Réponse à mon très cher patron de la Société Générale

Dans un bref communiqué en date du 2 mars 2016, la Société Générale ose prétendre que : " Les pseudo-révélations présentées comme telles dans les articles des Inrocks et de Mediapart, au-delà de leur caractère fantaisiste, ont déjà été exposées devant la justice, notamment celle particulièrement farfelue de M. Houbbe, et n’ont pas été retenues par les tribunaux."

Le service communication de la Société Générale, qui par ailleurs exerce des pressions sur les médias, n'en est plus à un mensonge près. 

Son communiqué du 2 mars dernier (http://m.societegenerale.com/fr/content/pageqace?sharing=true), est un exemple du genre.

Les révélations du récent article des Inrocks sont loin d'être fantaisistes, elles sont basées sur la comptabilité même de l'activité de la salle de marché de SGCIB.

Non seulement elles sont basées sur des faits et des pièces jusqu'ici ignorées de la Justice, mais de plus elles ont le mérite d'être franchement plus crédibles que la thèse officielle soutenue par la hiérarchie de la banque depuis le début.

On devine, dans ce communiqué laconique de la banque, la crainte de ce que ces révélations soient considérées comme ce qu'elles sont, un véritable fait nouveau susceptible de justifier une révision du procès. 

 Jugeons plutôt du "caractère fantaisiste", voire "particulièrement farfelu" des révélations en question au regard des explications fournies par nos très cher banquiers :

Entre le 1er janvier 2008 et le 25 janvier 2008, un trader de SGCIB, ex-collègue ou supérieur hiérarchique de Jérôme Kerviel, a encaissé un gain de plus de 2 milliards d'euros. Ce fait, incontestable et incontesté, est en soit une révélation qui n'a rien de fantaisiste ni de farfelu, le compte concerné est même identifié. D'autre part, le dossier judiciaire est formel, ces faits n'ont jamais été révélés auparavant, contrairement à ce que la banque prétend.

 Il se trouve que ce gain a été réalisé sur les mêmes contrats Dax et Eurostoxx50 sur lesquels la banque a réalisé une perte de 6 milliards dans la même période de moins d'un mois. Comment ne pas y voir une relation directe ? D'autant que, pour atteindre un tel rendement, le trader a, pendant le fameux "débouclage Kerviel", opéré des achats/ventes massifs générant des gains quotidiens considérables et très peu de modifications de position directionnelle. 

Comment pourrait-on ne pas faire le lien entre les pertes d'un compte et les gains de l'autre ? D'autant que la banque, sur l'ensemble de son activité sur la période, n'a effectivement pas réalisé la perte annoncée. Les pertes globales de la banque sur cette activité pour la période étant, comme par hasard, justement inférieures, de plus de 2 milliards, au montant des prétendues pertes.

Et encore, il faut préciser ici que sur ces 2,2 milliards de gains, le SF594 en a réalisé 1,8 durant les seuls journées de "débouclage" !

Alors, qu'est-ce qui est vraiment "farfelu" ? Ne serait-ce pas plutôt la thèse éculée de la banque de M.F.Oudéa ? 

D'ailleurs, est-il vraiment sérieux de confier la présidence de la banque (et même de la fédération des banquiers) à M.Oudéa qui, en 2007, a été le directeur financier qui couvrait les positions et les appels de marges géants des traders sans même, prétend-il, vérifier à quoi ils correspondaient. 

En tant que directeur financier, M.Frédéric Oudéa aurait, si la version officielle de la banque était vraie, été en dessous de tout. Il se serait contenté de la réalité virtuelle issue d'un logiciel dédié aux traders et aurait ignoré la réalité comptable. Avouez que pour un directeur financier ce n'est pas flatteur, et pourtant cet homme est ensuite devenu le PDG, les actionnaires ne sont pas rancuniers. 

Non seulement le directeur financier Oudéa, et ses services, n'auraient pas vu les relevés indiquant les résultats réels, mais ils auraient été jusqu'à intégrer des opérations non confirmées ni vérifiées dans les résultats publiés officiellement ! Pour preuve, la banque a été jusqu'à retraiter en 2008 les résultats publiés pour les 3 premiers trimestres de 2007. 

C'est dire si la version officielle, qui fait de M.Oudéa, et de ses services, des benêts qui ne connaissaient pas leur travail, ne colle ni avec le bagage de l'homme, ni avec la promotion qu'il a connu depuis.

Tout ceci est vérifiable, c'est d'ailleurs le principal inconvénient de la thèse rabâchée par la banque; c'est une thèse techniquement fantaisiste et irréaliste qui diffame ses propres services et leur managers. Elle est toute aussi diffamante pour M.Oudéa qui, si elle était vraie, ne serait qu'un incompétent ayant reçu une promotion pour prix de sa cécité. 

 

Philippe Houbé

http://socgen-vs-jkerviel-revision-necessaire.over-blog.com/

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