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Billet de blog 12 septembre 2016

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Elie Wiesel, auteur de la Nuit, était-il laïque?

Elie Wiesel se disait laïque, pourtant le citoyen américain qu'il était n'a cessé de confondre les affaires de l'Etat et celles de Dieu, le règne du temporel et celui du spirituel, une confusion déjà esquissée dans son roman autobiographique, La Nuit, dont il disait qu'il était source de tout ce qu'il avait écrit par la suite.

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 Elie Wiesel se disait laïque, pourtant le citoyen américain qu’il était n’a cessé de confondre les affaires de l’Etat avec celles de Dieu, le règne du temporel et celui du spirituel, une confusion qu’esquissait déjà le roman autobiographique La Nuit, dont il dit qu’il est source de tout ce qu’il a écrit par la suite.

Dans un article paru dans le Télérama 3 470 du 13 juillet 2016, on lit, sous la plume de Nathalie Hamou, que l‘universitaire israélien Yoel Rappel aurait exhumé un manuscrit de La Nuit en hébreu, « un texte écrit dans les années 1950, et dans lequel Wiesel insiste sur son désir de vengeance et sur la façon dont sa foi a été ébranlée. Selon le chercheur, c’est cette version que Elie Wiesel souhaitait faire lire aux Israéliens avant de se raviser ».

L’auteure de l’article nous rappelle aussi qu’il existe une autre version, en yiddish, intitulée Et le monde se taisait, datant de 1954, parue à Buenos Aires sans susciter grand intérêt, et que ce texte, jugé trop morbide sensiblement remanié à l’issue d’une rencontre entre Elie Wiesel et François Mauriac, fut publié en France en 1958, puis traduit en hébreu.

Dans son étude sur La Nuit (www.comptoirlitteraire.com.) André Durand tente une explication de ce renoncement au yiddish : « La version yiddish étant destinée à un lectorat juif avide de vengeance, tandis que, pour le public français (largement chrétien et absent, au pire, complice du génocide), peut-être en suivant les conseils du catholique François Mauriac, l’essentiel de la colère fut retiré. ».

Elie Wiesel paraissait pourtant tenir à cette version, qui semble succéder au manuscrit en hébreu de 1950. Ainsi dit-il : « J’ai besoin du yiddish pour rire et pleurer, célébrer et regretter. Et pour me plonger dans mes souvenirs. Existe-t-il une meilleure langue pour évoquer le passé avec son poids d’horreurs ? Sans le yiddish, la littérature de l’Holocauste n’aurait pas d’âme. »

De quelle âme est-il question ? Tentons une réponse avec ce que dit Shlomo Sand du yiddish en opposition à l’hébreu parlé par les Israéliens, dans Comment j’ai cessé d’être juif (éditions Flammarion page 63) :

L’hébreu créé par Ben Yehuda (Eliezer Isaac Elianov) serait « une langue improprement appelée « hébreu », son lexique étant certes pris dans les livres de la Bible, mais son écriture étant araméenne et assyrienne issue de la Misnah, et non hébraïque, avec une syntaxe à dominante yiddish et slave (nullement biblique). C’était la langue du parti social démocrate de l’empire russe, fondé sur une culture populaire vivante et qui n’avait pas besoin d’un costume d’apparat religieux pour se constituer en une identité semi-nationale ».

En renonçant au Yiddish « social-démocrate », Elie Wiesel aurait donc opté pour un hébreu ethnico-religieux, celui de l’État d’Israël, qui imposera aux rescapés des camps de se débarrasser de leur culture diasporique et d’apprendre cet hébreu, (épreuve par laquelle passa, entre autres, un des sommets de la littérature israélienne, Aaron Applefeld). C’est donc à une opération de « normalisation » à laquelle se livre Elie Wiesel, débarrassant le roman d’un esprit de vengeance qui gênait le pas très social-démocrate François Mauriac. Ainsi est-il dit dans La Nuit : 

« Vers six heures de l’après-midi, le premier char américain se présenta aux portes de Buchenwald. Notre premier geste d’hommes libres fut de nous jeter sur le ravitaillement. On ne pensait qu’à cela. Ni à la vengeance, ni aux parents. Et même lorsqu’on n’eut plus faim, il n’y eut personne pour penser à la vengeance. »

L’ébranlement de la foi 

Ce dont il est question ici, c’est du seul ébranlement de la foi, Dieu seul, dans sa toute-puissance, semblant, en dernière instance, au-delà du politique, tirer les ficelles. Le personnage Eliezer est à cet égard tout à fait représentatif, « étudiant le jour le Talmud, courant la nuit, à la synagogue pour pleurer sur la destruction du Temple, étant malheureux « de ne point trouver à Sighet un maître qui lui enseigne le Zohar, les livres kabbalistiques, les secrets de la mythique juive ». (La Nuit. P. 32-34).

Ainsi, les événements se succèdent-ils sans que des mesures à la hauteur, fuite ou résistance, soient envisagées.par Eliezer et la communauté des adultes qui l’entoure., ainsi que le montre cette compilation d’extraits de La Nuit :

« Un jour, on expulsa de Sighet (Transylvanie, nord-est de la Roumanie) les juifs étrangers. Entassés par les gendarmes hongrois dans des wagons à bestiaux, ils pleuraient sourdement. Les déportés furent vite oubliés. Des jours passèrent, des semaines, des mois. La vie était redevenue normale. Un jour,Moshé le Bedeau, rescapé du massacreracontacomment le train des déportés avait franchi la frontière hongroise, comment des camions avaient emmené les déportés vers la forêt de Galicie, où on leur fit creuser de vastes fosses, et comment les hommes de la Gestapo les abattirent. Les gens refusaient non seulement de croire à ses histoires, mais de les écouter.« C’était fin 1942 ; ensuite la vie est redevenue normale… Je continuais à me consacrer à mes études (p. 38). Ainsi s’écoula l’année 1943… Printemps 1944 : la radio de Budapest annonça la prise du pouvoir par le parti fasciste. Ce n’était pas encore assez pour nous inquiéter. Le lendemain, les troupes allemandes avaient pénétré en territoire hongrois… L’inquiétude, çà et là, commençait à s’éveiller… Mais pas longtemps. L’optimisme renaissait aussitôt… Trois jours ne s’étaient pas écoulés que les voitures allemandes faisaient leur apparition dans nos rues… (p. 40-41). Les Allemands étaient déjà dans la ville, le verdict déjà prononcé et les juifs de Signet souriaient encore (p. 42). Nouveau décret : chaque juif devrait porter l’étoile jaune… Mon père ne la voyait pas trop noire : « L’étoile jaune ? Eh bien quoi ? On n’en meurt pas… » Puis ce fut le ghetto… La vie peu à peu, était redevenue « normale ». Les barbelés qui, comme une muraille, nous encerclaient, ne nous inspiraient pas de réelles craintes. Nous nous sentions même assez bien : nous étions tout à fait entre nous. Une petite république juive… Les autorités établirent un Conseil juif, une police juive, un bureau d’aide sociale, un comité du travail, un département d’hygiène, tout un appareil gouvernemental… Chacun en était émerveillé. Nous vivions entre juifs, entre frères… Deux samedis avant la Pentecôte, les gens se promenaient insouciants. On bavardait gaiement. Dans le jardin de Ezra Malik, j’étudiais un traité du Talmud. La nuit arriva, et Stern un ancien commerçant devenu policier prit mon père à part… Le ghetto devait être entièrement liquidé… Nos yeux s’ouvraient, trop tard. »

Les yeux s’ouvrent trop tard sur le temporel, celui régi par la géopolitique et non le règne spirituel. À la prise du pouvoir par le parti fasciste hongrois, ne répond que la création d’une petite république juive à l’intérieur du ghetto. Rien ici sur la République de Weimar, et la tentative de coup d’État de 1923, l’emprisonnement d’Hitler et l’écriture d’un Mein Kampf qui allait se vendre à 80 millions d’exemplaires. Rien sur la crise de 1929. Rien sur les conditions d’accession à la chancellerie d’Hitler. Selon un continuum jamais démenti, c’est bien non pas le nazisme qui est accusé mais, comme on le voit à l’arrivée au camp d’Auschwitz, Dieu seul : 

« Quelqu’un se mit à réciter le kaddish, la prière des morts. Que Son Nom soit grandi et sanctifié, murmurait mon père. Pour la première fois, je sentis la révolte grandir en moi. L’Éternel, Maître de l’univers, Tout puissant et Terrible, se taisait, de quoi allais-je Le remercier ? »

La révolte qu’Eliezer sent grandir en lui, est d’emblée censurée au nom de Dieu par les arrivants : 

« Parmi nous se trouvaient quelques solides gaillards. Ils avaient des poignards et incitaient leurs compagnons à se jeter sur les gardiens armés… Mais les plus vieux imploraient leurs enfants de ne pas faire de bêtises. Il ne faut pas perdre confiance, même si l’épée est suspendue au-dessus des têtes… Ainsi parlaient nos sages. » (La Nuit, p. 74).

De même, « Le soir, couchés dans nos litières, nous essayions de chanter quelques mélodies hassidiques. Akiba Drumer disait : Dieu nous éprouve, il veut voir si nous sommes capables de dominer nos mauvais instincts, de tuer en nous le Satan ».

L’amalgame du spirituel et du temporel

Autre symptôme d’une référence inconditionnelle à un principe transcendant pour rendre compte du temporel, recours pas très laïque, la tentative d’Elie Wiesel de faire du génocide un holocauste, autrement dit un sacrifice par le feu. D’où l’emphase mise sur les fossesoù l’on brûle les Juifs, et les cheminées, et le peu de place laissé aux chambres à gaz, mentionnées une seule fois par le seul mot « gazer » (p. 128), quand on compte trois occurrences du mot « feu », onze de « flammes », trois de « cheminée », trois de « brûler », et huit de « crématoire ». Soit un total de vingt-huit appartenant au lexique du feu. Une réitération qui induit le lecteur à penser que c’est bien là que les juifs perdent la vie : « des milliers de gens qui mouraient dans les fours crématoires » (p. 121). 

Legaz, en effet, de par sa matérialité et de la technologie nécessaire à son extraction n’a pas la propriété symbolique du feu, telle qu’on la trouve dans les écrits bibliques (« Lorsque Sodome ne trouva plus grâce à Tes yeux, tu fis pleuvoir du ciel le feu et le souffre. » p. 128) ou, sous la plume de Bernard Lazare parlant des juifs brûlés vifs au Moyen Âge pendant la peste noire. Le feu, est annoncé par un prophète, en la personne de Madame Schächter, à bord du wagon le troisième jour. La prophétie se réalise quelques pages plus tard : « Juifs, regardez le feu ! Les flammes ! Et comme le train s’était arrêté, nous vîmes cette fois des flammes sortir d’une haute cheminée, dans le ciel noir." (p. 69).

Autre élément qui relève de l’amalgame non laïque du temporel et du spirituel, le fait, choquant pour Eliezer, que les fours crématoires fonctionnent toute la semaine. (« Pourquoi Le bénirais-je. Parce qu’il faisait fonctionner six crématoires jour et nuit les jours de Sabbat et les jours de fête ? » p. 127). Ou que les survivants que sont devenus les juifs dans les camps se posent la question de devoir jeûner ou pas pour Yom Kippour :

« Jeûner pouvait signifier une mort plus certaine, plus rapide. Pour certains, il fallait montrer à Dieu que même ici, dans cet enfer clos, on était capable de chanter Ses louanges. » (p. 131).

 Eliezer a bien, lui, un sursaut salutaire qui lui fait refuser de jeûner : « je n’acceptais plus le silence de Dieu », il se révolte donc, mais dans l’ordre du seul spirituel, le temporel demeurant un ailleurs où il fait bon aller quelle que soit la situation politique qui le régit. Ainsi Eliezer parle-t-il des « eaux calmes du Jourdain et de la sainteté majestueuse de Jérusalem », et décide-t-il avec ses camarades, que « s’il leur était donné de vivre jusqu’à la Libération, ils ne demeureraient pas un jour de plus en Europe, et prendrait le premier bateau pour Haïfa » (p. 103). Comme si la destination naturelle des juifs du monde était d’aller vivre en Palestine, quand pendant deux mille ans ils ont boudé une telle destination et qu’entre 1880 et 1917, année de la déclaration Balfour, seuls 3 % des juifs du monde ont émigré en Palestine, le « Demain à Jérusalem » constituant, comme La Mecque ou Médine pour les Musulmans, une invitation à un pèlerinage, et non à une émigration. À noter d’ailleurs qu’Eliezer, devenu grand en la personne d’Elie, choisira une fois libéré, non pas la Palestine, la France où il passera dix ans, puis les États-unis dont il deviendra citoyen en 1963.

Autre élément mettant en cause le portrait d’homme laïque que fait de lui-même Elie Wiesel, le titre original de la version en yiddish qu’il avait proposée, à savoir Et le monde se taisait. Dans l’analyse ethnico-religieuse d’Elie Wiesel, il y a d’un côté, le monde, de l’autre les juifs, ce qui absout les juifs de tout comportement déviant et fait de la capacité à faire le mal quelque chose de non universel. L’analyse, historique et laïque celle-là, qu’effectue entre autres, un Tom Seguev dans Le septième million montre que si « le monde se taisait », la communauté juive du Yishouv dirigée par le Mapaï, se taisait aussi, et qu’elle était même compromise avec l’Allemagne, notamment à travers l’affaire de transfert de juifs (Haavara) ou l’affaire Kastner. Qui plus est, comme le rappelle Anita Shapira citée par Georges Bensoussan dans Israël, un nom impérissable (p. 53) « dès le printemps 1943, l’émotion est retombée […] Mai 1943, le génocide ne figure plus qu’en sixième position parmi les huit points que le comité central de la Histadrout se propose de débattre ». Comme le reconnaît Berl Katznelson, directeur des éditions Am Oved, « il se publie (en 1944-1945) toujours plus d’ouvrages sur la guerre que sur la Shoah, et ces derniers s’entassent en piles d’invendus ».

Elie Wiesel, citoyen américain au rêve identitaire.

Les postures adoptées  par Elie Wiesel, témoignent d’un amalgame du temporel et du spirituel, sous la forme d’un repli identitaire qui n’est pas sans rappeler, la petite république juive du ghetto hongrois de La Nuit :

  • Malgré les multiples rapports établis par des observateurs européens en poste à Jérusalem, faisant état de la judaïsation de cette ville (entre autres dans les quartiers de Silwan, Sheikh Jarrah, A-Tur, Ras al-Amud), Elie Wiesel affirme dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), que juifs musulmans et chrétiens sont libres de construire dans cette ville des habitations. Il déclare aussi, avalisant le roman national israélien, qu’il « n’y a pas de prière plus émouvante dans l’histoire juive, que celle qui exprime notre (les juifs) désir ardent de retourner à Jérusalem. » (cf : Elie Wiesel, l’imposteur et Jerusalem, Le Monde diplomatique,18 avril 2010.)
  • Concernant les pourparlers de paix, il rédige le 17 janvier 2001, un article intitulé « Jérusalem, il est urgent d’attendre », reprochant, au Premier ministre israélien d’alors, ses éventuelles concessions.
  • Il se voit aussi reprocher par certains cercles pacifistes israéliens d’être nommé à la tête du conseil de surveillance d’Elad, acronyme de El Ir David (vers la cité de David), fondation créée en 1986 par David Be’eri, ancien officier d’un commando israélien spécialisé dans les missions d’infiltration et les opérations de liquidation dans les zones urbaines palestiniennes en Cisjordanie occupée, et qui, utilisant des prête-noms, est devenue propriétaire de nombreux biens immobiliers palestiniens et encourage l’installation de familles israéliennes nationalistes religieuses au cœur de la vieille ville.
  • En mai 1977 lors d’une table ronde avec Isaac Asimov, il demande à ce dernier de lui « citer un seul cas où des juifs auraient persécuté qui que ce soit », et se met en colère quand Asimov s’exécute. (Isaac Asimov, Moi, Asimov, traduit de l’américain par Hélène Collon, Folio Science-Fiction, Paris, 1996). Asimov rappelle à Elie Wiesel le calvaire des Edomites au temps des Macchabées, une occurrence du lien entre pouvoir et violence, celle-là même que le roi des Khazars rappelait à Judas Halevi, le grand rabbin d’Espagne, auteur du Kuzari, en lui disant que le jour où ils, (les juifs d’Espagne) ne seraient plus contraints à l’abaissement, et obtenaient l’hégémonie, ils tueraient aussi. (Avraham Burg, Vaincre Hitler, Ed. Fayard.p. 298.)

Le concept de laïcité :

La laïcité, dit Régis Debray, lors de l’émission « Réalités religieuses » de juillet 2016, n’est pas synonyme d’athéisme, comme le pense le monde arabo-musulman, elle ne se confond pas non plus avec un principe de « tolérance », lequel pourrait être remis en cause par le fait du prince. Il s’agit en tout état de cause, d’une préservation de l’espace public de l’emprise des religions, même si selon les pays les modalités d’application diffèrent, et qu’une controverse a lieu en France, avec, entre autres, Pena Ruiz, Etienne Balibar, ou Philippe Potier.

Interrogé sur la laïcité en France, « seul pays d’Europe à faire figurer la laïcité au sommet de la hiérarchie des normes », Elie Wiesel, qui écrit en français, reconnaît qu’il ne peut en parler. (https ://www.cairn.info/revue-le-philosophoire-2005-1-page-5.htm)

Il ajoute : 

« Je suis juif, citoyen américain. J’appartiens aussi à la culture française parce que j’écris toujours en français. Tous mes livres ont été écrits en français. Et je suis laïque. Je ne parle pas de ma religion. La laïcité, je pense, fait partie de l’ordre des choses pour la civilisation et non contre elle. L’Amérique aussi est un pays laïque, même quand tel président ou tel homme politique parle de l’Amérique chrétienne – ce n’est pas sérieux ! Il y a beaucoup d’hommes et de femmes en Amérique, à partir même de ceux que l’on appelle les Indiens, s’il en reste, et des juifs et des mulsumans… »

On voit ici que pour Elie Wiesel, la laïcité est assurée par la seule coexistence de groupes sociaux différents. Elle irait de soi, « faisant partie de l’ordre des choses ». Autant dire que le Liban, à partir duquel on a pourtant forgé le terme de libanisation, synonyme comme « balkanisation » de « dissolution » et de « séparation » serait un État laïque du seul fait que coexistent dix-huit groupes confessionnels.

Dans La place de la laïcité française dans la postmodernité et la globalisation, voici ce que dit Georges Corm de la laïcité aux États-Unis : 

« La démocratie postmoderne, de façon apparemment paradoxale, plonge ses sources dans le mode de vie communautaire des colons anglais aux États-Unis. La démocratie américaine, si bien décrite par Tocqueville, s’est en effet organisée autour des couleurs des différentes Églises protestantes fondées sur le nouveau continent par les vagues successives d’émigration ; elle s’est ensuite développée autour des allégeances raciales (Noirs et Blancs) et ethnico-nationales (Hispaniques, Allemands, Irlandais, Italiens, etc.) ou religieuses (juifs, musulmans) des autres immigrants. La liberté́ aux États-Unis est d’abord celle de la communauté ethnique ou religieuse qui façonne les mœurs et la ̧ façon de vivre des individus. Certes, les individus sont protégés par un système judiciaire des plus sophistiqués, mais leur comportement est forgé, soit par la fierté nationaliste et impériale, celle de l’establishment politique, soit par leur particularisme religieux ou ethnique. La pression communautariste semble y être vive, car la vie sociale provinciale forme souvent le seul univers des citoyens, comme l’avait si bien montré Tocqueville. Entre ces deux cultures intellectuelles et politiques, celle du déploiement impérial et celle du communautarisme, il n’existe aucun espace public véritable qui réunisse les citoyens autour des valeurs républicaines. Le taux très bas de participation des citoyens aux exercices électoraux aux États-Unis n’est-il pas la preuve de ce vide géant qui plombe la démocratie américaine et qui gagne aujourd’hui la France ? »

Un laïque sépare la religion de l’État, le spirituel, du temporel, il ne remet pas non plus en cause, au nom d’une exceptionnalité, la référence à l’universalité.

Pour ces raisons il est bien difficile de considérer Elie Wiesel, malgré ses déclarations, comme un homme laïque.

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