LETTRE OUVERTE A BENOIT HAMON

 Cher Benoît Hamon,

 hier soir, j'ai entendu ton interview sur CNEWS où tu disais beaucoup de choses intelligentes, mais en particulier que te ne voulais pas devoir en 2030 expliquer à tes enfants pourquoi on avait raté le virage nécessaire de 2017 pour la planète.

 Je respecte ta loyauté. Je respecte que tu sois resté fidèle à ton parti. Je respecte que tu sois également resté fidèle au programme qui a conduit ce parti au plus haut sommet de l’État.

 Maintenant, il est l'heure d'en faire le bilan. Que t'a rapporté cette loyauté ? De te faire honnir en étant dépeint par « tes amis », comme le responsable d'un quinquennat qui sans n'avoir connu que des échecs, a cependant failli en grande part. Tu as reçu, au lieu de leur soutien et malgré la légitimité que t'a apportée la primaire, la division des membres de ton parti, y compris pour l'un d'entre eux et non des moindres, en allant jusqu'à renier son engagement écrit.

 A cette heure, tu dois faire ton examen de conscience. A qui dois-tu la plus grande loyauté ?

 La dois-tu aux générations futures, comme tu l'affirmais hier, où la dois-tu à un parti, à des professionnels de la politique qui se débandent et ne manquent pas une occasion de te trahir pour sauver leurs places de caciques cacochymes ?

 A ce stade, tu as sans doute déjà compris quel sera l'axe vers lequel je penche. Mais je ne te demande pas de suivre mes avis, je te demande de prendre une décision personnelle, en conscience, et en fonction de tes propres critères.

 Demain matin, tu seras le dernier candidat à passer « l'entretien d'embauche » sur BFMTV avec Jean-Jacques Bourdin. A quelques heures de la fin de la campagne officielle, tu y bénéficieras d'un impact médiatique maximal.

 Et il y aura à ce moment-là une alternative. Et cette alternative peut avoir des répercussions planétaires et historiques, rien moins.

 Je souhaite que tu prennes pleinement conscience de cela, et des deux possibilités liées à cette alternative.

 Soit tu persistes. Tu seras alors reconnu par tes pairs du PS (du moins ce qu'il en restera), comme le continuateur, peut-être même le sauveur d'une « certaine idée de la gauche ». Mais pour combien de temps ? Et au prix de quoi ? Très certainement au prix d'un second tour Le Pen – Fillon, Le Pen - Macron ou Fillon – Macron, trois hypothèses qui me semblent toutes aussi cauchemardesques les unes que les autres. Et dans les trois cas, le virage d'urgence écologiste que tu appelles de tes vœux sera raté.

 Soit tu te résignes à ce que la France Insoumise soit très largement mieux placée et largement plus en mesure que toi et le PS de représenter les valeurs progressistes au deuxième tour. Prendre cette option demande du courage. Cette décision ne peut être prise que par un homme d'exception. Que par un homme qui démontrera ainsi qu'il est capable de se dépasser, de se sacrifier, pour le bien commun, pour l'avenir de nos enfants. Bien sûr, dans ce cas de figure, tu seras lynché, autant par les médias que par les politiciens. Mais une fois de plus, pour combien de temps ? Et que diront alors de toi les livres d'Histoire. Crois-tu que lors de lancer l'appel du 18 juin, le Général de Gaule ait pensé à des postes législatifs, présidentiels ou ministèriels ? Crois-tu qu'il se soit intéressé aux finances de l'un ou l'autre des partis politiques ?

 En relisant mes deux derniers paragraphes, j'ai l'impression de les avoir écrits à l'envers. En fait, j'aurai du dire : « Soit tu persistes à vouloir sauver l'avenir et la planète, soit tu te résignes à n'être qu'un politicard lambda », peut être l'un des pires car l'on saura que tu avais conscience des conséquences de ton choix.

 Demain, cher Benoît, tu as rendez-vous avec l'Histoire. Je t'écouterai avec attention et souhaite de tout mon cœur que tu aies la force du sursaut attendu par une multitude.

 Fraternellement

Philippe Coulonges

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