« Les idiots utiles de l’islamisme conquérant » selon Brice Couturier.
Extrait de la chronique « Les idiots utiles de l’islamisme conquérant » (France culture 20 avril 2016).
Comment est-on passé, en une génération, du mythe de Che Guevara, figure romantique, au culte d’un Hugo Chavez, l’homme du slogan « Qu’ Israël soit maudit ! » C’est qu’entre le Che et le commandante, la gauche radicale s’est inventé un nouvel ennemi absolu, un Etat minuscule, Israël, devenu le dernier Grand Satan. L’Etat des Juifs passe dorénavant pour « l’axe du mal de l’univers », la cause de tous les malheurs du monde. Et de rappeler comment certains propos honteux sont passés comme lettre à la poste. Ainsi, Stéphane Hessel, déclarant dans un journal allemand (!) « J’affirme ceci : l’occupation allemande était, si on la compare à celle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive. »
C’est aussi cette institutrice qui refuse de défendre un enfant juif, persécuté par ses condisciples, au nom de la souffrance des Palestiniens. Ce sont ces anciens camarades qui défilent au coude-à-coude avec des hommes pleins de haine, le visage caché du keffieh, criant : « mort aux Juifs ! » Lorsque Ilan Halimi est séquestré, torturé, assassiné, le caractère antisémite du crime est longtemps nié. Lorsque Mohamed Merah assassine des enfants juifs dans une cour d’école, il est présenté mensongèrement comme un loup solitaire, un inadapté social. Alors même qu’il filme ses crimes, afin d’envoyer la preuve de ses exploits à Al Jazeera… Comment les victimes de ces crimes, inimaginables dans notre pays il y a 25 ans, ne seraient-elles pas un peu coupables, parce qu’elles sont juives, et leurs bourreaux, un peu innocents, dans le contexte idéologique actuel ?
De leur côté, en effet, nombre de médias intellectuels ne se contentent plus de relayer avec gourmandise tout ce qui est susceptible de nuire à Israël - les livres déments d’un Shlomo Sand, par exemple ; ils font la promotion d’un Badiou– pour qui « le nom Juif devrait disparaître ». Ils dissimulent la vraie nature d’un mouvement clairement antisémite, comme le Hamas. Des intellectuels réputés progressistes pactisent avec des bigots fanatiques, partisans de l’enfermement des femmes et de l’assassinat des homosexuels.
Face à cette montée d’un antisémitisme nouveau, en provenance de milieux qu’on pensait épargnés de cette peste, que faire ? Réponse de Brigitte Stora : « faire tomber les masques » et « exiger le dialogue ». C’est bien le moins…
Réponse à Brice Couturier :
Parler de « Juifs de France » en lieu et place de « Français juifs », induit que ces Juifs seraient d’abord juifs et accessoirement français. Cette substantivation de l’adjectif « juif », comme dirait Mona Ozouf, outre qu’elle fait fi de la mémoire de tous les « israélites » républicains qui ont notamment résisté à l’occupation ou combattu dans les rangs de l’armée française, réintroduit une notion d’ethnicité qui n’était pas revendiquée par les « israélites » et qui peut encourager certains à quitter la France.
Nommer Israël « Etat juif », appellation qui ne date que des années quatre-vingt-dix, c’est avaliser le programme de judaïsation de la Palestine entrepris par les gouvernements israéliens depuis lors. Pourtant un quart de la population israélienne n’est pas juif, si l’on compte les 20 % de Palestiniens et les 5 % de non-juifs dont des centaines de milliers de Russes. Yonatan Touval, analyste israélien, soulignait quant à lui le 29 juillet dans le New York Times (« Israel’s Identity Crisis »), l’incapacité des Israéliens à donner une définition claire du caractère juif de leur Etat. Il rappelait à ce propos qu’aucun autre Etat-nation ne propose pour ses citoyens une nationalité extérieure au territoire de cet Etat., condamnant ainsi certains non-juifs qui demandent la nationalité israélienne et non « juive, à se la voir refusée.
Qualifier Israël d’Etat « minuscule », serait justifié en termes de superficie. Mais cette dimension est tout autre si l’on prend en compte d’autres facteurs : le dit « minuscule Etat », adossé à la première puissance mondiale, reçoit d’elle trois milliards de dollars par an. Il possède la quatrième armée du monde, et vend de l’armement sophistiqué dans de nombreux pays. Il a par ailleurs acheté 165 000 hectares de terres dans la corne de l’Afrique. (À titre de comparaison l’Arabie saoudite, en a acheté 140 000). Autre forme d’expansion : l’organisation de droite Elad reçoit des dons de sociétés écrans cachées dans les paradis fiscaux, soit 13 millions d’euros annuels, de 2006 à 2013.
La comparaison, dénoncée par le chroniqueur, que fait Stephane Hessel entre les occupations israélienne et allemande, signifie que les nouvelles technologies aidantes, Israël a mis en place un appareil de paralysie et de répression d’une efficacité redoutable. Par exemple, entre 1993 (pendant les accords d’Oslo) et 2000, Israël a imposé 484 jours de bouclage, soit deux mois par an, et a installé 170 Check points). Israël a aussi construit un mur d’enfermement dont le tracé vole 12 % des terres, il a démoli des dizaines de milliers de maisons, il a emprisonné 800 000 Palestiniens, et il procède à des exécutions extrajudiciaires.
Le chroniqueur semble découvrir le phénomène de la recomposition des alliances par-delà les clivages. Chacun a pourtant en mémoire la façon dont les États-Unis ont joué les islamistes afghans contre les soldats russes. Amos Oz, Zeev Sternhell, ou Charles Enderlin, rappellent quant à eux, comment Israël a joué le Hamas à partir de 1987, pour affaiblir l’OLP et saper les bases du mouvement national palestinien. L’hebdo Kotered Rashit cité par le Monde du 18 11 87, rapportait à l’époque cette collusion.
Le Chroniqueur qualifie les livres de Shlomo Sand, historien israélien, de « déments ». Pourtant « Comment le peuple juif fut inventé » a reçu le prix « Aujourd’hui ». Et a été best-seller pendant quatre mois en Israël même. En France, Jacques julliard et Luc Ferry lui ont réservé un bon accueil, le trouvant « ardu mais passionnant » (U Tube : Luc Ferry Sionisme, Khazars et invention du peuple juif).
Courrier international du 17 au 23 mars 2016: « Israël, la colonisation via les paradis fiscaux. » Elad est l’acronyme hébreu de « El Ir David » (Vers la cité de David »), une fondation crée en 1986 par David Be’eri, anciene officier de l’unité Douvdevan - ce commando de l’armée israéliennes spécialisé dans les missions d’infiltration et les opérations de « liquidations » dans les zones urbaines palestiniennes en Cisjordanie occupée.