Monsieur Hollande, dimanche, c'est l'heure des choix, n'est ce pas ?

 Vous avez intégré dans votre équipe de campagne des hommes de grands talents qui, dit-on, gèrent avec succès les villes de Dijon et de Lyon. Outre le fait de vous entourer, ces deux maires de communes historiquement de droite ont en commun un certain discours et une attitude très ferme à l’endroit de certains citoyens européens.

 

Vous avez intégré dans votre équipe de campagne des hommes de grands talents qui, dit-on, gèrent avec succès les villes de Dijon et de Lyon. Outre le fait de vous entourer, ces deux maires de communes historiquement de droite ont en commun un certain discours et une attitude très ferme à l’endroit de certains citoyens européens.

A Dijon, François Rebsamen déclarait à propos des roms: "L'occupation illégale de terrains publics ou privés n'est pas permise. Les maires ont raison de saisir la justice pour les expulser", (Le parisien, 3 septembre 2010)

Il allait même au delà en regrettant que la politique menée par le gouvernement contre les roms rendait sa propre politique d’exclusion plus compliquée : " La politique spectacle du gouvernement est tellement nulle que les expulsions des terrains sont de plus en plus dures à faire ! "

On le plaindrait presque… A force de stigmatiser les roms, de les expulser, de les pourchasser, on ne peut même plus, localement, les chasser tranquillement.

 

A Lyon, Gérard Collomb lui emboîtait le pas quelques jours plus tard. Il demandait à Nicolas Sarkozy d'«arrêter de stigmatiser» les roms, sous peine de ne plus pouvoir «procéder à aucune expulsion, parce que c'est devenu une affaire pratiquement de droit européen et international». (BFM, 14 septembre 2010)

Sur le terrain, monsieur Collomb est le champion toutes catégories des assignations en référé de roms. Dès que des familles s’installent sur un terrain ou un immeuble appartenant à la ville ou au Grand Lyon, il demande leur expulsion en urgence. Ces derniers jours, il est à l’origine de l’expulsion de plus de 300 personnes dont plus d'une centaine d'enfants.

Mais monsieur Collomb ne se contente pas d’expulser les roms de ses terrains. Il n’hésite pas non plus à contourner les décisions judiciaires en prenant des arrêtés municipaux pour expulser, même quand il s’agit d’un propriétaire privé. Ainsi en novembre 2010, il a jeté à la rue 70 personnes, au milieu d’une tempête de neige, le jour même où le tribunal, saisi par le propriétaire, allait rendre sa décision.

Le dernier exemple en date est édifiant. Des roms qui viennent d’être expulsés de Saint Fons se sont retrouvés à Surville, sur un terrain appartenant au Grand Lyon déjà occupé par d'autres familles. Ce terrain qui abrite également une aire pour gens du voyage est régulièrement squatté depuis 2004 au moins, preuve s’il en fallait de l’absence de projets à cet endroit.

Qu’à cela ne tienne… Ce n’est pas parce qu’un terrain est abandonné qu’on va laisser des roms s’installer dessus…

Monsieur Collomb, en sa qualité de Président du Grand Lyon, a fait valoir que cette occupation illicite constituait une atteinte à son « droit de propriété constitutionnellement protégé ». En plus, rendez-vous compte, souligne son avocat devant le tribunal, ces gens là n’ont ni eau, ni électricité et ils produisent des déchets… Feignant de découvrir qu’un squat, ce n’est pas un hôtel 4 étoiles.

En face, les occupants font valoir que leurs cabanes et leurs caravanes constituent leur logement puisque malgré leurs demandes répétées, et pour certains d’entre eux la décision favorable de la commission DALO de leur attribuer un logement, ils n’ont pas d’autres solutions. Ils font également valoir que ce terrain a été acquis par le Grand Lyon pour se constituer une réserve foncière, sans aucune perspective d’aménagement à court terme.

Le juge a entendu les arguments des 2 parties et il a tranché. Au passage, il a appelé au respect du droit, pour tous, mais également à un peu d’humanité.

S’il reconnaît que l’occupation du terrain constitue un trouble manifestement illicite et qu’il est légitime de le faire cesser, il rappelle qu’en France, un logement c’est aussi un droit : « l’objectif de valeur constitutionnelle que représente le droit pour toute personne de pouvoir disposer d’un logement décent, exige également que les occupants aient une possibilité effective d’hébergement que le pouvoir public se doit de rechercher et de mettre en œuvre.»

En ce qui concerne l’importance du trouble subi que le propriétaire avance pour demander l’expulsion immédiate, le juge balaie ces arguments d’un revers de la main : « Si les conditions d’occupation actuelles du terrain sont particulièrement précaires, l’huissier n’a toutefois pas constaté de dommage concret ou de trouble matériel occasionné par leur présence… »

Le juge a donc donné un délai de 4 mois et enfoncé le clou : « … La demanderesse (Grand Lyon) n’alléguant par ailleurs aucune nécessité d’utilisation immédiate du terrain concerné» a-t-il ajouté.

4 mois… Un ballon d’oxygène pour ces familles ballottées de squat en squat… Cela devait les conduire à fin novembre. Avec l’entrée en vigueur du plan froid, elles pouvaient ensuite espérer passer l’hiver ailleurs que dans la rue.

Et bien non. Accepter 4 mois des femmes, des enfants, des vieillards, sur un terrain qui ne sert à rien, cette perspective est insupportable pour monsieur Collomb. Il a donc fait appel du jugement. Le couperet est tombé le 5 octobre. La cour annule le délai de 4 mois et prononce l’expulsion immédiate de tous les habitants.

Demain, ces familles seront donc à nouveau jetées à la rue par la police, sous l’œil satisfait de monsieur Collomb. Le préfet pourra se vanter d’un nouveau « démantèlement de campement illicite de Roms » et il en profitera pour distribuer à la volée des OQTF afin d'améliorer ses résultats d’étrangers reconduits à la frontière… Politique totalement inefficace puisque tous reviendront.

Ces familles devront tout recommencer à zéro et elles recommenceront, parce qu’elles ont décidé de faire leur vie ici en France, et rien ne les en empêchera. Ce n’est pourtant pas facile quand on sait que pour certaines, ce sera le 7ième déménagement depuis leur expulsion de Paul Bert, il y a 10 mois.

Le jour de l'expulsion, on n’échappera pas à ces scènes auxquelles personne n’arrive à s’habituer : des enfants qui pleurent, des femmes qui hurlent leur désespoir, des hommes qui portent une ou deux valises ou qui poussent un chariot dans lequel ils vont emporter tout ce qui reste de leur vie. On verra encore les bulldozers rentrer en action et écraser les baraques aux toits colorés et aux intérieurs encore remplis de souvenirs.

 

Alors plutôt que de se les renvoyer de ville en ville, de site en site, ne pourrait-on pas un jour, envisager d’autres solutions ? Il faudrait pour cela des responsables politiques volontaires et courageux. Une espèce en voie de disparition… Sylvie Guillaume, députée européenne socialiste, avait fait des propositions en février… Qu’en est-il ?

 

Je me demandais comment on pouvait se réclamer du socialisme et participer à cette politique désastreuse qui ne fait que renforcer la droite extrême quand je suis tombé sur l’article 1 de la déclaration de principe du Parti socialiste :

« Être socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est, c’est vouloir changer la société. L’idée socialiste relève, à la fois, d’une révolte contre les injustices et du combat pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine. »

« L’émancipation complète de la personne humaine… » C’est beau, ça fait rêver. Ca doit être valable aussi pour les roms, non ?

 

A Dijon ou à Lyon, sous le soleil, la pluie ou la neige, on se fait une autre idée du socialisme. On préfère aggraver les injustices envers les plus démunis et les plus fragiles plutôt que les combattre. On dirait bien que la chasse aux voix des électeurs d’extrême droite est déjà ouverte. Il n'y a plus de saison.

 

Un dimanche, dans la torpeur du mois de juillet pour répondre à une sortie nauséabonde du Front National à propos du massacre d’Oslo, la première secrétaire du PS avait pourtant déclaré : "Il est temps d'instaurer une digue entre la République et l'extrême droite". Il serait bon que les responsables politiques qui se proclament républicains s’en inspirent et commencent à construire cette digue en revoyant leur politique à l’égard des roms.

En son temps, un autre maire de Lyon, qui n’était pourtant pas socialiste, avait dit: "Je préfère perdre une élection plutôt que de perdre mon âme...". Une autre époque.

 

Alors, monsieur Hollande, dimanche je dois choisir. Comme je l’espère des millions de citoyens qui participeront à ce formidable exercice démocratique que sont les primaires et qui rend la droite folle de rage. Mais avant de choisir, j’aimerais que vous m’éclairiez sur vos propres choix.

 

Quand le droit de propriété s’oppose ainsi au droit au logement, lequel choisissez vous de défendre ? A votre avis, qui a le plus besoin de la protection des pouvoirs publics ? Le propriétaire ou le sans-abri ?

Je connais les réponses de messieurs Rebsamen et Collomb. Mais vous, qu’en pensez-vous ?

 

Et puis,... Si jamais vous remportiez l’élection présidentielle, je vous en prie, ne nommez pas messieurs Rebsamen ou Collomb aux ministères de l’intérieur ou du logement. On verrait trop rapidement que rien ne change pour les plus démunis.

Cela ferait trop mal, trop vite... Après ce que nous venons de vivre pendant 5 ans, on a vraiment besoin de rêver que tout peut changer.

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