LE SOIR (Belgique) Donald Trump effectue un virage à 180° envers la Chine

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Intéressant pour analyser la trajectoire de la présidence US... Le texte 'la vérité ailleurs' à la fin est aussi étonnante que l'article de MAURIN PICARD.

 

 

 

Donald Trump effectue un virage à 180° envers la Chine

ÉTATS-UNIS  Le président américain donne de spectaculaires signes d’ouverture

Trump vient au secours du géant chinois des télécoms menacé par une sanction américaine.

Un retournement d’autant plus spectaculaire que plane le spectre d’une guerre commerciale entre Pékin et Washington

 

NEW YORK

DE NOTRE CORRESPONDANT

Mais  quelle  mouche (chinoise) a piqué Donald Trump? Lui qui n’a de cesse de dénoncer la concurrence déloyale de la Chine en termes de pratiques commerciales, le pillage industriel par Pékin fossoyeur d’emplois américains, le voici désormais sincèrement soucieux du bien-être des ouvriers chinois. «Trop de jobs perdus en Chine!, tweetait-il lundi. J’ai ordonné au département du Commerce d’y remédier.» On se pince pour y croire:

ces jobs perdus… en Chine seraient devenus une priorité pour le  héraut  de  «l’Amérique d’abord (America First)»?

Pour le moins étrange de prime abord, cette reculade sur la fibre protectionniste, profondément inscrite dans l’ADN trumpien, concerne une firme en particulier, et pas la moindre:

ZTE, le géant asiatique de la téléphonie mobile, que le Pentagone venait de déclarer infréquentable et qui se trouvait au bord de la faillite après que Washington a infligé mi-avril un moratoire de sept ans pour toute entreprise américaine commerçant avec un tel partenaire.

ZTE a en effet été pris la main dans le sac dans ses transactions avec le régime iranien. Une première amende en 2017 s’élevait à 1,19 milliard de dollars, mais la peine a été alourdie quand les autorités américaines ont réalisé que ZTE n’avait pas sanctionné ses dirigeants mis en cause. Désormais, les exportations de composants électroniques américains destinés à ZTE et ses réseaux en fibres optiques seraient bannies, condamnant les 74.000 employés de ce mastodonte au chiffre d’affaires de 16,7 milliards de dollars (2017) au chômage technique.

Pourquoi tant de haine? Pour le Pentagone, les téléphones ZTE ainsi que Huawei, vendus sur le territoire américain, constitueraient «un risque de cybersécurité majeur», la Chine s’efforçant de dominer le marché de la technologie 5G à des fins d’espionnage.

Apparemment soucieux de donner des gages à son homologue chinois Xi jinping, le président Trump semble avoir dédaigné cet argument, en écho à une de ses plus célèbres tirades de campagne: «Je suis plus intelligent  que  les  généraux, croyez-moi.» «Sur les questions de cybersécurité?, commente le stratège Peter W. Singer, spécialiste de la Chine. Entre nous, ce n’est pas vrai.»

Que cherche Trump dans ses négociations avec Xi? Face au péril d’une guerre commerciale totale, l’échéance du 22 mai approche, date à laquelle des droits de douanes américains prohibitifs pourraient être imposés sur plus de cinquante milliards de dollars de produits chinois d’importation aux Etats-Unis.

Ce mardi, le vice-Premier ministre chinois Liu He est arrivé à Washington pour des pourparlers censés durer cinq jours et visant à éviter un tel conflit. Pékina promis de répliquer aux sanctions américaines en cas d’échec, semant la consternation dans le Midwest, notamment dans le secteur agroalimentaire (soja, porc, bœuf).

Le revirement sur ZTE passe mal, même au sein du camp républicain en général prompt à dénoncer  la  Chine  comme source de tous les maux de l’économie américaine. «Le problème avec ZTE, ce ne sont pas les jobs et le commerce, c’est la sécurité nationale et l’espionnage, s’insurge le sénateur de Floride Marco Rubio. En Chine, n’importe quelle firme de télécoms peut être forcée d’agir comme un levier d’espionnage sans aucune obligation juridique ou autre forme de supervision. Nous sommes  inconscients  de  les laisser opérer à leur guise aux Etats-Unis sans la moindre restriction.»

«Vous devriez vous soucier davantage de notre sécurité nationale que des emplois chinois», s’emporte Schiff, élu démocrate et membre de la Commission du renseignement à la Chambre des représentants.  «Soyons  cool, tout va bien se passer!», tweetait Donald Trump un peu plus tard. «Il fonctionne comme ça, observe l’amiral James Stavridis, ancien commandant en chef des forces alliées en Europe (Saceur) et doyen de la Fletcher School of Law and Diplomacy à l’université Tufts. J’ai rejeté un coup d’œil à son fameux livre, The Art of the Deal, et on voit qu’il commence toujours par pousser son interlocuteur dans ses retranchements dans l’espoir de parvenir à un accord aussi avantageux que possible.»

Ayant fait la preuve qu’il pouvait mettre à terre un géant industriel chinois, Trump pense ainsi faire jeu égal avec le pouvoir central de Pékin et sauver le secteur agroalimentaire américain en maintenant les exportations de microprocesseurs vers la Chine. Au grand dam des militaires américains qui eussent aimé s’affranchir de la menace technologique chinoise incarnée par ZTE et Huawei.  ■

MAURIN PICARD

La vérité ailleurs ?

Le grand marché de dupes sino-américain dissimulerait-il autre chose, auquel Donald Trump puisse tenir bien plus que les exportations de porc vers la Chine ?

D’après l’Agence France-Presse, des compagnies chinoises auraient accepté d’injecter 500 millions de dollars dans un projet immobilier en Indonésie où, surprise, apparaît un complexe hôtelier Trump.

Premier bénéficiaire de ces liquidités : la Trump Organization. Vous avez dit conflit d’intérêt ?

 « Le président n’a toujours pas rendu public ses impôts, ce qui entretient le flou sur les affaires qu’il tente de conserver loin des regards, observe Tim Fernholz de Quartz. Et tout indique qu’il reste associé de près aux affaires de la Trump Organization, au point que l’on peut se poser la question : quand il négocie avec une délégation chinoise, pour qui le fait-il? »

Les agriculteurs du Midwest, ou ses petites affaires ?

MAURIN PICARD

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