Sortir de l'euro

POURQUOI  ET COMMENT SORTIR FACILEMENT DE L’EURO (en le détricotant)

Le bilan de la monnaie commune et unique est connu : la suppression des frontières financières qui depuis  son institution  définitive en 2001, a permis aux grandes entreprises et multinationales de progresser. Mais la concurrence libérée entres celles-ci l’a été au détriment de l’emploi. La crise n’en est pas responsable en totalité : la croissance en Europe, à part une embellie peu durable dans les années 98, était déjà en perte de vitesse.

La cote de l’euro fort a entraîné des délocalisations. Les entreprises exportatrices en souffrent  également : le recours à la dévaluation d’une monnaie qui n’est plus nationale n’étant pas possible, l’export  est freiné, donc l’emploi diminue dans toute la zone, accentuant la crise.  Le « dumping social »  de l’importation des produits achetés à bas prix grâce à l’euro, fait disparaître certaines catégories d’entreprises et crée là aussi le chômage.

Les petits pays sans grandes ressources naturelles, avant leur entrée dans la zone euro, n’avaient pas les moyens d’importer les produits (voitures, énergie, matières premières, etc.) fabriqués dans les pays à forte économie. La monnaie unique leur a permis d’y accéder plus facilement, mais, le pouvoir d’achat était restreint pour une grande partie de la population. La solution, comme partout, était l’emprunt. L’Etat ne pouvait guère augmenter les impôts pour ses propres besoins budgétaires  sans faire entrer les particuliers dans un système de double peine. D’où son propre  endettement pour faire face à ses besoins de trésorerie. On en voit les conséquences.   Rester dans la zone euro ne fait qu’accentuer le phénomène. Maintenant la facture se présente sous la forme d’une dette souveraine colossale difficile à payer. Ceci est valable pour tous les petits pays à économie faible.

De leur côté les pays à forte production ont profité de la facilité d’export. Les ouvertures des frontières, depuis les disparitions de l’octroi, ont toujours profité aux entreprises les plus puissantes. La finance, partie prenante permanente dans les échanges, a profité de la liberté accrue des mouvements monétaires des marchés en expansion, pour  s’enrichir. Mais ce rendement financier a commencé à ralentir depuis des décennies, d’une part par un début de saturation dans certains secteurs productifs, d’autre part par une perte générale du pouvoir d’achat d’une grande partie de la population, au bénéfice, c’est le cas de le dire, du patronat qui tire son épingle du jeu : gains de productivité, robotisation, main d’œuvre à bon marché de l’émigration.

Les banques compensent ce ralentissement de la croissance en s’éloignant de l’investissement en entreprises. Elles spéculent de plus en plus sur les marchés financiers. D’autant plus qu’elles prêtent plus volontiers aux Etats depuis qu’il a été interdit à ceux-ci, par les traités européens, d’emprunter à leurs banques centrales.  Il est facile de conclure qu’instituer une seule monnaie pour les membres de la zone euro a été profitable à ses débuts en permettant aux entreprises de gagner des parts de marchés. De même pour la population des petits pays à économie faible, entrer ainsi dans une zone prospère ne leur faisait miroiter que des avantages. Mais que ce système s’est retourné depuis la crise et, comme lorsque la mer se retire, il montre les déchets dus à la faiblesse originelle de son économie réelle.

Malgré cela, nos oligarques et économistes orthodoxes poussent des cris d’orfraie quand quelques opposants au système actuel osent dire que sortir de l’euro serait souhaitable (Fredéric Lordon, dans le Monde diplomatique d’août 2013). Ce serait la catastrophe disent-ils. Curieusement ils ne disent pas en quoi ni pour qui. Par exemple pour la Grèce, ce serait la ruine. Comme si ce n’était pas déjà le cas.  Même la population espère l’éviter en gardant l’espoir que tout peut revenir comme aux années fastes. Que disent leurs dirigeants ? La drachme ressuscitée n’aurait plus de valeur. Et alors ? Les grecs ne pourraient plus acheter de quoi manger ? Non plus  s’habiller parce que tout serait plus cher à cause de l’inflation ? Egalement peur de celle-ci. Sans savoir que celle-ci, inhérente à la croissance, n’est pas aussi redoutable que l’on croit. Peur de l’isolement surtout. Mais mal informée, elle ignore que indépendance financière ne veut pas dire autarcie.

Arrêtons ce type de raisonnement basé sur la peur de l’inconnu. Une monnaie a une valeur purement conventionnelle qui est établie par l’usage. Si par exemple on remplaçait en Grèce, l’euro par l’euro-drachme, (ou toute autre nom de monnaie), il suffirait qu’on se réfère à l’ancienne monnaie, l’euro,  pour lui attribuer une valeur.

La sortie de l’euro devra se faire progressivement. Il faudra se calquer sur le même scénario, mais à l’envers, que celui qui l’a introduit entre 1999 et 2001.  Reprendre les mêmes dispositions par étapes de façon à éviter le seul risque de panique qui surviendrait  en cas de précipitation, chacun faisant la queue aux guichets bancaires par peur de se trouver désargenté pour ses besoins courants.  Pour éviter ce risque irrationnel, il faudra donc expliquer officiellement la démarche qui consistera dans un premier temps à ne s’occuper que de l’économie réelle, celle qui concerne la monnaie nécessaire aux achats quotidiens. Par exemple en France, on fera fabriquer des espèces libellées en euro francs. Le premier libellé étant destiné à montrer que la nouvelle monnaie reste encore reliée à l’euro.  Supposons que la Grèce re-fabrique en interne sa monnaie qu’elle appellerait donc drachme ou euro-drachme.  Elle serait décrétée officiellement comme équivalente, dans un premier temps à l’euro, encore en circulation. Les prix seront donc sans changement pour la population.

Dans un premier temps l’euro cohabiterait pendant une durée probable de un an nécessaire à son remplacement progressif effectué par les banques. Il sera également procédé à son remplacement dans les comptes courants des particuliers et des entreprises. Cette opération pouvant s’actualiser sans précipitation, le temps d’effectuer la modification dans les programmes informatiques.

Je rappelle que dans l’ancien temps, des monnaies différentes ont cohabité en France, telles que la livre, le franc, l’écu. Que le franc Pinay des années 60 a remplacé les anciens francs en enlevant simplement deux zéros, 5 francs nouveaux valant 500 francs anciens. Mesure qui avait pour but de diminuer l’inflation en donnant psychologiquement plus de valeur à cette nouvelle monnaie.

Bien entendu, au fur et à mesure que les euros disparaissent des comptes bancaires, ils seront automatiquement retirés des comptes de la BCE qui gère l’euro. Ce type d’opération a lieu de toute façon en permanence pour ajuster les variations des flux monétaires par le trésor public.

Reste le risque, donné comme catastrophique de l’existence de la monnaie en euro à l’étranger appartenant à ceux qui en fait n’en ont donc pas besoin à l’intérieur. Puisque  cet argent n’est pas utilisé pour la circulation interne rien ne se passe non plus. Ce qui est déjà le cas dans de nombreux pays de la zone euro, dont évidemment la Grèce. Concernant la croissance, le pire est déjà là pour de nombreux pays. Le risque de fuite des capitaux que certains évoquent  comme catastrophique dès l’annonce du retour à une monnaie nationale, est de toute façon sans incidence immédiate dans l’économie réelle, car ils ne sont pas utilisés  sur place  dans le circuit productif.

Cette monnaie n’existe que sur les marchés financiers.  Placée dans des comptes extérieurs elle ne pourra probablement plus réintégrer des comptes nationaux qu’avec des pénalités annoncées comme pouvant dépasser par la suite, le niveau de la future dévaluation. Ce qui serait dissuasif pour ceux qui seraient enclins à procéder à ce type d’opérations. Bien entendu, pour les investissements et les besoins financiers à moyen et long  terme, les banques résidentielles fourniront la monnaie nécessaire, au besoin après nationalisations, à des taux  qui sur ordre de la banque Centrale nationale, détachée de la BCE, permettront la relance rapidement. Il sera alors peut-être nécessaire de transgresser les articles de l’U.E qui l’interdit. Sortir de l’U.E  de facto ou à l’aide de l’article 50 n’aurait guère d’incidence. Tous les pays européens n’en font pas partie. A noter que la G.B semble se diriger vers cette voie. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que les traités, qui ne sont que des alliances provisoires deviennent caduques du fait de changement circonstanciels. Le marché commun, libre comme il a été créé, pourrait subsister avec des accords de gré à gré sans autre ambition que la prospérité matérielle des partenaires, en accord avec leur économie réelle.

Dettes

Quant aux remboursements des emprunts internes libellés en euros, il n’y a aucune raison pour que les emprunteurs  et prêteurs subissent des pertes du fait de la parité des deux monnaies.

Rembourser les dettes externes venant à échéance  se ferait encore en euros un certain temps puisque celui- ci aurait encore cours.

Les argentins, il y a une décennie, ont refusé de rembourser les dettes externes ce qui les a renfermé des années dans  une autarcie difficile qui ne lui permettait plus d’importer certaines produits indispensables, matières premières et énergie aux prix avantageux précédents. Ajustage difficile parce que trop brutal. Concernant les mouvements monétaires externes impliquant des remboursements de dettes souveraines à court terme, il suffirait d’un accord amiable pour les annuler purement et simplement, par un jeu d’écriture, évidemment accepté par les banques centrales des créanciers. Mettre dans la colonne adéquate (actif) des bilans bancaires, la somme due comme étant, fictivement, remboursée ne léserait personne. La banque n’a rien perdu, elle récupère son argent intégralement dans ses comptes, le débiteur de son côté est quitte. Un simple jeu d’écriture qui ne lèserait personne. Bien entendu, il faudrait que la banque centrale du pays concerné accepte cette dérogation à la règle de la vérité des comptes que serait un non remboursement réel.

Ce bonus de faux remboursement anticipé renforcerait aussitôt  les réserves des prêteurs. Certaines banques, encore fragiles, seraient ainsi renflouées. Elles pourront ainsi facilement supporter une perte de valeur des remboursements des intérêts futurs.  Mais à choisir entre ce manque à gagner, plus ou moins fort, et celles dues aux restructurations acceptées ou celles des pertes parfois totales, donc  sous la pression de non remboursements…

La remise en cause des dettes souveraines permettrait de rétablir une souveraineté nationale mise à mal par les financiers. Cela aurait également le mérite de les faire sortir d’un piège auquel ils se font prendre quelquefois par cupidité, la prise de risque. Rien ne vaudrait de prendre ce type de dispositions à l’avance pour éviter des mouvements financiers intempestifs. Ces accords pourraient être entérinés par les banques centrales des pays européens, y compris la BCE de façon à en contrôler l’usage. Accord évident pour la Grèce et certains pays de la zone sud de l’Europe en difficulté de remboursements, donc mal notés par les agences de notation, ce qui accentue leurs difficultés. Dès cette opération effectuée, les notes seront automatiquement remontées, ce qui permettrait de nouveaux emprunts à des conditions moins draconiennes. La « troïka » n’imposerait plus des mesures absurdes qui rendent exsangue le pays concerné.

Il est entendu que ces négociations porteront sur les volumes des sommes dues, à plus ou moins court terme, de façon à éviter les excès de masse monétaire redevenue disponible qui risquerait d’entraîner une forte inflation, si, trop importantes, elles étaient brutalement réintroduites en monnaie nationale circulante.

Dévaluations

Dans un premier temps rien ne serait modifié sur les marchés  d’export-import puisque l’Euro subsiste. Je rappelle que dans un premier temps, toutes les opérations extérieures continuaient à se faire en euro entre les entreprises concernées. Concernant la valeur de conversion des échanges ils devront être  négociés  pays par pays pour prévoir une dévaluation moyenne éventuelle  qui n’aurait lieu qu’en fin d’opérations.

Pour connaître la valeur réciproque de deux monnaies des pays étrangers, il faut comparer la puissance économique, donc le pouvoir d’achat de l’une et l’autre. On compare le prix de tous produits courants nationaux. Le seul impératif est de ne pas procéder à un ajustement dans la précipitation.  Si les producteurs et commerçants de chaque pays  prennent le temps d’étudier les prix moyens des catégories jugées indispensables auxquels ils devront être échangés, rien ne se passera d’anormal au moment de la disparition de l’euro. En effet, ce n’est qu’après accord entre les pays partenaires des échanges commerciaux, qu’on aboutirait. Une dévaluation moyenne sera valable pour tous par la suite après un temps expérimental. On procédera enfin à ce stade à un ajustement international lié à l’OMC, comme toutes les autres devises, avec un changement définitif du libellé grâce à un retour à l’ancienne monnaie nationale,  la drachme, le franc, etc. avec changements de cote fluctuants, comme auparavant.

En effet, si les dévaluations qui ont eu lieu dans le passé ont toujours été effectuées sous la pression de l’inflation interne qui rendait la monnaie faible pour l’étranger,  actuellement le processus serait inversé. L’inflation presque nulle. La dévaluation implique une amélioration du commerce extérieur, d’autant plus que la cote de l’euro commencerait à baisser dès l’annonce qu’un premier pays a décidé de sortir de la zone.

Le maître mot étant « de la mesure » dans les actions qui font bouger les flux financiers, il n’y aucune raison que des ajustements destinés à de nouveaux équilibres entre les pays de l’Europe provoquent la moindre catastrophe.  La zone euro pourrait subsister entre pays du Nord qui semblent, pour le moment, s’en accommoder. Les pays qui sortiront de la zone euro rejoindront ainsi la dizaine de ceux qui, prudemment ( ?) n’y sont pas entrés. Les spécialistes et les oligarques qui tiennent à l’existence de la monnaie unique, et crient à l’autarcie si l’on veut s’en séparer, sont-ils conscients qu’en réalité ils font le jeu de la finance au détriment des économies des pays membres ? Celle-ci qui tout naturellement joue son propre jeu en cherchant le meilleur gain en taux d’intérêt, serait ainsi contrôlée au niveau des Etats, et pourrait revenir aux gains en investissements productifs dans l’entreprise au bénéfice, cette fois de l’emploi. N.B Pour ceux que le monétarisme et en général la macroéconomie intéressent, lire « En finir avec les crises et le chômage ». Traités selon le point de vue des systèmes d’information. (Edilivre.com)

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