Le confinement bénéfique à l'environnement ? Pas sûr ...

Les deux mois de réduction de l'activité ont permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais ils encouragent aussi la consommation de plastiques de toutes sortes et conduisent à une résurgence des gisements sauvages.

Les évaluations sanitaires et économiques de la crise du coronavirus semblent terribles, avec la plus grande récession depuis la Seconde Guerre mondiale. L'évaluation environnementale n'est pas encore faite, mais les premiers indicateurs montrent des effets contrastés.

Voici ce qui a changé après deux mois de confinement.

Un air pur temporaire

Les émissions de gaz à effet de serre ont été réduites de 30 à 35 % pendant le confinement, principalement en raison du ralentissement de la circulation routière. Cependant, rien n'est joué. « C'est un déclin radical, mais basé sur une sobriété imposée et temporaire, et ce qui n'est pas souhaitable parce qu'il n'est pas organisé, pas décidé », a noté le spécialiste du climat et président du Conseil supérieur pour le climat Corinne Le Quéré, lors d'une audition au Sénat. Cela est également très peu compte tenu des efforts déployés pour que la France atteigne la neutralité carbone d'ici 2050, tels qu'ils sont énoncés dans la loi sur l'énergie et le climat de 2019. Le confinement a entraîné une amélioration significative de la qualité de l'air. Mais encore une fois, alors que le dioxyde d'azote (lié à la circulation routière) a considérablement diminué, AirParif note que « l'impact a été moindre pour les particules PM10 et PM2,5, qui sont à la fois plus nombreuses et pas seulement de sources locales ».

Moins de déchets triés

Avec la fermeture de la plupart des entrepôts de déchets publics au début du confinement, les communautés ont vu une résurgence de dépôts sauvages, qu'il s'agisse de déchets de construction, de déchets verts ou ménagers, de ... masques et de gants, également jetés dans la rue.

La collecte des ordures ménagères a été maintenue dans toute la France, mais dans certaines villes comme Paris, il y a eu un frein au tri sélectif (au début de la crise, près d'un centre sur deux fermé) et une augmentation de l'incinération des déchets. Dans son dernier inventaire, Citeo, l'entreprise qui organise le recyclage des déchets ménagers en France, estime que la capacité de traitement des centres de tri est maintenant estimée à 90 %, mais les disparités restent fortes entre les régions. Dans la capitale, l'absence d'activité touristique et de restauration a entraîné une baisse de 38% du tonnage collecté, selon l'assistant à la propreté de l'Hôtel de Ville de Paris, Paul Simondon.

Mini boom pour le plastique

Gants, surblouses, visières, palettes de plats jetables, plateaux alimentaires... Du secteur médical à l'industrie alimentaire, la crise sanitaire a ramené le plastique au premier plan. « L'appareil productif fonctionne à pleine vitesse. La production est d'environ 30 % supérieure à celle que nous connaissons actuellement », a déclaré Emmanuel Guichard, délégué général d'Elipso, l'organisation des entreprises d'emballage plastique récemment dans la presse professionnelle.

Les consommateurs d'hygiène se sont également jetés sur des lingettes de nettoyage (en plastique). Au point de devenir un problème pour les canalisations (certaines ont même été bouchées en Belgique où une entreprise de débouchage sur Bruxelles a dû intervenir) et de créer un coût supplémentaire pour les collectivités qui doivent les ouvrir. Trois mois après l'adoption de la loi sur l'économie circulaire, qui prévoit la sortie du plastique jetable d'ici 2040, les ONG craignent que ce boom du plastique à usage unique ne se poursuive.

Bref répit pour la biodiversité

Le confinement des êtres humains a réussi dans la faune sauvage. Plus que les cerfs, les canards ou les dauphins, les abeilles ont bénéficié de ce répit, selon les apiculteurs qui planifient une récolte exceptionnelle de miel, également aidée par un mois d'avril estival. Mais d'autres parties de la biodiversité se sont mêlées. Dans sa première évaluation, le Bureau de la biodiversité a cité le braconnage, l'arrachage des haies et la pollution des cours d'eau, ce qui l'a amené à intervenir près de 500 fois. L'Office a également constaté des cas de non-conformité aux conditions d'utilisation des pesticides par les agriculteurs.

Cet été, les parcs naturels seront mis à l'épreuve du déconfinement, tandis que de nombreux Français (sinon tous) passeront leurs vacances en France. Les Aires Protégées de France ont appelé à un renforcement de la protection des espaces naturels susceptibles d'accueillir un grand nombre de visiteurs.

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