En Israël avec Sarkozy : Christian Estrosi, expert en mélange des genres

Christian Estrosi, député-maire de Nice, président de la Métropole Nice Côte d’Azur et candidat à sa propre succession aux élections municipales de 2014, vient de faire une nouvelle démonstration à l’occasion de son déplacement en Israël, qu’il est un expert en mélange des genres. Politique, finances, relations entre les sexes… tout est prétexte pour lui à jouer au bonneteau, qui consiste à placer un objet (généralement une pièce de monnaie) sous un pot renversé pour la faire disparaître et réapparaître sous un autre. Tout ça au nez et à la barbe des contribuables et des électeurs, qui comme à Barbès, sont les pigeons de l’affaire. Depuis toujours, cette passion pour la prestidigitation (définition : art de produire des illusions par le biais de trucages et manipulations divers) est le credo et le fil rouge de la carrière politicienne(d’autant plus qu’il n’en a jamais eu d’autre) du Fils de Nice.

L’origine remonte à l’affaire du Golf Club de Nice, qui pour en avoir suivi d’autres, fut la première à « bénéficier » d’un fort relais médiatique. Elle est dans la mémoire vive de tous les Niçois de plus de 40 ans et les autres peuvent la trouver sur le web en un clic. Pour résumer, en 1989, l’intéressé, alors conseiller général, avait obtenu une subvention de 750 000 francs au bénéfice d’une association chargée de la promotion du Golf Club de Nice, laquelle subvention avait finalement été encaissée par une société privée du même nom gérée par l’épouse de Christian Estrosi. Aucune intention délictueuse en l’espèce, bien entendu, (même si l’argent n’a jamais été et ne sera plus jamais remboursé aux contribuables), juste un mélange des genres.

Plus récemment – pour faire court -, après que le député Christian Estrosi ait voté à l’Assemblée nationale contre la loi en faveur du mariage pour tous, le maire Christian Estrosi a publiquement exprimé sa joie à l’idée de pouvoir bientôt marier des personnes du même sexe. Ou qui en ont changé. Mélange des genres. De tous les genres.

Entretemps, en juillet 2012, Christian Estrosi, président-fondateur de l’Association des Amis de Nicolas Sarkozy, a fait l’objet d’une plainte de l’association Anticor06 (dont l’objet est la lutte contre la corruption) pour « détournement de biens publics ». Le député Christian Estrosi avait utilisé le service du courrier de l’Assemblée nationale (financé par l’ensemble des contribuables français) pour envoyer aux résidents niçois des bulletins d’adhésion à l’association des amis de son ami de 30 ans. Mélange des genres.

Peu après, le maire Christian Estrosi mettait le site des arènes de Cimiez, dans le quartier chic de Nice, à la disposition de l’association des potes à Nico (présidée par le citoyen Christian Estrosi) pour un raout le week-end du 24 août 2012. Une mise à disposition gratuite de l’espace public, ainsi que de policiers municipaux, alors que la fiesta donnait lieu à la vente avec bénéfices de fanfreluches au profit de l’ancien président de la République nécessiteux (nécessiteux sans doute de retrouver un job, le gîte et le couvert à l’Elysée). Or, la vente de produits avec bénéfices entraîne « normalement » (et juridiquement aussi, quand même) l’obligation de faire payer une redevance pour l’occupation du domaine public. Mélange des genres…

Le déplacement de Christian Estrosi en Israël le 24 mai dernier pose à nouveau cette question récurrente du mélange des genres.

Premier acte, Christian Estrosi a effectué cette visite en Israël au côté de Nicolas Sarkozy, au bénéfice (politique) duquel il préside l’Association des Amis de l’ancien Président de la République.

Deuxième acte : à la suite de cette visite, Valérie Hoffenberg, la candidate UMP à la députation pour représenter les Français de l’étranger, « remercie chaleureusement Christian Estrosi d’être venu me témoigner son soutien et son amitié à Israël lors de cette rencontre publique à Netanya». Ce remerciement publié sur le blog de la député et illustré par une photo des intéressés devant un panneau qui proclame : « Bienvenue M. Estrosi, maire de Nice, soutien de Valérie Hoffenberg ».

Troisième acte, sur le site de Christian Estrosi, sa visite en Israël est présentée selon une version totalement différente : « Christian Estrosi, Député, Maire de Nice, Président de Nice Côte d’Azur, Président du Réseau des Villes Euromed, s’est rendu à Netanya pour célébrer le 45e anniversaire du jumelage entre Nice et Netanya, en présence de Martine Ouaknine, Adjointe au Maire de Nice, Conseillère Métropolitaine. »

Pourquoi faire… et aux frais de qui ?

Au vu de ce mic-mac, on peut se demander, à l’instar du responsable d’Anticor 06, Jean-Christophe Picard, à quel titre le député-maire-candidat aux municipales-président de la Métropole-vice président de l’UMP-président de l’Association des Amis de Nicolas Sarkozy s’est rendu en Israël et surtout, question absolument pas subsidiaire car fondamentale en l’occurrence, aux frais de qui ?

- puisqu’il a accompagné l’ancien président de la République, son déplacement a-t-il été financé par l’association des amis de Nicolas Sarkozy ? Question subsidiaire : ces « amis » de Nicolas Sarkozy sont-ils pour autant « amis » d’Israël, car si ce n’est pas le cas ils sont en droit de demander des comptes sur l’usage de leurs cotisations.

- S’il est allé en Israël en tant que maire de Nice jumelée avec la ville israélienne de Netanya, cette visite a-t-elle été financée par les contribuables niçois ? Auquel cas, autre question pas du tout subsidiaire, ceux-ci sont-ils tous militants UMP et satisfaits que leurs impôts soient utilisés pour aller soutenir une candidate à la députation pour représenter les Français de l’étranger ? (sans doute y a-t-il des Niçois en Israël, mais combien, et est-ce qu’ils votent tous UMP ?)

- Si Christian Estrosi s’est rendu à Netanya en tant que vice-président de l’UMP venu apporter son soutien à la candidate du parti aux élections législatives partielles pour les Français de l’étranger, ce déplacement a-t-il été financé par l’UMP ? Si c’est le cas, pourquoi le maire a-t-il justifié ce déplacement par la célébration du jumelage entre les deux villes ? Sinon, bis repetita, les Niçois sont-ils tous militants UMP et satisfaits que leurs impôts soient utilisés pour aller soutenir une candidate etc… ?

Bref, une fois de plus, Christian Estrosi est pris la main dans le sac (de nœuds) du mélange des genres. Au point que l’on peut, encore, se poser une question : sait-il lui-même où il en est (où il va…), ce qu’il fait et avec l’argent de qui ?

L’Intrus

 

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