Billet de Gérard Filoche

Front unique nécessaire à gauche pour la défense des droits démocratiques de la FI http://www.filoche.net/2018/10/18/front-unique-necessaire-a-gauche-pour-la-defense-des-droits-democratiques-de-la-fi/

Front unique nécessaire à gauche pour la défense des droits démocratiques de la FI

Macron a reçu jusqu’à 16,7 millions d’euros à dépenser pour sa campagne (631 donateurs fortunés auraient versé 3,1 millions selon Médiapart – alors que lui-même, pourtant gagnant de sommes plus que confortables dans ses ex activités de banquier d’affaires, ne déclarait curieusement qu’un patrimoine de 35 514 euros, moins que Nathalie Artaud et tout juste un peu plus que Philippe Poutou).. (Sources : Le Parisien du 22 mars 2017 et le livre de Mathieu Magnaudeix de Mediapart… et aussi dans « Macron et la casse sociale »)  Et pas de perquisition chez Macron, au Touquet ou ailleurs !

Les procédures ne sont donc pas les mêmes pour tous, souvenez vous aussi de la perquisition bien « arrangée » chez Benalla

La perquisition brutale, disproportionnée contre les locaux et logements de FI et de ses membres pose problème en ce qu’aucun but clair ne la justifiait, qu’aucune  limite ne l’encadrait et aucun procès-verbal n’a été donné pour les matériaux confisqués.

Depuis quand peut il y avoir des perquisitions pouvant tout saisir chez des partis d’opposition ? Comment tolérer cela ?

C’est une question de principe, si on accepte que les partis d’opposition soient perquisitionnes, et leurs fichiers saisis, ce sont les bases de la démocratie qui meurent, demain ce sera toi

On nous dit, vous n’avez rien dit quand c’étaient d’autres ?

C’était une question stratégique importante dans la lutte contre le fascisme : Léon Trotski demandait à ce qu’on ne tombe pas dans le panneau en demandant aux gouvernements bourgeois « l’interdiction » des partis ou groupes racistes ou fascisants. Il disait en gros :   »Luttez contre les fascistes, mobilisez contre les fascistes, faites un front unique de la gauche contre les fascistes, mais ne demandez pas au pouvoir bourgeois, l’interdiction par la loi des fascistes, car les lois qu’ils feront contre l’extrême droite, ils s’en serviront ensuite contre vous, la gauche et l’extrême gauche » -

La démocratie est une question de principe, elle ne se négocie pas, il faut l’exiger pour tous, et toutes. Il ne faut pas la considérer comme étant à « géométrie variable » pour nos adversaires et pour nous. Par exemple, souvent Mélenchon a réclamé « l’interdiction du FN » j’ai toujours été contre, pas pour défendre le FN bien sûr, mais pour NOUS défendre si le gouvernement se retournait de la même façon, avec les mêmes textes contre nous.

Pour ma part, je ne demande jamais à un pouvoir de droite de combattre l’extrême droite à ma place car je sais qu’il va utiliser des lois et des méthodes qui se retourneront antidémocratiquement contre moi et contre la gauche.

j’ai appelé depuis trois ans sous Hollande et sous Macron à voter contre tous les textes qui constituaient un état d’urgence permanent et là, il se trouve que les « enquêtes préliminaires » de ce type rentrent dans ce cadre

Le cadre juridique dans lequel se sont menées les perquisitions de mardi date de 2004 et le vote de la loi « Perben II ». Cette loi a notamment élargi les pouvoirs du procureur pour mener des perquisitions et des saisies dans le cadre d’une enquête préliminaire (comme la possibilité de le mener en se passant du consentement des personnes visées). A l’époque cette loi avait été largement dénoncée comme attentatoire aux libertés.  » Le Monde  » titrait : « Inquiétant pour les libertés publiques » dans un article du 27 janvier 2004. La Ligue des droits de l’Homme qualifiait la loi comme « un grave recul de l’État de droit « . Un recours au conseil constitutionnel contre la loi Perben II avait à l’époque été signé par, entre autres : Martine Billard, Robert Badinter, Manuel Valls, François Hollande, Gérard Collomb…

Certaines des lois en vigueur, dans l’état d’urgence permanent qui a été créé de façon inconsidéré, permettent des abus qu’il ne faut pas accepter, encore une fois il s’agit d’une perquisition contre un parti d’opposition et de la saisie de tous ses fichiers et documents, ce qui est intolérable partout dans le monde !

Édouard Philippe a menti en se cachant derrière « l’indépendance de la justice » :  ce qu’a subi la FI est une « enquête préliminaire », anciennement appelée « enquête officieuse » qui est une enquête de police judiciaire comparable aux cas de flagrance.

Cette enquête se fait sur instruction du Procureur de la République, ici François Molins. Celui-ci a donc choisi de ne pas lancer d’action publique en ouvrant une « information judiciaire » sous la responsabilité d’un juge d’instruction indépendant qui, lui, aurait dû s’assurer d’enquêter à charge et à décharge pour que se manifeste la vérité.

Là, c’est le Procureur, un des magistrats du parquet (debout) « placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous l’autorité du garde des sceaux, ministre de la justice » selon l’art.5 de l’Ordonnance du 22 déc. 1958. Pas d’indépendance donc.

Et Édouard Philippe, ça, il le sait, puisque même la Cour européenne des Droits de l’Homme, dans un arrêté du 10 juillet 2008 a affirmé : « dans son arrêt Medvedyev 1 a été estimé que le procureur ne pouvait être considéré comme une autorité judiciaire au sens de l’article 5 § 3 de la convention :  « le procureur de la République n’est pas une autorité judiciaire au sens que la jurisprudence de la Cour donne à cette notion : comme le soulignent les requérants, il lui manque en particulier l’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif pour pouvoir être ainsi qualifié » !

Donc l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, sous ordre du Procureur et du juge des libertés qui ne s’y est pas opposé, ont agi de concert avec le Garde des Sceaux et le gouvernement. Il aurait pu en être autrement, il n’en a rien été.

Le Parquet décide de 8 perquisitions brutales avec 100 policiers, dans les locaux d’un parti d’opposition, en chasse les occupants et saisit tous les fichiers et documents du parti et les journalistes trouvent ça normal, banal, ordinaire ? Et trouvent anormal que les militants s’indignent et résistent ?

Lorsque des droits démocratiques fondamentaux sont en jeu comme sur cette scandaleuse perquisition, les désaccords politiques n’empêchent pas de nécessairement agir en commun : si quelqu’un de gauche est attaqué toute la gauche doit riposter

La défense des droits démocratiques entre partis de gauche…. est « sacrée ». Ne pas le faire, ne pas être solidaire, c’est suicidaire, pour toutes tous et les uns après les autres…  c’est catastrophique pour la défense des droits démocratiques en général !

On doit s’indigner d’abord et avant tout de cette perquisition disproportionnée, et pas comme le font tant de commentateurs, du style des réactions de Mélenchon.

Par ailleurs, il est légitime qu’un élu, député, ne soit pas traité comme un autre, il faut garantir des droits démocratiques spécifiques aux opposants. Les députés de la république ont droit à une immunité tout comme les salariés mandatés sont « protégés ».

Je défends des principes démocratiques qui sont valables pour FI comme pour d’autres, ce serait le PCF ou les Verts ou le PS (cela lui est arrivé) qui subiraient cette perquisition, je ferais pareil – il est fondamental de faire front unique à gauche en pareil cas.

Ce n’est pas parce que Mélenchon met en cause la notion de « gauche » qu’on doit lui céder : de notre point de vue, il fait partie de la gauche dont nous voulons l’unité.

La gauche c’est d’abord une force sociale, le salariat. Ensuite ce salariat est pluriel, divers idéologiquement, il est traversé de courants, de tendances, il y a donc différentes sensibilités de gauche, (PCF, EELV, Ensemble, GDS, ND, R&S, NPA, LO, LFI…) Pour que le salariat agisse et gagne, il faut qu’il s’unisse et impose donc à ses différents partis et au delà des plateformes et actions communes ! En général cette unité est gagnante si elle se fait et se fait sur le meilleur programme possible au coeur de la gauche.

Oui, même s’ils le nient,  LFI c’est un parti ! Oui même s’ils le nient parfois ils sont de gauche (PG) Oui ils sont en tête dans la gauche pourquoi le nier ? Nier c’est nous affaiblir tous, alors qu’ensemble nous sommes plus forts que Macron ! Défendre les droits démocratiques de FI c’est NOUS défendre, toutes et tous.

Il y a des limites au sectarisme qui s’est répandu ici et là, et aussi aux silences coupables de certains, j’ai moi même des désaccords politiques substantiels avec FI et JLM, mais la gauche doit chercher l’unité et l’action commune avec FI, sinon aucune chance d’affronter Macron victorieusement.

Respect à gauche, dialogue et unité à gauche !  Défendre nos droits démocratiques réciproquement ce n’est pas cautionner toutes nos politiques aux uns et aux autres, c’est un front unique élémentaire

Gerard Filoche

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