Sur la reprise britannique et le modèle allemand et leurs coulisses (zero hour contract contre Hartz 1 €/h et working poor)

  Cette économie ne fonctionnant que pour gonfler les bénéfices des 1% représentant les oligarchies, les combines statistiques des politiciens soumis aux contraintes des marchés et des dividendes à verser donnent des situations étonnantes.

Les médias achetés par l'oligarchie répètent sans cesse que les gens sont un coût mais en regardant certains des articles, la réflexion peut être abordée de manière sérieuse.

 

Pour promettre quand même un avenir commun, le politique rêve du "plein emploi". 

 Ceci est un leurre car la disparition des ressources naturelles et l'usage d'automatismes (robots, logiciels) réduisent les possibilités de création suffisante d'emplois ainsi que la concurrence débridée entre les politiques de l'emploi dont nous verrons les conséquences délétères.

 

En effet, la lutte contre le chômage mène simplement à l'esclavage (l'enfer est pavé de bonnes intentions).

Les politiques vont inlassablement vers la direction que leur montre les oligarques!

 

 

Le grand problème est que la puissance publique, en détricotant les droits salariaux ne créé pas seulement de l'injustice et de l'abus de pouvoir.

Attrapés à ce piège, les gouvernants s'étonnent que ces "working poors" de plus en plus nombreux, qui remplacent les classes moyennes, sont beaucoup moins intéressant fiscalement.

 

En fait, leur rêve de croissance devient un cauchemar car plus il y a de croissances avec plus   de pauvres précaires et moins il y a d'impôts qui rentrent !

Et oui, les oligarques ont planqués la fortune produite dans des combines (paradis fiscaux , autre pays, parfois européen qui mendie l'arrivée de ces fortunes comme de vulgaires receleurs, … ) et même si l'activité grossit d'un petit 3% le déficit de l'état augmente car les assiettes fiscales diminuent …

 C'est ce que découvre le trésorier britannique qui pourtant fait tout pour faire de la mousse.

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Rappelez-vous, c'est le même qui a inclus la prostitution et le trafic de drogue dans le produit intérieur brut pour rassurer les marchés dont la morale douteuse apparait clairement (excellent retour de la tarte à la crème du "nous sommes les meilleurs et vous des losers" quand la commission européenne a profité de cet artifice comptable pour augmenter la contribution anglaise selon les règles de calcul validées et non trafiquées celles-là ;-)

 http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/10/30/pourquoi-bruxelles-reclame-2-milliards-d-euros-au-royaume-uni_4514708_4355770.html?xtmc=pib_prostitution&xtcr=1

 Pourquoi le calcul des contributions est modifié

 Si les contributions des Etats connaissent un grand changement cet automne, c'est dû à une modification du calcul du PIB, entrée officiellement en vigueur en septembre. L'institut de statistiques européen Eurostat a ainsi demandé aux Etats membres d'intégrer la recherche et développement (R&D, auparavant comptée comme une dépense et non une contribution au PIB) mais aussi les revenus d'activités illégales dans leur comptabilité, notamment le trafic de drogue et la prostitution. Certains pays, comme l'Espagne, les Pays-Bas, l'Autriche, l'Estonie, la Finlande, la Norvège, la Slovénie ou la Suède, prenaient déjà en compte ces activités illégales.

 D'autres, comme le Royaume-Uni ou l'Italie, ont annoncé qu'ils intégraient ces revenus dans leur comptabilité nationale. Par ce moyen, Londres a ainsi vu sa richesse nationale gonfler de 10,9 milliards d'euros (0,5 % du PIB), a annoncé l'Office national des statistiques (ONS) fin septembre. En France, l'Insee a refusé de comptabiliser la prostitution relevant des réseaux, au contraire de celle « discrète », cachée derrière d'autres activités et déjà comptabilisée dans le PIB. L'institut a estimé que le consentement des prostituées « de rue » n'était « probablement pas vérifié ». Le trafic de drogue a en revanche été ajouté au revenu national brut (et non au PIB) fourni à Eurostat, l'augmentant d'environ 2,1 milliards d'euros.

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Alors, que proposent les dirigeants de deux grands pays voisins à leurs compatriotes ?

 

 

I/ Le modèle allemand

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Celui-ci est basé sur des principes de culpabilité du chômage (le fameux job à 1 euro par heure) et l'exploitation sans vergogne des roumains et autres polonais.

 

 Grâce à ce dumping social en pleine Europe (que certains appellent un modèle), les gens achètent à Lidl ou Aldi des produits pas chers.  Même les charcuteries venues d'Allemagne sont fabriquées dans des conditions dignes du 19ème siècle

 (http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/abattoirs-l-allemagne-accusee-de-dumping-social_1367540.html L'Expansion.com, publié le 28/01/2011 à 08:31

L'Allemagne est accusée par la France de recourir, dans ses abattoirs, à une main d'oeuvre bon marché venant des pays de l'Est, payée deux fois moins cher que les salariés allemands. Une distorsion de concurrence due à l'absence de salaire minimum dans la branche.

 

http://colette214.blogspot.be/2014/06/allemagne-l-horreur-de-la-ferme-des-10.html

ALLEMAGNE L' HORREUR DE LA FERME DES 10 000 COCHONS

Si l’Allemagne est souvent citée en exemple, elle ne l’est pas dans tous les domaines. À preuve, son dumping dans l’industrie du porc. Avec des méthodes propres à dégoûter tout citoyen de consommer des cochonnailles.

 

Les jobs à 1€ par heure sont financés par les régions allemandes qui ne versent les allocations familiales ou de logement que si l'allocataire au chômage accepte ce type de contrat qui est une sorte de complément.

 

Résultat, tous les autres jobs en Allemagne subissent une pression extraordinaire et les contrats "normaux" payés des cacahuètes sont devenus légion.

 

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http://www.marianne.net/allemagne/Pour-132-euro-de-l-heure-_a16.html

 Pour 1,32 euro de l’heure !

 Rédigé par Thomas SCHNEE le Mercredi 8 Mai 2013 à 13:21 | 22 commentaire(s)

 Le nombre des « travailleurs pauvres » continue à augmenter en Allemagne, selon l’Agence fédérale pour l’emploi (BA). Ces nouveaux chiffres publiés hier par le quotidien Süddeutsche Zeitung, ne vont pas manquer de relancer l’un des sujets centraux de la campagne électorale : la lutte contre les bas-salaires via l’introduction d’un salaire minimum universel (voir aussi le post précédent).

 Outre-Rhin, le « travailleur pauvre » est un salarié régulier qui gagne au moins 800 euros/mois mais dont le revenu ne suffit pas pour assurer sa subsistance et celle de sa famille et qui doit faire appel à l’aide sociale (Hart IV). Selon la BA, 320 000 foyers allemands ont ainsi du être aidés par l’Etat en 2012, soit 20 000 de plus qu’en 2009. Pour les célibataires salariés, la dégradation est encore plus forte puisqu’ils ont été 75 600 à bénéficier de l’allocation, soit une progression annuelle de 38 %.

En tout, la BA recense près de 1,3 millions de ces « working poors ». Leur nombre réel est cependant estimé à largement plus de 2 millions par les experts qui soulignent que nombre d’entre eux ne savent pas qu’ils ont droit à une aide ou ont honte d’aller la demander.
 
L’Etat subventionne de fait le dumping salarial
 
Le dumping salarial fortement pratiqué dans les secteurs du BTP, des transports, des services, de la restauration ou de l’intérim revient en fait à transférer une partie de la charge salariale sur les budgets publics selon le principe suivant : si le salarié veut gagner plus, qu’il aille donc en faire la demande à l’Agence pour l’emploi. Les tribunaux du travail allemands sont actuellement confrontés à de multiples plaintes de salariés sous-payés : 4,64 euros de l’heure dans le transport, 3 euros dans la coiffure, 3,5 euros dans les abattoirs, etc. Depuis quelques années, il est même fréquent de voir des Agences pour l’emploi locales porter plainte contre les employeurs. Elles estiment à juste titre que ce type de pratique n’est pas seulement du dumping salarial mais aussi une escroquerie à l’assurance sociale. Le record est pour l’instant tenu par un gérant de pizzeria de la cote baltique (Stralsund) qui a été condamné en 2010 à plusieurs milliers d’euros d’amende. Il payait ses salariés 1,32 euro de l’heure ! Forcément, ceux-ci n’avaient d’autre choix que d'aller « émarger » à l’Agence pour l’emploi qui a fini par voir rouge.

 

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Un très bon article sur Mr Hartz, la personne qui a concocté les jobs à 1€/h en partant d'une intention louable (chomage de longue durée provoque la trappe à inactivité) mais dont le résultat est sévère

http://www.legrandsoir.info/pacte-de-responsabilite-et-modele-allemand-ce-qui-se-cache-derriere-peter-hartz.html

Devenir « Hartzi », une hantise pour les Allemands

 

Les fameux « Job à 1 euros » échappent au code du travail : pas de droit de grève, pas de contrat de travail, pas de vacances. En cas d’arrêt maladie, le salaire n’est pas versé. Les cotisations retraites permettent de cotiser 2,64 euros annuellement…. Une étude réalisée par l’Association à l’aide sociale paritaire allemande a dévoilé que trois quarts des allocataires d’ « Alg 2 » restent tributaires à vie de celle-ci. Pendant que le taux de chômage a baissé de 11,5 % à 6,5 % entre 2005 et 2013, le nombre d’ « Hartzi » a explosé.

 

Ce n’est donc pas un hasard si très vite devenir « Hartz IV » se transforme en une véritable hantise des Allemands, une sorte de déclassement social insupportable. Le nombre de bénéficiaires est en chute libre depuis 2005 : de 4,9 millions à 2,85 millions aujourd’hui. La précarité généralisée devient la norme. Seul 15% des embauches s’effectuent en CDI. La simple menace de tomber dans la catégorie des « Hartzi » contraint les chômeurs « Alg 1 » à accepter tous les emplois à bas salaires, dénués de sécurité sociale, de droits à la retraite. C’est ainsi qu’aujourd’hui seul 29 millions de salariés en Allemagne sur 42 millions disposent d’emplois soumis au régime de la sécurité sociale.

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II/ Le modèle britannique

 Ici, le délire sur le code du travail pour forcer les fainéants/assistés à se bouger est le "zéro heure contrat".

 Kézako ?

  Pour trouver du boulot, vous n'avez qu'une agence d'intérim que l'état paie pour vous gérer: Vous serez appelé dans l'heure pour travailler dans une entreprise à 40 km de chez vous au maximum (rigolo, l'histoire de ce gars qui se fait piéger pour une distance réelle de 82 km dont le coût de transport représentait 3 heures de travail. L'agence a indiqué que la distance était bonne et son refus lui amenait une pénalité grave car à vol d'oiseau c'était en dessous de 40 km…)

Vous pouvez être appelé n'importe quand (demain matin, dimanche à 7h !) et vous avez intérêt à ce que votre collier, euh, votre portable soit en place !

Tout ça pour travailler parfois une heure (paie = taux smic -25%  pour pas concurrencer les "vrais" salariés) et attendre la prochaine mission.

   OK.

   Mais pourquoi "zéro hour" ?

 

 Bah, because il se peut que vous ne soyez pas appelé pendant longtemps et que vous n'ayez aucune paie pendant le mois (et oui zéro heure de travail = zéro centimes).

Comme vous êtes en exclusivité avec cette agence, vous ne pouvez pas travailler ailleurs ou le contrat est rompu.

De toute manière, l'agence a tout intérêt à vous mettre dehors au bout d'un certain temps car elle reçoit une prime lors du démarrage d'un nouveau contrat avec une autre personne en  chômage de longue durée.

Comme ça les statistiques du chômage de longue durée sont excellentes pour le gouvernement….

 

 

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Deux articles,

 l'un sur la constatation qu'un pauvre est corvéable à merci mais qu'il est difficile de le taxer quand son  revenu est devenu trop médiocre pour assurer sa propre subsistance.

  L'autre sur le détail de la vie menée par plusieurs centaines de milliers (voire millions) de nos voisins d'outre-manche qui ont basculés aussi dans la famille des losers/fainéants/assistés…

 

 

 

    

 

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Malgré la reprise, le déficit public britannique s’accroît

Le Monde.fr | 21.11.2014 à 18h17 • Mis à jour le 21.11.2014 à 18h25 | Par Eric Albert (Londres, correspondance)

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/21/malgre-la-reprise-le-deficit-public-britannique-s-accroit_4527555_3234.html

 L’économie britannique fait face à un étrange paradoxe : malgré une croissance très solide, autour de 3 % cette année, le déficit public ne se réduit pas. Il est même en hausse sur les sept premiers mois de l’année fiscale (avril à octobre), a révélé, vendredi 21 novembre, l’Office national des statistiques.

Sur cette période, le déficit atteint 64,1 milliards de livres (81 milliards d’euros), soit 6 % de plus que l’année précédente à la même période. Du coup, un nouveau dérapage des finances publiques est désormais presque inévitable. Sur l’exercice passé 2013-2014, le déficit était de 5,9 % du PIB. Cette année, l’objectif de le réduire à 5 % paraît compromis.

L’explication tient à la hausse du nombre des travailleurs pauvres. Car, s’il y a reprise économique, celle-ci vient, en partie, de l’extrême flexibilité du marché du travail. Le chômage est certes en forte baisse, à 6 %. Mais ce sont les temps partiels, les contrats à « zéro heure », et le développement des auto entrepreneurs qui ont permis le retour de l’emploi. Les salaires n’ont pas suivi. Et tout cela se traduit par des recettes fiscales plus faibles qu’anticipées.

Lire aussi : Au Royaume-Uni, les damnés des « zero hour contracts »

Celles-ci ne progressent que de 1,1 % sur les sept premiers mois de l’année, à un rythme bien inférieur à la croissance. De façon plus criante encore, les sommes récoltées au titre de l’impôt sur le revenu sont en baisse, de 0,4 %. Preuve que les faibles salaires ne permettent pas aux Britanniques d’arriver à un niveau de revenu suffisant pour payer beaucoup d’impôts.

 

Les objectifs 2014-2015 ne seront pas atteints

Le phénomène a par ailleurs été accentué par des réformes fiscales introduites par le gouvernement de David Cameron. Pour des raisons d’équité, celui-ci a relevé de 50 % le seuil à partir duquel l’impôt sur le revenu est imposable, pour le porter à 10 000 livres (12 600 euros). Cela signifie qu’une large partie des petits salaires échappe à l’impôt.

Pour partie, les recettes fiscales sont compensées par les recettes de TVA, qui progressent de 3,2 %. L’amélioration de l’activité se ressent dans les magasins, et les Britanniques consomment plus. La tendance devrait s’améliorer en janvier 2015, quand les autoentrepreneurs devront payer leurs taxes.

Mais de l’avis général des économistes, cela ne suffira pas à redresser les comptes. Cela place George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, dans une position inconfortable, alors qu’il doit présenter, le 3 décembre, son mini-budget de mi-année.

« Le chancelier de l’Echiquier pourra se réjouir de la performance économique saine du Royaume-Uni, particulièrement par rapport à l’Europe, mais il va presque certainement devoir reconnaître qu’il n’atteindra pas ses objectifs fiscaux pour 2014-2015 », estime Howard Archer, économiste à Global Insight.

  • Eric Albert (Londres, correspondance)
    Journaliste au Monde

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Royaume-Uni. Les damnés des «zero hour contracts»

Publié par Alencontre le 27 - octobre - 2014

Par Philippe Bernard

Candice Roberts n’a pas besoin de parler pour expliquer à quoi sa vie ressemble. Elle brandit son antique téléphone portable Huawei comme une pièce à conviction, où les six mots du SMS qu’elle a reçu samedi après-midi sont restés inscrits: «Mission annulée. Mettez-vous en attente». La quadragénaire aux yeux cernés et au sweat-shirt en éponge saumon n’est pas astronaute. Elle est emballeuse de biscuits secs à l’usine Jacob’s, une énorme bâtisse de brique sur laquelle flotte l’Union Jack, à Aintree, au nord de Liverpool. Lorsque son patron a besoin de ses services, Candice, 46 ans, place dans leurs boîtes les cheese crackers ou les club chocolate, qui défilent sur un tapis roulant. Sinon, elle attend la prochaine « mission » de l’agence de placement Prime Time, qui sert d’intermédiaire. Un simple SMS pour la convoquer au travail, parfois dans l’heure qui suit. Un autre, éventuellement, pour annuler sa venue. Et des journées entières à attendre qu’on la sonne, en pensant à la paie qui rétrécit à chaque heure perdue.

Appelée ainsi vendredi pour rejoindre l’équipe du dimanche matin à 7 heures, elle a appris la veille que, finalement, on n’avait plus besoin d’elle. «I’ve been cancelle » («J’ai été annulée»), explique-t-elle en un terrible raccourci. Le long silence qui suit n’est troublé que par les applaudissements du jeu diffusé par la télé, allumée en permanence. La nuit est tombée sur le lotissement de logements sociaux de Fazakerley, dans la grande banlieue au nord-est de Liverpool. Les réverbères soulignent un crachin persistant. Il fait froid dans le salon de Candice et Michael Roberts, où l’humidité s’infiltre.

«On allume le gaz juste au moment d’aller au lit, glisse ce dernier. En hiver, on passe la soirée chez des amis.»

Cela fait déjà trois ans que Candice et son mari Michael, 58 ans, vivent au rythme infernal de ce que les Britanniques nomment le «zero hour contract», le ZHC (contrat à zéro heure), des

«contrats» qui ne garantissent aucune heure de travail au salarié, mais l’obligent à accourir quand on le siffle. En janvier, l’Office national des statistiques britannique a recensé 1,4 million de contrats «ne garantissant pas un minimum d’heures ».Les ZHC  «facilitent la tâche des employeurs qui veulent abuser de leur pouvoir sur le marché du travail», reconnaît le très libéral hebdomadaire The Economist.

Devant la barrière qui contrôle l’entrée de l’usine Jacob’s de Liverpool, qui vient de célébrer son centenaire, une banderole bleue représente des paquets de crackers et declub biscuits à l’orange ou au chocolat, «fiers d’avoir été cuits à Aintree». Ces crackers en paquets orange immortalisés par Wallace et Gromit, qui sont un peu au patrimoine britannique ce que le petit-beurre est à la France.

Les abus sont commis à une si large échelle que même les conservateurs au pouvoir, ultralibéraux, ont promis de moraliser ces pratiques s’ils sont reconduits au terme des élections législatives de mai 2015. Les contrats de type ZHC, qui non seulement n’assurent aucun horaire mais contiennent une clause d’exclusivité interdisant au salarié de travailler ailleurs, seront interdits, a annoncé David Cameron début octobre. «Ce n’est pas l’économie de marché, c’est un marché faussé», a asséné le premier ministre. Les travaillistes, eux, ne veulent pas purement et simplement abolir une formule qui a remis tant de chômeurs au travail – le taux de chômage a baissé de 2 points entre juin 2011 et juin 2014. Leur chef de file, Ed Miliband, dénonce «des conditions de travail dignes de l’époque victorienne [XIXe siècle]», mais promet seulement d’instaurer un droit à un horaire minimal après une certaine période d’emploi en ZHC.

En attendant, cette forme de flexibilité maximale s’est banalisée. Elle a proliféré depuis la crise financière de 2008, avec une nette accélération dans les toutes dernières années: le nombre de travailleurs en « zéro heure » a doublé depuis 2012. Les dernières statistiques publiées en recensent 583’000, un chiffre sous-estimé car nombre de salariés ignorent qu’ils relèvent de cette formule. Près de la moitié des emplois de l’hôtellerie et de la restauration, un tiers des manœuvres et des agents d’entretien, un quart dans le secteur des soins et des loisirs sont concernés par toute une variété de contrats sans garantie horaire. Les femmes et les jeunes sont les premiers visés.

La formule est utilisée aussi pour des emplois très qualifiés et bien payés. Des anesthésistes, des cardiologues, des sages-femmes, des graphistes, des précepteurs sont recrutés sans la moindre garantie horaire. Certains radiologues, par exemple, ont été affectés par le Service national de santé (NHS) à des pools de personnels qui les mettent à disposition de plusieurs hôpitaux en leur offrant des zero hour contracts. Pour certains professionnels, il s’agit d’une forme de liberté, et 47 % des salariés concernés se déclarent satisfaits de ce système. Mais, pour la majorité, il s’agit d’une situation subie. Employés en moyenne 25 heures par semaine, ils ont souvent du mal à joindre les deux bouts, et un tiers des intéressés réclament davantage d’heures.

Flexibilité maximale

A eux deux, Candice et Michael Roberts gagnent en moyenne 350 livres par semaine (environ 1 900 euros par mois), mais ignorent en permanence leurs revenus de la semaine suivante. Ils ne sont pas employés directement par Jacob’s, mais par l’agence Prime Time Recruitment, qui leur verse le salaire minimal de 6,50 livres de l’heure (8,20 euros), soit 2 livres de moins que les ouvriers permanents de l’entreprise pour les mêmes tâches. Au total, la biscuiterie Jacob’s de Liverpool-Aintree emploie 830 salariés permanents, auxquels s’ajoutent jusqu’à 250 ouvriers mis à disposition par l’agence. La période des fêtes de Noël et du Nouvel An, où les biscuits se vendent bien, est en principe faste. Mais Candice se rappelle avec horreur le mois de mars, où l’agence ne l’a pas appelée une seule fois. « Ça a été la période la plus noire depuis que j’ai commencé à travailler, à l’âge de 16 ans. Pas d’argent. Rien, articule-t-elle. J’ai dû donner mon collier et mes boucles d’oreille au mont-de-piété. Heureusement, j’ai pu les récupérer le mois suivant. »

Longtemps tolérés, les ZHC suscitent désormais la polémique. Pas une semaine sans que les médias ne relatent des situations abusives, des drames personnels et des contentieux. La presse a désigné McDonald’s comme le plus gros pourvoyeur de contrats sans garantie horaire (90 % de ses 83’000 employés au Royaume-Uni), et la chaîne de restauration rapide a été amenée à se justifier. «Nos employés cherchent la flexibilité», «Nous ne les convoquons pas par téléphone», indique le site britannique, qui assure simplement tenir compte des disponibilités exprimées par ses employés.

La presse a aussi révélé que près de 90 % des 23’000 employés de SportsDirect, une chaîne de magasins d’articles de sport, travaillaient sous ZHC, sans congés payés ni rémunération en cas de maladie. Une plainte pour discrimination salariale est en cours de la part d’une ancienne employée qui dit avoir dû quitter son emploi en raison de crises de panique liées à la précarité de ses horaires et de ses revenus. Inspirée par le livre de Florence Aubenas, journaliste au Monde, Le Quai de Ouistreham (L’Olivier, 2010), une pièce de théâtre mettant en scène la situation de travailleurs «jetables» a tenu l’affiche un mois à Londres, cet été.

«Nous sommes comme les gâteaux que j’emballe à l’usine. On tombe dans une caisse pour laisser la place aux suivants» Bill Jones, Ouvrier chez Jacob’s

«Dans les années 1930, mon grand-père se présentait chaque matin pour l’embauche sur les docks. Les patrons désignaient du doigt les ouvriers qu’ils sélectionnaient ; les autres repartaient penauds. Nous sommes revenus à cette époque», déplore Barry Kushner, le conseiller municipal travailliste de Liverpool, qui préside la commission spéciale mise en place par la ville pour lutter contre la précarité. Près de la moitié des offres d’emploi actuellement proposées dans la grande cité côtière le sont par des agences de recrutement, comme celle qui fournit à la biscuiterie Jacob’s une main-d’œuvre flexible et payée au smic, tels Candice et Michael Roberts. L’idée de M. Kushner est de rédiger une charte contenant des garanties minimales négociées entre syndicats et employeurs. Ces derniers s’engageraient à recourir en priorité à d’autres formes de flexibilité comme le travail à temps partiel; ils seraient encouragés à fournir un minimum d’heures de travail programmées au moins une semaine à l’avance, après six mois de ZHC.

A terme, la municipalité exclurait des marchés publics toute entreprise qui ne se conformerait pas à cette charte. Mais les élus ont joué les arroseurs arrosés lorsqu’un blog d’opposants a révélé, en septembre, que la municipalité elle-même employait 442 précaires. Uniquement dans des secteurs acceptés par les syndicats, comme l’approvisionnement des événements spéciaux, se défend l’élu.

Désormais objets de scandale, les ZHC et autres contrats sans garantie d’horaire contribuent, en même temps, avec la montée en puissance du temps partiel et la flambée de l’autoentrepreneuriat (40 % des emplois créés depuis 2010, selon les travaillistes), à la baisse spectaculaire du taux de chômage (6,2 %, contre 10,3 % en France), dont David Cameron fait son principal argument de campagne. Ils illustrent la face sombre de la « vigoureuse reprise » que le premier ministre célèbre quotidiennement.

Prime gouvernementale

La reprise? «Si c’était vrai, je n’en serais pas là», s’insurge Bill Jones, un père de famille de 42 ans qui, lui aussi, remplit des boîtes de biscuit et de crackers chez Jacob’s quand Prime Time l’appelle. «Mon contrat de travail est long comme ça et écrit en tout petit.» Et même s’il l’avait lu, en aurait-il compris les pièges? Sur le papier, le document lui garantit sept heures de travail par semaine, à condition qu’il accepte n’importe quel job dans un rayon de 25 miles (40 km) autour de son domicile. A l’automne 2013, le travail manquait chez Jacob’s et l’agence lui a demandé de pointer chez Tangerine, une usine de confiserie située à Blackpool, à 80,5 km de chez lui, mais à 40?km… à vol d’oiseau. Le billet de train pour s’y rendre coûtait l’équivalent de trois heures de travail. Il a refusé, comme tous ceux à qui on l’a proposé.

 

Jakob’s Bakery Aintree

Ces mois-là ont vraiment été à «zero hour» et zéro paie pour Bill Jones, qui, comme les autres salariés cités, préfère user d’un pseudonyme pour ne pas risquer de perdre son emploi. Il a sollicité l’aide d’un avocat militant pour obtenir le paiement des sept heures prétendument garanties par son contrat. La lettre adressée par le juriste à l’agence de placement est restée, selon lui, sans réponse. «J’ai laissé tomber», lâche Bill Jones. Il n’a jamais été payé des sept heures prétendument garanties.

En trois ans de ce régime, le quadragénaire aujourd’hui en révolte a appris que ni l’égalité salariale avec les ouvriers attachés à l’usine, ni les 25 heures hebdomadaires qu’on lui avait fait miroiter ne se concrétiseraient. Il a aussi découvert que les contrats comme le sien s’interrompaient régulièrement pour que l’agence en signe de nouveaux avec d’autres candidats à l’emploi, afin de percevoir la prime gouvernementale de 1500 livres (près de 1900 euros) versée pour l’embauche de chômeurs de longue durée. «Nous, les ouvriers employés par les agences, nous sommes comme les boîtes de gâteaux que j’emballe à l’usine: nous avançons sur un tapis roulant et, à un certain moment, nous tombons dans une caisse, pour laisser la place aux suivants», dit cet ancien chauffeur et disc-jockey au visage fatigué, qui porte un tee-shirt gris Armani impeccable. Sur l’écran plat resté allumé dans son living, Tom Cruise, imperturbable, joue Mission impossible.

Ce soir, Bill Jones embauchera dans l’équipe de 17h15, il le sait depuis une semaine. Mais pour celle d’hier, il n’a été prévenu que la veille. Et demain ? Ce week-end ? «J’attends que le téléphone sonne. Ils peuvent m’appeler une heure avant pour une équipe de 12 heures. Ils savent que j’habite à 10 minutes de l’usine à vélo. » Lui, qui ne peut « jamais rien prévoir», se trouve contraint d’anticiper Noël. Le souvenir de l’an dernier, où, faute de travail en automne, il n’a pu offrir de cadeaux à ses deux enfants, le poursuit. Cette année, il a commencé ses achats dès juin, «pour répartir le coût». «Pour gagner un salaire décent, il faudrait faire six équipes par semaine. Je n’en fais que trois ou quatre.»

Sur qui compter pour se sortir de la nasse des « zero hour » ? Bill, électeur travailliste de toujours, a d’abord pensé aux syndicats. Mais il montre sa carte d’adhésion en faisant la grimace. «J’ai été les voir, mais j’ai arrêté de payer ma cotisation. Ils ne m’ont été d’aucun secours, car je n’appartiens pas au personnel permanent. Ils disent qu’il faut d’abord défendre le staff. Mais les ouvriers en place préfèrent faire embaucher leur fille ou leur nièce plutôt que nous. Ils nous considèrent comme des travailleurs de seconde zone.» Il a ensuite alerté son député, car il pense que l’agence de recrutement, qui reçoit de l’argent public pour l’embauche de chômeurs, devrait être encadrée. Il espère que l’action de la municipalité, la publicité donnée à la condition des travailleurs en « zero hour », permettra d’améliorer les choses. Les nombreux commentaires sur Facebook après un article publié par un quotidien local l’ont revigoré: «Beaucoup de gens cherchent aussi des heures et ne trouvent pas ça normal.»

Quant au bulletin de vote de Bill Jones aux prochaines élections, il aura, à l’entendre, une curieuse couleur: «Je suis pour un mélange entre le Labour et l’UKIP [Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni de Nigel Farage, xénophobe et antieuropéen]. Les deux ont de bonnes idées. Le Labour veut abolir la bedroom tax[instaurée en avril, elle consiste à réduire les allocations pour les locataires sociaux disposant d’une chambre « vide »]. Et l’UKIP veut que nous sortions de l’Europe pour que le pays soit plus fort.» L’Union européenne? «Elle n’a rien fait pour empêcher les agences de recrutement de nous exploiter.» Quant au vote UKIP, «ce serait un bon coup de pied aux fesses des autres partis, des immigrés illégaux qui sont trop nombreux, et des Anglais qui partent faire le djihad».

«Anglaise et blanche»

Sur la question de l’immigration, sa collègue Candice Roberts est intarissable. «Les Polonais et les Asiatiques, on leur donne plus d’heures qu’à nous. Je le sais: j’ai beaucoup d’amis asiatiques. Ils font 60 heures de travail par semaine quand j’en ai 40 », assure-t-elle. Dans ses explications sur les horaires de travail, le mot «work» revient souvent. Elle le prononce avec l’inimitable «r» guttural du «scouse», l’accent de Liverpool, qui évoque le «ch» allemand. «Si on donnait moins de travail aux étrangers, poursuit-elle, ils pourraient porter plainte pour discrimination.» Pour l’heure, c’est elle, Candice, née à Liverpool, qui se sent «discriminée». «Parce que je suis anglaise et blanche, lance-t-elle. Et parce que je dis tout haut ce que je pense et demande pourquoi on n’a pas de travail.»

Même à propos de l’agence qui l’emploie avec si peu de ménagement, elle a son idée : «Elle est tenue par des juifs», murmure-t-elle. Cela ne l’empêchera pas de voter «probablement» Labour, comme elle l’a toujours fait. A moins qu’elle n’«oublie» le jour du vote, comme lors des élections européennes. «Quelquefois, je pense que c’est une perte de temps et je m’en moque.»

 Jusqu’aux années 1980, les travailleurs exprimaient collectivement leur mécontentement: ils défilaient, se réunissaient. Dans une manifestation, il est difficile d’accuser son voisin de vous prendre votre travail. Aujourd’hui, ils souffrent dans la solitude, chez eux, et tendent à montrer du doigt l’étranger, l’immigré», commente Barry Kushner. La montée de la xénophobie dans les quartiers populaires commence à inquiéter vivement le Labour, surtout depuis que l’UKIP, le 9 octobre, a failli, lors d’une législative partielle, ravir un siège de député dans un fief du Parti travailliste, à Heywood and Middleton, en grande banlieue nord de Manchester.

McDonald’s serait le plus gros pourvoyeur de contrats «low-cost»: 90 % de ses 83’000 employés au Royaume-Uni.

Pour Barry Kushner, élu du quartier défavorisé de Norris Green (8 % de chômeurs et 45 % d’enfants en situation de pauvreté), dans le nord-est de Liverpool, où vivent bien des ouvriers de la biscuiterie Jacob’s, la question des zero hour contracts est le type même des dossiers difficiles que les politiques doivent saisir à bras-le-corps s’ils veulent rester crédibles. «Beaucoup de Polonais sont arrivés récemment dans le quartier. Les gens les accusent de leur prendre leur travail. J’essaie de garder le contact avec les uns et les autres, d’expliquer et de faire en sorte que les employeurs implantés à proximité recrutent dans le quartier.» La charte destinée à réguler les ZHC procède de la même idée: montrer aux gens que leurs préoccupations sont prises en compte et traitées, afin de contrer le discours de l’UKIP, qui accuse les grands partis d’ignorer les souffrances de leurs administrés.

Sur les quais de Liverpool

Le «coup» des immigrés qui prennent le travail des Anglais, on ne le fait pas à Peter Evans. Devant sa pinte de bière, dans un vieux pub du cœur de Liverpool aux boiseries chaleureuses, il raconte lui aussi sa vie de travailleur de la biscuiterie suspendu à la sonnerie du téléphone. Il aurait dû être au travail à l’heure de notre entretien. Mais on l’a «annulé» la veille. Il était dans le bus quand l’appel lui est parvenu. Pas la peine de venir demain. «Je ne souhaite à personne de vivre de cette façon. Cette incertitude permanente sur mon temps comme sur mes revenus affecte toute mon existence : je ne peux plus m’offrir grand-chose, je ne sors plus comme avant et je me sens stressé en permanence»,dit-il doucement en plantant ses yeux bleus tout ronds dans les vôtres.

«Les politiciens n’ont aucune idée de ce que nous vivons. Westminster [le Parlement] est sur une autre planète, au cœur d’une capitale qui absorbe toute la richesse du pays. A Londres, les banques se portent bien. Mais les gens de la City ne se rendent pas compte qu’ici, dans le nord de l’Angleterre, on ne connaît pas la reprise économique.»

Pourtant, l’UKIP ne tente pas cet électeur du Labour qui, fait rare, se dit «socialiste» et refuse d’accuser les étrangers. «C’est trop facile et c’est faux. Sur les quais de Liverpool, des immigrés venus de tous les continents ont débarqué depuis des siècles. Ils ont fait la fortune de cette ville et de ce pays. Pourquoi seraient-ils un problème aujourd’hui? Le problème des zero hour contracts vient du gouvernement, pas des immigrés!» Ancien infirmier licencié au moment de la crise financière, ce célibataire de 50?ans a dû accepter le contrat de l’agence Prime Time après avoir été indemnisé pendant dix-huit mois. «C’est un système idiot et fou. Si nous étions payés normalement, nous paierions des impôts et cela ferait tourner l’économie.»

La prolifération des emplois à bas salaire est telle que cette question commence à préoccuper économistes et fiscalistes, car les prévisions de recettes fiscales ne devraient pas être atteintes en 2014. «La croissance inattendue des bas salaires combinée à la reprise forte de l’emploi signifie qu’une proportion croissante des salaires va être exonérée d’impôt sur le revenu», indiquait, en septembre, le Bureau pour la responsabilité budgétaire, organisme public chargé d’analyser l’évolution des finances publiques. La reprise britannique au prix d’une prolifération d’emplois low cost permettant à peine de survivre est en cause. Le problème dépasse d’ailleurs largement les zero hour contracts : selon Andy Haldane, l’économiste en chef de la Banque d’Angleterre, les salaires réels (compte tenu de l’inflation) ont baissé globalement de 10 % depuis la crise de 2009. Le sujet sera l’un des plus controversés de la campagne pour les élections législatives de mai 2015.

Les rues piétonnes du centre-ville de Liverpool, vaste centre commercial alternant hard-discount et enseignes chics, forment un territoire dont Peter Evans se sent exclu, alors qu’il le connaît comme sa poche depuis l’enfance. «Les gens pourraient penser que j’ai beaucoup de temps libre. En réalité, je ne suis jamais libre. Je n’en ai pas les moyens et je suis toujours à la merci d’un appel.» Ses deux téléphones, son seul luxe, matérialisent sa volonté d’empêcher que ce travail haché et imprévisible ne détruise complètement sa vie personnelle. Quand une sonnerie classique retentit, ce sont ses amis ou sa famille. Sur le numéro connu de son employeur, il a enregistré la musique de «Z-cars», un feuilleton policier de la BBC des années 1960 et 1970 qui est toujours l’hymne de l’Everton Football Club de Liverpool, dont il est supporteur. «J’ai besoin de cette musique familière pour me détendre avant de répondre à ceux qui me convoquent au travail.»

Parfois, comme le jour de notre rencontre, l’ouvrier sous alarme permanente ose même un acte insensé : il «oublie» ce second téléphone, «pour sortir du harcèlement, profiter d’une journée normale, sentir sereinement le temps qui passe». Un geste de défi pour préserver son ultime part de liberté. (Publié dans Le Monde, mis en ligne le 24 octobre 2014)

http://alencontre.org/europe/grande-bretagne/royaume-uni-les-damnes-des-zero-hour-contracts.html

 

 

 

 

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Un dernier, pour la route et pour rire un peu.

Ici, un journaliste fait de son mieux pour décrire le paradis britannique:

 

Le travail est tiré de " Propos recueillis par Anne Eveno"

Qui a-t-elle interrogé ?

   La reine mère, un lord de passage ou feu Winston Churchill ?

   Ou est-ce la main invisible du marché qui aurait aussi une bouche ?

 

 Impossible de le savoir mais une chose est sûre, la bulle immobilière à Londres qui attire les fortunes détournées des oligarchies de Russie, Europe continentale ou Chine gonfle artificiellement l'économie locale et le vœu pieux que les salaires devraient augmenter s'adresse plutôt à ses patrons qu'à la situation en Angleterre.

 

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http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/10/24/l-economie-britannique-est-l-economie-en-forme-actuellement_4512051_3234.html

 

« L’économie britannique est l’économie en forme actuellement »

 

Le Monde.fr | 24.10.2014 à 14h53 • Mis à jour le 24.10.2014 à 15h37 | Propos recueillis par Anne Eveno

 

Même si le rythme ralentit légèrement, l’économie britannique fait preuve d’une vigueur qui contraste avec la mollesse actuelle de ses voisins européens. France et Allemagne en tête. Au troisième trimestre, le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni a progressé de 0,7 %, après une hausse de 0,9 % au deuxième trimestre. Sur un an, la croissance s’élève à 2,8 %.

 

L’économie britannique est-elle particulièrement dynamique ou est-ce un effet de rattrapage pour cette économie qui a particulièrement souffert de la crise financière de 2008 ?

 

L’économie britannique est l’économie en forme en Europe actuellement. Il ne s’agit pas vraiment d’un effet de rattrapage. Le PIB est désormais supérieur de 3,4 % à son pic du premier trimestre 2008.

 

Quels sont les atouts de du Royaume-Uni ?

 

Le premier est la robustesse de son marché du travail. Malgré de faibles hausses de salaires au regard du niveau d’inflation, les créations d’emplois ont soutenu la masse salariale et les dépenses de consommation. La politique monétaire accommodante a également soutenu le crédit aux ménages et à la consommation. Cette même politique monétaire ainsi que des aides gouvernementales ont soutenu le marché immobilier, la construction, ainsi que le moral des ménages. Enfin, le gouvernement a réduit son déficit budgétaire dans une moindre mesure que certains pays européens.

 

Cette croissance robuste va t-elle se poursuivre ?

 

La vitalité de l’économie britannique repose essentiellement sur la consommation, laquelle soutient l’activité dans les services. Les créations d’emplois devraient se poursuivre à un rythme moindre, mais elles devraient permettre de soutenir la consommation au cours des prochains mois. Elles devraient par ailleurs s’accompagner de hausses plus importantes de salaires l’année prochaine. La résorption progressive des surcapacités sur le marché du travail devrait en effet s’accompagner de gains de productivité plus importants et de hausses de salaires. Les ménages, confiants, devraient continuer à peu épargner. La résorption des capacités de production excédentaires devrait par ailleurs inciter les entreprises à poursuivre leurs efforts d’investissement.

 

Dans ce tableau, il n’y a aucun nuage à l’horizon ?

 

L’économie britannique est pénalisée par un environnement international peu favorable. Même si la part du secteur industriel dans la valeur ajoutée brute reste faible, la faiblesse de la zone euro, le principal partenaire commercial du Royaume-Uni, est pénalisante. L’autre point noir c’est le prix des logements qui continue de croître à un rythme soutenu, mais les enquêtes annoncent un ralentissement des transactions et donc des prix.

 

La politique monétaire devrait donc rester très accommodante ?

 

La Banque d’Angleterre n’a pas l’intention d’augmenter son taux directeur avant d’observer des hausses significatives de salaires afin de ne pas pénaliser les ménages fortement endettés. Elle souhaite par ailleurs continuer à soutenir l’investissement des entreprises au travers d’une politique monétaire accommodante.

 

    Anne Eveno

    Journaliste au Monde

 

 

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