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Billet de blog 10 mai 2010

Haut le coeur : Grèce

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Quand j'ai entendu le plan de "sauvetage" de la Grèce, j'ai eu un haut le coeur tant il était brutal et méprisant pour les individus. Et j'ai eu honte en songeant que le président du FMI est français, et de gauche (censément).

"Il vaut mieux faire payer 1000 pauvres un peu, que 10 riches beaucoup"

C'est un proverbe libéral, et apparemment le FMI l'a fait sien. Avec une modification: il vaut mieux faire payer 1000 pauvres beaucoup, que 10 riches un peu.

Après avoir saigné l'Argentine, voici un pays européen, la Grèce, sommée de sacrifier sa population.

Ils vont perdre deux mois de salaire ET tous les prix vont augmenter de 10% ET l'âge de la retraite sera reculé de 10 ans ET les pensions seront moindres.

Vous me direz, ils partaient tôt à la retraite. Certes. Il n'empêche que des gens qui s'apprêtaient à partir à la retraite viennent d'apprendre que non, ce n'est pas possible, et qu'ils doivent encore travailler dix années de plus. Nous pensons que 60 ans est normal, imaginez si on nous annonçait qu'à partir de septembre, la retraite sera à 70 ans?

On pouvait imaginer que l'âge de départ à la retraite soit décalé de 5 ans, pour partir à 60 ans en moyenne, avec une pension identique. Mais quelle violence, de décider un tel changement, 10 ans ce n'est pas rien quel que soit l'âge perçu comme "normal" et en plus d'imposer la baisse des pensions! Quel mépris pour les gens, pour leur vie, leurs espoirs, leurs projets, la façon dont ils avaient organisé leur existence et celle de leur famille.

Quelle brutalité aussi, car les familles n'ont pas pu anticiper et se retrouvent dans un système où le chômage, notamment des jeunes, est massif, et où le système éducatif est à l'agonie (cf. les émeutes étudiantes de l'hiver dernier), où les salaires sont bas (d'où l'importance du "13e et 14e mois", qui permet de compenser un peu), et où le gouvernement est souvent incapable, incapacité par la corruption ou l'inertie (cf. les grands incendies de l'été, où la population a été aussi mal protégée que l'été précédent, bien qu'alors le gouvernement ait annoncé qu'il prendrait toutes les mesures pour que cela ne se reproduise pas.) Parce que le gouvernement ne suscite pas la confiance, avec raison, et parce que les Grecs font de la fraude fiscale un sport national, renforçant les problèmes.

Exemple: http://www.liberation.fr/economie/0101634104-payer-l-impot-c-est-etre-un-con

Mais ces problèmes sont d'abord créés par les gouvernants, les dirigeants, qui ont ruiné le pays entre népotisme et corruption. Ce sont bien des dirigeants qui ont demandé à Goldman Sachs de les aider à maquiller leurs comptes, n'est-ce pas? Pourquoi ne leur demande-t-on pas de supporter le poids de leurs erreurs, en saisissant une partie de leurs biens et leurs avoirs? Certes ce ne serait qu'une goutte d'eau, mais symboliquement, cela montrerait la volonté de faire supporter la peine aux coupables. Il me semble que lors d'un plan de rigueur, surtout aussi drastique que celui-ci, ce sont d'abord les dirigeants et responsables qui doivent sentir le poids de leurs décisions.

Ce n'est pas la voie choisie par le FMI.

Les Grecs ne veulent pas du secours du FMI: humiliation! Et ne sait-on pas ce qui a été fait à l'Argentine, où la population a été entièrement ruinée, la classe moyenne réduite à la pauvreté? Qui souhaiterait s'imposer une telle déchéance, et, pire encore, l'imposer à ses enfants?

En fait, le traitement que veut imposer le FMI à la Grèce a un double effet espéré: assainir les finances de la Grèce afin que les financiers puissent continuer comme avant, et servir d'exemple, de menace, aux autres pays de la zone euro qui seraient tentés de différer des réformes qui diminuent les droits acquis. Bientôt la Grèce sera un argument pour nous faire avaler toutes les couleuvres, à commencer par une réforme des retraites qui n'est nullement urgente.

Quand DSK a pris la tête du FMI, on pouvait espérer qu'il transformerait un peu cette institution, qu'il essaierait de l'humaniser. On voit désormais que, soit DSK soutient la politique inhumaine du FMI c'est pourquoi il la met en place sans etats d'âmes et en se félicitant de la rigueur du programme adopté, soit il ne la soutient pas mais il ne peut rien, et ce poste révèle alors son impuissance. Hélas, je crois qu'il soutient ce traitement imposé aux Grecs, et par conséquent, il est impossible de le considérer comme "socialiste".

Enfin, l'Europe: ses limites, ses égoïsmes, son idéal - ne serait-ce que parce que les Allemands votaient dimanche en Rhénanie, qu'Angela Merkel joue gros, que dans l'opinion publique conservatrice allemande on voit volontiers les Grecs comme dispendieux et paresseux, l'Union ne fait pas ce qu'il faut. Ce qui indique bien que désormais, l'Europe tient à l'Allemagne, et que Nicolas Sarkozy en se décrédibilisant (par ses coups d'éclats et son comportement) a aussi atteint profondément le statut de la France en Europe. L'Union semble courir après les marchés. Ses failles apparaissent, l'absence de gouvernement central, ou, au minimum, d'une vraie coordination, agrandie sans qu'on ait vraiment intégré chaque nouveau pays (et à 10 pays entrés d'un coup, comment faire pour les autres?) Ce qui semblait inimaginable il y a seulement un an est désormais discuté sérieusement: va-t-on voir disparaitre l'euro?

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