Pétrole, ne nous prendrait on pas pour des cons ?

La ''flambée des cours du pétrole'' suite aux attaques de drones en Arabie Saoudite est elle réelle ou pas ?

Pétrole, ne nous prendrait on pas pour des cons ?

Depuis hier, les titres des différents journaux mainstream, que l'on peut facilement trouver sur Google par exemple, tournent tous autour du même sujet, ''jusqu'où la flambée des cours du pétrole ?'', ''Envolée des cours du pétrole : quelles conséquences ?'', ''flambée des cours suite à l'attaque de drones'', etc... (Ici, comme dans la suite du texte, j'ai recopié sans réfléchir les trois premières réponses de Google ; celles ci sont à chaque fois en italique dans le texte).

Il est vrai que la question est importante et que d'ailleurs, elle commence à avoir une influence sur l'économie puisque les mêmes journaux titrent également ''Total voit ses actions dopées par la flambée du pétrole'', ''Faut-il acheter des actions Total pour profiter de la flambée du pétrole ?'', ''Flambée des prix du pétrole, le pdg de Total calme le jeu'', etc...

Il est évident qu'en cas d'augmentation significative du pétrole, les conséquences seront à plus ou moins court terme l'augmentation du prix de l'essence, les différents journaux ne s'y trompent pas puisqu'ils titrent également : ''Carburants : la hausse des prix inquiète les autorités'', ''Des gilets jaunes lancent une pétition exigeant le gel des carburants'', ''Attaque de drones en Arabie Saoudite : une hausse rapide des prix à la pompe'' etc...

A la lecture de tous ces titres, je suis inquiet. Je suis même prêt à l'affolement puisqu'il semblerait qu'il s'agisse là de la seule issue raisonnable, et d'ailleurs à priori celle qui a déjà été embrassée par la grande majorité de ces éditorialistes. Mais au moment même où j'allais céder à la vague qui s'annonce, j'eus une idée bizarre autant qu'inédite de nos jours ; celle de vérifier l'information. Je suis alors tout simplement allé chercher sur Internet l'évolution des cours du baril de pétrole.

La place de Paris est le réceptacle de la cotation journalière du Brent ; baril de pétrole en provenance de la Mer du Nord. Vous allez me dire : mais la Mer du Nord, ça n'a rien à voir avec l'Arabie Saoudite. Vous aurez raison, sauf que le marché du pétrole étant mondial, un problème politique en un lieu quelconque crée immédiatement une tension sur les cotations de toutes les places internationales, donc pourquoi pas sur le cours du Brent à Paris ?

Le graphique 1, ci dessous, représente le cours du Brent sur le dernier mois de cotation, soit du 20 Août environ à aujourd’hui. On y voit effectivement clairement une hausse spectaculaire, entre le 15 Septembre et le 16 Septembre, qui atteint presque 68,00 $ le baril, et qui correspond au lendemain de l'attaque des drones. Il semblerait même, le 16 Septembre, que l'on ait battu un record, en tous cas un record sur la durée représentée par le graphique. Y-aurait-il donc de réelles raisons de s'affoler.

Cotation du Brent à Paris entre le 20/08/19 et le 18/09/19 Cotation du Brent à Paris entre le 20/08/19 et le 18/09/19

Figure 1 : Cotation du Brent à Paris entre le 20 Août et le 18 Septembre 2019

 

Avant de s'affoler tout à fait, réfléchissons un peu. Etudier l'évolution d'une cotation boursière sur une durée de un mois uniquement n'est pas réellement perspicace. Regardons d'abord ce qu'il s'est passé depuis … par exemple le début de l'année. C'est ce qui est représenté sur le graphe de la figure 2.

Cotation du Brent à Paris depuis le début de l'année 2019 Cotation du Brent à Paris depuis le début de l'année 2019

Figure 2 : Cotation du Brent à Paris depuis le début de l'année 2019

 

Ha ! L'information n'est plus tout à fait la même. Effectivement, on voit bien aux alentour du 15 Septembre une augmentation importante et rapide du prix du baril, mais l'on s’aperçoit que ce même prix ayant beaucoup baissé depuis le mois d'Avril, il reste encore une marge importante (de l'ordre de 5,00 à 10,00 $ par baril, avant de rejoindre les plus hauts cours de l'année. Il n'y aurait donc pas d'affolement à avoir ?

Regardons de plus près. Il est vrai que la Mer du Nord n'est pas l'Arabie Saoudite, alors cherchons d'autres cotations. Comme les cotations de Riyad ne me sont pas accessibles, je suis allé chercher celles de New York. Voici la cotation, ci dessous, sur le dernier mois.

Cotation du pétrole : WTI à New York sur le dernier mois Cotation du pétrole : WTI à New York sur le dernier mois

Figure 3 : Cotation du pétrole : WTI à New York sur le dernier mois

La courbe de la figure 3 ressemble quand même beaucoup à celle de la figure 1. Comme si le prix du pétrole sur une place boursière était fortement lié aux cotations des autres places. Comme ci ces cours étaient devenus mondiaux et que la place n'avait pas réellement d'importance ; comme si on était dans une économie globalisée, par exemple !!

Cotation du pétrole : WTI à New York depuis le début de 2019 Cotation du pétrole : WTI à New York depuis le début de 2019

Figure 4 : Cotation du pétrole : WTI à New York depuis le début de 2019

Là encore, la courbe ressemble quand même étrangement à celle de la figure 2.

La seule conclusion qui me paraît viable à la lecture de ces quelques courbes est la suivante : La hausse momentanée n'a duré que 24h, elle s'est très vite calmée et les prix sont revenus à une valeur que l'on peut qualifier de normale par rapport à la période qui précède. Les prix actuels sont tout de même inférieurs à ce qu'ils ont été au printemps (la marge est d'environ 10%). Il n'y a donc aucun affolement sur le prix du baril... sauf à vouloir faire croire et à créer une prophétie autoréalisatrice très juteuse pour quelques uns... ceux-là même qui détiennent les médias ou pas ??

Reste une seule question sans réponse : Nous prend-on pour des cons ?

François

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