La France renoue avec les expulsions massives de Roms par charter

Ce matin, mardi 20 septembre 2011 à 7h30, quai Perrache à Lyon, 2 cars d'une capacité de 50 places chacun ont emmené des citoyens roumains à Satolas pour prendre un charter spécialement affrété direction la Roumanie.

Ce matin, mardi 20 septembre 2011 à 7h30, quai Perrache à Lyon, 2 cars d'une capacité de 50 places chacun ont emmené des citoyens roumains à Satolas pour prendre un charter spécialement affrété direction la Roumanie. Un troisième car devait les rejoindre depuis Saint-Etienne. Le caractère massif (entre 130 et 150 personnes d'un coup) de l'expulsion ne fait plus aucun doute

Toutes les personnes avaient accepté « l'aide au retour humanitaire» proposée par l'OFII. Attention, il ne s'agit là que d'un déguisement qui dissimule mal une politique d'expulsion massive et ciblée sur des citoyens de l'Union Européenne.

Tout d'abord, d'après les associations présentes sur place, la quasi totalité des personnes expulsées n'était pas connue. Cela signifie qu'elles étaient en France depuis peu de temps et en discutant avec certaines d'entre elles on apprenait qu'elles étaient même venues spécialement pour toucher la prime de 300 € par adulte et de 100 € par enfant.

La course aux 30 000 expulsions annoncées par Claude Guéant et les primes incitatives ont donc créé un véritable appel d'air. Au lieu d'avoir moins de citoyens roumains, cette politique incohérente en attire de plus en plus.

Cette politique est ensuite totalement inefficace. Toutes les personnes expulsées ont le droit de revenir immédiatement sur le sol français en leur qualité de membre de l'Union Européenne. Ont le droit, ou plutôt avaient le droit.

Depuis septembre 2011 et l'application de la nouvelle loi Besson, l'état français délivre aux citoyens roumains des OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français) pour séjour de moins de 3 mois. Auparavant c'était plus de 3 mois... Cette disposition est conservée, mais maintenant a rajouté l'abus de droit de court séjour de moins de 3 mois.

Ce faisant, la France est en train de fermer l'accès de ses frontière aux citoyens roumains, ou plutôt, comme c'est illégal, elle les laisse rentrer, mais leur donne immédiatement un ordre d'expulsion.

En résumé, si vous êtes roumain, vous n'avez pas le droit de venir en France plus de 2 fois, sinon cela constitue un abus de court séjour. Bien entendu cette disposition n'est pas appliquée aux autres étrangers, sinon, la France perdrait ses 70 millions de touristes...

Enfin, cette politique d'expulsions a un coût. On peut l'estimer à 600 millions d'euros. Une commission sénatoriale avait estimée le coût d'une expulsion à 20 000 €. (multiplié par l'objectif de 30 000)

Le gouvernement cherche à faire des économies. S'il arrêtait d'expulser massivement des citoyens roumains, il pourrait économiser 300 millions d'euros (la moitié environ des personnes expulsées depuis le début de l'année sont des citoyens roumains)

La semaine précédente a vu l'expulsion de leurs lieux de vie de plus de 450 personnes roumaines installées en France depuis plusieurs années puis leur traque à travers toute l'agglomération pendant plusieurs jours pour finalement être ré-installés par la police elle-même dans des squats existants Aujourd'hui, on assiste à l'expulsion de roumains spécialement venus pour cela en leur donnant l'argent du contribuable...

Si vous trouvez la logique de tout cela, merci de me l'expliquer.

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