Le Front National, symbole de la résistance aux oppressions ?

 

Le Front National, symbole de la résistance aux oppressions ?

 

Le Front National serait-il le Janus politique de notre époque ?

Il est à la fois le parti d’extrême droite, xénophobe, antisémite, ultra catholique, antirépublicain, remettant en cause la laïcité, la neutralité de l’Etat, et dont une part des électeurs adhère à ses valeurs.

Ordre-Travail-Famille-Patrie.

Le parti d’une France blanche, masculine, traditionaliste plus que traditionnelle, ultra-libérale plutôt que sociale, soumise au chef plutôt qu’à l’égalité.

 

Ce Front National est aussi à la fois le parti qui se pose aujourd’hui et qui est considéré par nombre de Français, comme celui des « petits », des « sans grades », des sacrifiés, des précaires, des déconsidérés, des exclus…… « des OUBLIéS ».

 

Une face qui trace le chemin vers l’extrême droite – une face qui laisse entendre un discours national-socialiste, attirant à elle « ces oubliés ».

 

Il construit depuis un certain temps maintenant son discours sur les précarités, les insécurités, les peurs, les colères, les ignorances, explorant les recoins sombres du repli sur soi.

 

Le Front National parvient aujourd’hui à proposer une série de réponses symboliques à ces sentiments, à ces situations personnelles et sociales qui génèrent des attentes urgentes, importantes.

Des réponses, à l’écoute, au secours,  à la considération, au respect, à la place à laquelle chacun de nous aspire dans la société et attend de la société.

 

L’absence assourdissante de réponse « des élites » au pouvoir face aux attentes des Français, depuis tant d’années, le dédain non feint de ces mêmes élites face aux classes dites populaires et moyennes qui regroupent plus de 80% de la population, conduisent bon nombre d’entre nous à l’écœurement, au sentiment d’impuissance, à la sidération.

 

Ce sont bien souvent les mêmes constats qui poussent le parti des abstentionnistes à hurler son ras le bol, son dégoût, son rejet, sa peur, sa colère, sa souffrance, voire sa haine, à travers un refus de participation à ce qui vient à en être considéré comme une mascarade, un jeu de hasard aux dés pipés, élection après élection, à de rares exceptions près.

 

Le Front National c’est aussi des réponses claires et simples, c’est aussi des slogans qui claquent et se retiennent, c’est encore des réponses qui vont au-delà du pragmatisme et qui interpelle l’identité.

Des réponses qui reconstruisent une identité mise à mal par la crise qui dure depuis plus de 30 ans maintenant, mise à mal par la mondialisation, mise à mal par les marchés, mis à mal par l’étranger.

 

Réponses symboliques de résistances à travers le referendum et la nationalisation du pouvoir de décision face au déni démocratique Européen.

Réponses symboliques d’alternatives à travers la dénonciation de la mondialisation face à l’hégémonie de la finance.

Réponses symboliques d’éthique à travers l’exigence de justice et le renouvellement, rajeunissement et féminisation des élus face à la corruption généralisée « des élites ».

Réponses symboliques de préservations et de promotions de la culture Française à travers la préférence nationale face à une dilution dans une Europe illisible, éloignée et étrangère.

Réponses symboliques de prises en compte en matière sociale et d’emploi à travers la souveraineté nationale, la protection douanière face à la paupérisation et la peur du chômage.

Réponses symboliques de protections et de sécurités à travers le rejet des étrangers qui prennent « ce qui me manque à moi, Français », face aux évolutions chaotiques d’une société mondialisée ultra-médiatisée.

 

Il est acquis, si vous avez lu le programme du Front National, que la plupart des solutions proposées qui découlent de ces réponses symboliques n’amélioreront en rien de manière durable le quotidien du peuple.

Mais l’illusion vaudra tant qu’elle n’aura pas été vécue par ces mêmes populations, d’autant que les partis au pouvoir continueront à ignorer ces attentes, dans un cadre d’austérité, de chômage, de précarité, de main mise des marchés sur la société et la politique.

 

Alors que faire ?

S’il me semble peu probable de pouvoir entrer en contact de manière durable et constructive avec la plupart des électeurs qui défendent les valeurs du Front National énoncées plus haut, il m’apparait important de ne pas oublier que le travail politique, social, d’information, de discussion, de lien ne doit pas cesser avec « ces oubliés ».

 

Malgré la défaite électorale, ou la non victoire de notre camp social, selon l’appréciation de chacun, malgré la sidération ou la colère, l’incompréhension ou la révolte que nous pouvons ressentir, nous devons absolument éviter d’entrer dans un processus de rejet, d’opposition frontale et indifférenciée avec cet électorat. Les jugements à l’emporte-pièce, la déconsidération, les moqueries, les insultes et le dédain ne doivent pas envahir nos réactions. Notre réflexion et nos actions ne doivent pas se parer des caractéristiques de cet ennemi qu’est le Front National et les idées qu’il véhicule.

 

Le travail militant, l’investissement social, associatif, politique, syndical, nos relations avec nos voisins, nos collègues de travail, doivent plus que jamais, être l’occasion de garder le lien, de façonner une réalité qui dépasse les slogans et qui porte d’autres perspectives. C’est aussi une des conditions afin d’éviter l’exacerbation des antagonismes voire l’explosion fratricide.

 

Les camarades que je côtoie ont tous acquis, à force de formation et de travail, une réflexion, des compétences, dans de nombreux domaines et les emploient de manière la plus pédagogique possible.

Je ne doute pas que ce travail soit fait partout.

Mais visiblement, cela ne suffit pas dans ce moment de recomposition politique et de mutation de nos sociétés.

 

Je perçois quelques manques dans nos approches.

Il me semble qu’il ne nous sera plus permis de jouer sur plusieurs tableaux comme nous l’avons fait sur la dernière série d’élections.

Le parti socialiste n’est pas un parti avec lequel nous pouvons travailler. Nous payons encore cette erreur.

Le rassemblement, les rassemblements de la gauche radicale, avec ou autour du Front de Gauche ne pourront plus fonctionner que sur la base d’un programme anticapitaliste clair.

Il faudra faire le deuil pour un certain nombre de camarades de la course aux mandats.

 

De la même façon qu’il est impératif d’entendre l’attente d’une part grandissante de la population concernant la démocratie participative : une prise en compte de la réalité sociale dans toutes ces dimensions est nécessaire autant que de l’éthique en politique: un certain nombre de nos camarades devront faire le deuil de toutes les formes de cumuls des mandats.

 

Enfin, au-delà de la nécessité de réponses aux attentes de la population d’un point de vue pragmatique, ce que nos pratiques républicaines rendent possible, il nous est nécessaire aujourd’hui plus que jamais d’être capable de proposer une nouvelle Histoire, porteuse d’avenir et d’immédiateté, porteuse d’espoirs et de changements, porteuse d’identités sociales partagées et de sécurité.

Quelles sont les Utopies dont nous sommes porteurs aujourd’hui ?

Quelles sont celles qui sont repérables et repérées par la population ?

 

 

Hardis camarades, nous avons encore un peu de travail pour accoucher de ce nouveau monde !

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