Olivier Voinnet et les dérives institutionnelles

L'affaire d'Olivier Voinnet m'a profondément choqué. Comment les institutions scientifiques ont-elles pu "ne rien voir" pendant tant d'années (douze ans, s'agissant du CNRS) ? Et si quelques médias en ont parlé, les analyses restent à mon sens superficielles.

Je découvre aujourd'hui un article du collectif Indépendance des Chercheurs intitulé "Olivier Voinnet et le fiasco de l'évaluation scientifique (I)", avec lequel je ne peux qu'être d'accord. C'est bien à un problème profond et d'ordre institutionnel que l'on a affaire, et pas à une simple affaire personnelle concernant Olivier Voinnet et son plus proche collaborateur.

Quel est le fonctionnement réel de l'évaluation scientifique, en France comme ailleurs ? Quelles sont les lacunes qui ont permis que des "embellissements" (????) de figures dans un nombre important d'articles aient pu si longtemps passer inaperçus ?

 Embauché au CNRS en 2002, Olivier Voinnet a vu son travail évalué de nombreuses fois, à commencer par le jury d'embauche qui a examiné sa candidature. Il est devenu membre de l'Académie des Sciences en novembre 2014. Comment est-ce possible que "personne n'ait rien vu" tout au long de cette carrière ultra-rapide ?

Olivier Voinnet a, certes, sa responsabilité dans cette affaire.Il l'a reconnu au cours des enquêtes récentes. Mais la responsabilité des institutions et des revues "avec comité de lecture" n'est-elle autrement plus lourde ?

Si dès le départ Voinnet avait vu ses articles critiqués et censurés à cause des anomalies finalement mises en évidence par PubPeer, n'aurait-il été contraint d'arrêter de telles pratiques ? Et ce n'est même pas une institution scientifique, qui a découvert ces altérations de figures.

Bravo au collectif Indépendance des Chercheurs qui, dans ses blogs La Science au XXI Siècle et Scientia, a osé engager ce débat indispensable.

 

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