Le changement, c'est pour quand ?

 En France, la politique d’expulsions massives de citoyens roumains continue malgré l’élection de François Hollande. Jeudi 10 mai 2012, une centaine de citoyens roumains a été expulsée de Lyon, comme au bon vieux de temps de Sarkozy et Guéant.

 

En France, la politique d’expulsions massives de citoyens roumains continue malgré l’élection de François Hollande. Jeudi 10 mai 2012, une centaine de citoyens roumains a été expulsée de Lyon, comme au bon vieux de temps de Sarkozy et Guéant.

Les personnes avaient rendez-vous à 7h30 à Perrache, au bout de la presqu’île, loin des regards des passants, comme si ces expulsions honteuses devaient passer inaperçues.

Comme les fois précédentes, les associations présentes sur place ne connaissaient pas les personnes qui embarquaient dans les cars à destination de l’aéroport de Satolas. Certaines confiaient qu’elles étaient arrivées en France il y a quelques semaines seulement.

Ces expulsions qui ne veulent pas dire leur nom, sauf pour Guéant lors de son bilan annuel, sont maquillées grâce à l’aide au retour humanitaire, l’ARH. (1)

Dans les textes, l’ARH est réservée « aux étrangers en situation de dénuement et de grande précarité séjournant en France depuis au moins trois mois ».

Dans les faits, cette aide de 300 € par adulte et 100 € par enfant est généreusement distribuée sans aucun contrôle sérieux sur la durée du séjour en France. « C’est du déclaratif » répond l’OFII.

 

Le top départ de cette politique absurde a été donné par Nicolas Sarkozy lors du discours de Grenoble en juillet 2010 et de la circulaire du 5 août. Il s’agissait alors d’ouvrir la chasse aux roms et d’ériger en grande cause nationale la stigmatisation des étrangers.

 

En novembre 2011, le Comité Européen des Droits Sociaux (CEDS) a pourtant qualifié les expulsions collectives de roms comme étant  "discriminatoires" et "contraires à la dignité humaine" car fondées sur l'origine ethnique des personnes concernées.

Il s’agit d’ « une violation aggravée des droits de l'homme" selon le Conseil de l’Europe.

Même le prétexte des retours volontaires est balayé par le CEDS:

« Ces retours dits volontaires ont en pratique déguisé des retours forcés sous forme d'expulsions collectives ».

Le texte souligne qu’on ne peut parler de retours volontaires quand ces retours sont acceptés « sous la contrainte de l’évacuation forcée et la menace réelle de l’expulsion du territoire français. » (2)

 

Le dernier gouvernement de Sarkozy a remis sa démission jeudi 10 mai après-midi. Jusqu’au bout il aura appliqué sa politique nauséabonde à l’égard des étrangers, politique rejetée par une majorité de français. Nous en sommes désormais débarrassés et c’est tant mieux.

En revanche, le Directeur de l’OFII, c’est toujours Arno Klarsfeld. Celui qui nous explique en substance qu’on peut bien renvoyer les roumains chez eux car la Roumanie, ce n’est pas Auschwitz (3)

Le préfet du Rhône, c’est toujours Jean-François Carenco. Celui qui jette à la rue des centaines de personnes à la fin du plan froid, démantèle avec zèle les camps de roms et met des nourrissons en prison. (4)

 

Le changement, c’est maintenant, nous a promis François Hollande lors de sa campagne.

Le vrai changement c’est pour quand ?

 

(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/080212/gueant-et-les-etrangers-attirer-plus-pour-expulser-plus

(2) https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?Ref=CEDS-63/2010&Language=lanFrench&Ver=original&Site=COE&BackColorInternet=C3C3C3&BackColorIntranet=EDB021&BackColorLogged=F5D383

(3) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/220911/la-roumanie-nest-pas-auschwitz-mais-ici-cest-deja-vichy

(4) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/200312/un-nourrisson-en-prison

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