Retournement de veste et industrialisation de la traitrise en politique !

On le savait déjà, nos hommes et femmes politiques ne sont pas à une contradiction et/ou trahison près, quand il s’agit de protéger leur carrière politique. Une élection en chassant une autre, ténors et élus en place regardent déjà vers les municipales de mars 2020.

On dirait bien que les élections européennes ont fait souffler un vent de panique parmi les anciens partis monolithiques et ex-dominants. C’est chez Les Républicains que la déroute du siècle, avec un score de 8,44%, est la plus visible. Mais, une élection en chassant une autre, ténors et élus en place regardent déjà vers les municipales de mars 2020. C’est là qu’éclate au grand jour toute l’hypocrisie de certains politicards, prêts à tout pour la victoire, même à des alliances jugées contre-nature jusqu’au 26 mai dernier ! Après la déroute vient donc l’heure de la débandade.

Le navire semble couler et les rats s’empressent de le quitter.

On le savait déjà, nos hommes et femmes politiques ne sont pas à une contradiction et/ou trahison près, quand il s’agit de protéger leur carrière politique : le simple examen de la biographie de n’importe lequel d’entre eux le prouve. Quelques uns sont même passés maîtres dans l’art de changer de chemise dès que le vent tourne.

La formule d’Edgar Faure « Ce n'est pas la girouette qui tourne c'est le vent » prend aujourd’hui encore plus qu’hier une ampleur dramatique pour l’éthique en politique. Toutes les excuses que déblatèrent les candidats au changement de costume « spontané » en vue des municipales sont une honte pour les militants de base. Ce sont les seuls à rester sur le carreau en s’accrochant à de vraies convictions, que leurs élus foulent au pieds sans vergogne, préférant le fromage du pouvoir en sacrifiant l’intérêt général par leurs intérêts particuliers.

Industrialisation de la traitrise en politique

Ce n’était que quelques têtes, quelques petits artisans de la traitrise successive… les électeurs y étaient habitués, on les connaissait ! Mais ce qui se passe aujourd’hui est beaucoup plus grave, NOUS devons en prendre conscience !

Profitant des résultats mitigés des européennes, LREM rêve désormais d’imposer un parti unique « de démocratie » face au Rassemblement National et à la France Insoumise, quitte à utiliser la force ou la menace ! LREM met ainsi en place une industrialisation du changement de camp politique, de la traitrise raisonnée.

Et vas-y que ça ose même prendre exemple sur un De Gaulle au sortir des heures les plus sombres de notre Histoire et que ça imagine pouvoir transcender les clivages politiques, alors même que notre France n’a rien de comparable avec celle de 1945 ou de 1958, qu’elle n’a jamais été autant divisée, que les foyers de mécontentement s’allument partout sur le pays et qu’une large part de sa population (sous-estimée par les médias aux ordres) tient LREM et sa figure de proue – à raison pour une très large part – pour responsables de la situation !

De droite comme de gauche, certains anciens opposants d’hier ont déjà cédé à ses sirènes électorales d’aujourd’hui, admettant soudainement et sans scrupule qu’une alliance avec le parti présidentiel n’était enfin de compte pas à rejeter, si elle permettait d’emporter la victoire aux municipales. C’est le cas de Claude Goasguen à Paris, tout remonté qu’il est contre Anne Hidalgo, le même Goasguen qui avait refusé une telle alliance pour les européennes, sous prétexte que LREM n’avait « pas réussi son implantation dans le 16ème » ! On frôle la schizophrénie ! Et il n’est pas le seul de gauche ou de droite à se renier pour continuer à exister.

Séduction ou répression les deux mamelles

Tout y passe pour séduire et rallier à la grande cause présidentielle, autoproclamée seul projet pouvant se réclamer du progrès, face à des extrêmes rétrogrades : invitations dans les ministères, belles promesses d’avenir, etc !

Et non content de ratisser sur les deux bords, LREM joue aussi « les coucous » avec ses propres partenaires ! En effet, au moindre remous de la part des « alliés » présidentiels du MoDem ou d’Agir, bien décidés à conserver leurs fiefs durement acquis au niveau local, les portes claquent et plus personne ne mâche ses mots ! On passe directement par la case menace « tu es avec moi ou contre moi » même avec ses amis, aucune tête ne doit dépasser. Quant aux sens du compromis et du gagnant-gagnant, ils sont aux abonnés absents !

Une démocratie basée sur une dictature rampante?

 Nous l’avons bien assez découvert à nos dépens au cours des derniers mois, mais je le redemande une fois de plus : non mais quel est ce parti, soi-disant démocratique, qui prétend faire table rase des anciennes pratiques douteuses en ne cédant rien sur les convictions alors que dans le même temps il recycle les vieux briscards qui n’ont justement plus de conviction ? C’est quoi ce parti revendiqué du « Nouveau Monde », qui veut assainir le débat alors qu’il refuse ce même débat généré précisément par la diversité des partis et des opinions, qui s’arcboute sur  la pensée « unique et infaillible » du Président, quitte à mentir officiellement si la vérité doit être arrangée ou si le peuple n’est « pas en capacité de comprendre », qui affiche une jeunesse joviale et conviviale tout en jouant à outrance avec les vieilles peurs ou le désespoir des citoyens par le martèlement médiatique d’un soi-disant choix unique et malsain : «  c’est moi ou le chaos et les extrêmes » ?

Où est la démocratie quand le choix imposé devient un non-choix ou un choix « contre » ? Où est le souci du citoyen et de ses intérêts quand seuls comptent les résultats des sondages et les cotes de popularité ? Où est l’éthique quand pour pouvoir « récupérer » les 500 signatures nécessaire pour une présidentielle, on est prêt à tout pour les acheter, de gré ou de force ?

 S’arroger ainsi le monopole de l’humanisme et du progrès, c’est oublier que le peuple peut se réveiller, comme  pour le résultat d’EELV avec ses 12%, signe fort que les Français ne sont pas dupes et qu’ils sont tout à fait capables de faire leurs propres choix au-delà du diktat présidentiel.

Le plus dangereux, dans tout ça, c’est le rétrécissement comme peau de chagrin de notre offre politique, prémices d’un renforcement de l’intolérance pour tout ce qui n’est pas dans la ligne présidentielle. À ce compte-là, si l’on suit la logique de vos sbires serviles (dont vous renforcez les pouvoirs à mesure que les effectifs se rétrécissent), Monsieur le Président, cela fait autant d’électeurs et d’abstentionnistes qui se retrouvent vos « ennemis », réfractaires à votre pensée unique.

Cela va faire de plus en plus de monde à combattre… Et vous osez appeler à l’union nationale derrière vous ? Laissez-moi rire, jaune pour l’instant !

 Philippe Pascot

- Écrivain et conférencier

- Auteur du livre "Pilleurs de vies - septembre 2018 aux éditions Max Milo
- Chevalier des Arts et des Lettres

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