l’activité des pays. Les valeurs en mouvement prennent des directions inconnues selon la façon dont on se sert de l’argent qui les transportent.

La caractéristique d’un déviant d’un système est qu’il n’apparait généralement pas au début de son fonctionnement. Je me contenterai donc de donner des pistes dans ce domaine d’autant plus que les motivations du comportement humain souvent irrationnels, à l’origine de ces mouvements ne peuvent déboucher que … sur l’imprévu.

Le fonctionnement de l’Economie n’est pas que mécanique : appliquer une force humaine à un outil, dépend de décisions dont par nature on ne sait si ce qu’il va produire en définitive sera conforme à ce qu’on espère.  Un outil ne fait que ce pourquoi il a été conçu. Mais il peut rencontrer des obstacles quand il est activé. Les systèmes vont donc évoluer sous une pression initiale, mais peuvent être modifiés dans leur parcours, plus ou moins rapidement, et modifier les résultats espérés. Toute force humaine, dans ce cas a besoin d’aides extérieures, pour permettre au fil du temps, de maintenir jusqu’à son terme ces effets. Il lui faudra donc toujours la coopération de la communauté dans laquelle elle évolue et, par suite de certaines parties de la société. L’Economie restera toujours indéchiffrable ne serait-ce que par ce cette nécessité de communiquer.

L’argent comme instrument  de mesure

Le processus d’évaluation d’un bien par la monnaie d’une part, et sa transmission d’autre part, par le même outil, forment deux systèmes différents qui interfèrent, selon le rôle qu’on leur attribue, qui les complexifient au point qu’ils peuvent rendre leurs fonctionnements réciproques incohérents. En effet l’évaluation d’un bien qui semble obéir à la loi de l’offre et de la demande a un caractère subjectif, tandis que le processus transactionnel obéit à un ordre de destination, simple moyen de transport impersonnel. 

A l’origine l’homme travaille pour produire de quoi se nourrir. Il obtient ces  produits par la transformation de produits primaires de la terre, grâce à l’énergie solaire (calorique) : sa propre force de travail, issue de sa nourriture reproduit en permanence sa nourriture. Devenu sédentaire, il  invente des outils, pour faciliter son travail en qualité et en quantité. Dans ce cas il obtient des surplus qui seront échangés contre d’autres surplus d’autres producteurs voisins : l’homme est alors comme dans toute tribu primitive, à la fois producteur et consommateur. Il pratique d’abord le troc de ses surplus. L’échange est immédiat : franc et direct, valeur-travail,  contre valeur-travail, mais plus ou moins bien évalué, comme  lors d’un échange de cadeaux.

Au départ il était propriétaire-exploitant avec ses congénères, de la terre d’où il tirait cette nourriture. C’était sa richesse, obtenue ou conservée, au besoin par la force. Ce principe est le même de nos jours parce que, toujours par la force, les producteurs ont augmenté la surface de leurs terrains, devenus par la suite territoires de production, au détriment des plus faibles, simples travailleurs exploitants, mais non propriétaires. Le nombre de propriétaires et la production a augmenté avec l’augmentation démographique générale.

L’argent  suspect

Il y a 2800 ans environ, il invente un système-outil, l’argent, pour échanger plus facilement ses surplus contre d’autres produits, sur les marchés un peu plus éloignés, en donnant une valeur conventionnelle chiffrée à l’avance, donc plus précise que le troc, aux biens ainsi échangés. L’argent utilisé comme outil de contrôle et d’évaluation des biens à échanger part du collectif au particulier et inversement. Outil de comparaison, agissant comme une balance, l’argent n’a pas de validité stable bien qu’il ait été au départ lié à des poids. Ce symbole objectif conventionnellement institué à plus grande échelle, à partir du chiffre unitaire de toute monnaie, a été projeté et imposé comme étalon de mesure par l’autorité du lieu où il s’exerce. Information redirigée ensuite vers l’individu.  On confie[6] à l’argent  un système d’évaluation, noté sur une étiquette, d’un produit qui aura donc toujours une valeur cachée, car décidée par le producteur selon des critères qui lui sont propres.

L’évaluation des biens, du côté acheteur dépend aussi de critères subjectifs, tel que le pouvoir d’achat de chacun selon ses revenus et sa richesse propre.  Chacun considère implicitement, comme plus ou moins cher un bien quelconque. En effet toute évaluation  de ce type pour un particulier se fait à l’aune d’anciennes évaluations de biens similaires, plus ou moins bien mémorisées, donc toujours approximatives. Le poids de l’argent mis sur la balance a beau être un étalon considéré comme stable, ce qui est effectivement sur le plateau ne garantit pas une pesée identique à celle du producteur.

Sans compter les modifications apportées par des intermédiaires qui, dans la chaîne de production des biens établissent leurs prix selon des critères qui sont propres à leur activité. Parmi lesquels la qualité et la rareté ont une place prépondérante. Ce qui ouvre la porte à des différences et abus sur les marchés, chacun utilisant sa propre balance, qui, je le rappelle, est un outil de mesure symbolique à la fois particulier et commun,  admis pourtant comme seul outil d’échange. Mais où sont l’administrateur de biens, le commissaire-priseur, arbitres qui utiliseraient cet outil pour attribuer une valeur exacte à un bien admis par tous ? Outil de comparaison non fiable, l’argent ne peut avoir de validité en tant que tel.

Comme tout instrument de mesure il fonctionne en changeant une unité élémentaire mémorisée par un symbole, pour obtenir d’autres valeurs, également symboliques, mais déplacées, comme  on le fait avec le boulier qui a été le premier instrument utilisé pour donner une signification différente, à toutes valeurs, la quantité par le cumul, inscrit dans l’espace. Cette opération, déplacer une valeur pour en obtenir une autre est un traitement de l’information. Le boulier est aussi un outil qui va changer la valeur de l’argent, après son usage. On retrouve ici, pour l’évaluation d’un produit, la formule fondamentale du travail : travail = force déployée dans le temps et l’espace avec le produit comme résultat. Le calcul est un moyen de connaitre  ces quantités avec un résultat différent selon l’objectif recherché : plus ou moins de travail pour plus ou moins de valeur. Il en est de même pour l’écrit, qui déplace également un symbole dans l’espace, la lettre, complétée dans un ensemble, le mot, et la phrase, et ainsi de suite dans un texte qui au final lui donne sens.[7] On peut dire que l’Economie est faite de ces valeurs, chiffres et mots, qui évaluent l’activité humaine, traités pour que ces informations symboliques soient significatives après mouvement. 

Transférer la valeur d’un bien en l’attribuant à des pièces métalliques qui le mesurent, dans l’espoir d’en recevoir un autre de valeur équivalente était a priori faire preuve d’intelligence. Il suffisait que la valeur des pièces sonnantes et trébuchantes, chiffrées selon leur poids soit garantie par une autorité supérieure qui se chargeait de les fabriquer. Cette garantie ne pouvait évidemment être assurée d’une certaine pérennité qu’avec sa rareté et difficulté de fabrication, Garder un certain temps un autre bien matériel qui le représente mais qui tient dans la main n’est possible que si ce nouveau bien, ne subit pas d’altérations, comme l’or. Donner ainsi la confiance à ceux qui les possédaient garantissait de pouvoir ensuite retrouver d’autres biens, de valeurs comparables. Cette qualité attachée à l’argent monétarisé par les échanges est un élément purement psychologique, inchiffrable donc, qui rend en partie irrationnelle la macroéconomie uniquement examinée de façon quantitative.

On a vu que la balance n’apportait pas de certitude à ces résultats comparatifs. Le symbole que représente l’argent est une approximation qui explique les distorsions qu’il produit, car on ne peut considérer comme stable la première mesure et celles qui suivent sur les marchés. Comment admettre avec justesse, une possible variation de variation ? Comment contrôler alors cette volatilité en permanence ? Sensible aux mouvements extérieurs, l’argent-système, ne pourra qu’engendrer des accidents de parcours. Or les flux d’échanges monétaires accentuent les distorsions des valeurs d’échanges par le seul mouvement.

Dans le système monétaire, traduisant l’activité humaine, établissant les échanges, l’homme, change de rôle dans l’activité économique, producteur ou consommateur suivant sa position dans la société. Il détermine, comme dans les temps féodaux,  la production et  l'achat des biens dans un système qui est faussé à la base. Raison pour laquelle on doit écarter la fameuse loi de l’offre et de la demande, qui sous prétexte de liberté d’évaluation, est supposée équitable. Or une loi est faite pour réguler excès et erreurs. Il faudrait dire à l’opposé, « la dictature » de l’offre et de la demande, de l’argent qui circule sur les marchés.

Malgré ce paradoxe unique qui attribue à un instrument de mesure la valeur de ce qu’il mesure (juge et partie), on continue à lui faire confiance parce qu’on n’a pas le choix : c’est le système qui est responsable. On peut résumer ainsi ce système  paradoxal : alors qu’ « on » transmet un bien mesuré en valeur par le poids d’un métal, «on » achète plus loin un autre bien d’une valeur supposée identique, également mesurée de cette façon par des poids reconnus équivalents, mais on ne transmet pas la balance qui a équilibré ces valeurs. Le chiffrage monétaire qui mesure et se mesure en même temps donne des résultats vrais et faux à la fois. D’où le paradoxe qu’aucune garantie ne peut corriger.

Il sera donc toujours imparfait de ne retenir que le sens que donne le chiffrage de l’activité humaine pour en déduire l’évolution économique, puisque l’instrument qui manie ces symboles est lui-même imparfait. L’interprétation de la plupart des économistes orthodoxes est sujette à caution car  rien ne prouve que les chiffres qu’ils utilisent soient justes, ni même  les mots qui expriment cette évolution. L’économie humaine chiffrée à partir du  système argent ne donnera donc toujours que des résultats suspects. D’autant plus qu’un autre facteur de distorsion intervient dans le système en tant qu’instrument d’échange.

Reprenons la première méthode d’échange des biens, celle du troc. L’évaluation se faisait en fonction du travail nécessaire à la production de chacun des deux biens en confrontation directe, ici et maintenant. Effectuée uniquement entre deux parties en présence, - un seul vendeur, et un seul acheteur- les échanges qui arrangeaient ces deux parties, n’auraient pas pu s’étendre. Mais grâce à l’argent que nous appellerons B, un échange va servir d’intermédiaire pour la future transmission d’un bien à une tierce personne. L’éloignement n’est plus un handicap comme l’était l’échange du troc. Ainsi si A et C sont des biens a priori comparables, par l’arbitrage de B comme instrument de mesure, pouvant être supposés  approximativement égaux, on aurait pu se contenter de cette technique pour lui attribuer une confiance permanente.

Mais il est suspect pour une autre raison : la théorie des systèmes postule que le résultat d’un transfert quelconque change la valeur initiale d’un produit le temps de l’action : il y a en effet un temps de transit de A à C qui est celui du transport effectué par B, qui va également fausser les valeurs originelles. A toute évaluation monétaire, s‘ajoute ainsi un temps de latence à cause de B qui sert de véhicule pour ce passage de l’un à l’autre état. Ainsi, cette valeur intermédiaire B attribuée aux biens par des équations ne respecte pas non plus dans la réalité la valeur intégrale du bien mesuré, non seulement par la difficulté d’appréciation qu’on vient de voir, mais par son inconstance dans le transfert : ce paramètre qui semblait pourtant être assurée par les pièces de monnaies n’étaient en fait garanti qu’en apparence par leur poids.  Mais dans le vivant, dans le domaine physique dont on dépend, il n’y a pas d’exactitude, parce que l’instantané n’existant que de façon abstraite, le temps calculé dans la réalité d’un mouvement ne se mesure que de façon relative. Le calcul dans ces conditions restera toujours approximatif. Si le système d’évaluation subit une évolution très courte, le temps perdu à la transformation par le transit monétaire de la donnée d’origine pour arriver à son but joue peu. Mais le système peut transporter des valeurs extrêmement importantes de masses monétaires sur le long terme, et dans ce cas, les résultats sont faussés de façon plus significative. Auxquels on peut ajouter le temps de transport physique du bien lui-même. Mais celui-ci- est connu, il intervient de façon visible dans le calcul de la valeur par le producteur.

Tout le monde sait que l’argent perd de sa valeur dans le temps (le temps, c’est de l’argent). Tout bon gestionnaire d’entreprise sait qu’il faut limiter au maximum son stock car l’argent qu’il représente se dévalorise dans le temps. Cette érosion de la valeur monétaire, effet secondaire naturel du système est confirmée par les statistiques historiques[8]. On peut en déduire que la monnaie, qui fait baisser chaque valeur insensiblement mais sûrement, est une sorte de supercherie : la loi des systèmes décrit un avantage réel, ici le développement économique par les marchés, et un inconvénient, une perte de valeur, effet secondaire tiré du bien en transit qui subit aussi la loi des systèmes. Cette perte de valeur résiduelle n’est pas dédiée uniquement aux propriétaires des biens dont ils se séparent, mais à tout possesseur de l’argent pendant une certaine durée.

La monnaie, en tant qu’instrument de transport ajoute ainsi un paramètre négatif, diminuant  la valeur des plus-values de production : la perte de sa propre valeur. Cette  évaluation souterraine, indépendante de la valeur initiale des biens transportés est une perte intrinsèque au système monétaire. Perte qui avait de toute façon avait lieu quand la monnaie était uniquement sonnante et trébuchante, bien que moins sensible du fait de la lenteur des échanges.

Après chaque acte d’achat, puisque les biens sont mal évalués, propriétaires-producteurs, financiers, possesseurs de la force monétaire, en plus de celle de l’Etat, vont par compensation surévaluer les biens pour rétablir un certain équilibre général partiellement diminué par cette circulation monétaire. Compensations suffisamment légère pour être invisible si sa vitesse de rotation monétaire est faible. Bien que minimes à chaque transaction, ces compensations, sont multipliées par la quantité devenue énorme des transactions qui ont lieu à chaque instant sur tous les marchés d’échanges de valeurs de chaque pays. Bien entendu, les maîtres des prix vont souvent anticiper ces pertes par des augmentations nominales préalables. Autrement dit par une plus-value qui devra au moins correspondre à la valeur du taux d’intérêt. Ceux-ci, décrétés par la finance, vont ainsi participer aux compensations des pertes de valeurs de l’argent liées au temps.

Dans les premiers temps la monnaie permettait de répondre à la nécessité de sortir du carcan du troc qui échangeait seulement deux biens ici et maintenant. Personne ne pouvait se sentir lésé dans les transactions tant qu’elles restaient locales, donc avec des variations à peine perceptibles. Mais la possibilité de les transmettre dans des environs moins contraignants de plus en plus lointains ne permettent plus, comme on l’a vu, de garder les valeurs que de façon de plus en plus suspecte, au fur et à mesure des transactions indirectes. Le problème étant que le chiffrage bien que conventionnel, donc garanti obligatoirement par une force publique, son usage[9] lui, libérant la production, reste à disposition de ceux qui sont propriétaires des territoires, lieux de travail, comme au temps féodaux, transmis par héritage, généralement acquis à l’origine par la force. On a prolongé, cette fois sous une forme monnayée, l’équivalent des surplus que réclamaient les seigneurs propriétaires aux paysans producteurs ainsi exploités. L’exploitation du paysan et ouvrier en faveur du patron, a bien une origine archaïque, transmise par l’argent.

LES MARCHES : naissance des capitalismes

 


[1] Deuxième principe de thermo-dynamisme

[2] Elle était de 70% il y a quelques décennies. A noter que toute augmentation de la masse monétaire est source d’inflation par compensation de  la perte de valeur unitaire de l’argent que cela suppose.

[3] La spéculation a ici, son sens primaire de recherche de futurs avantages. Comme on le verra elle n’est prédatrice que par ses excès.

[4] Répartition  par les aides sociales que reçoit la population en plus des salaires privés et les aides aux entreprises. Dans le premier cas l’efficacité est évidente parce que l’aide est directement réintroduite dans le système, dans le second, le retraitement est indirect et n’est pas plus assuré qu’un investissement.

[5] Autodestruction mise également  en avant par les écologistes, prédite depuis le début du 20  e siècle par certains économistes évolutionnistes dont Georgescu-Roegen.

[6] Ce mot prendra son importance, par la suite sur la figure 4

[7] Ce mot est remarquable car il donne aussi …sens à l’évolution, depuis le « big bang » qui part du chaud et va vers le froid (entropie).

[8] Voir l’INSEE

[9] Valeur d’usage décelé par Marx

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