contre les calomnies et les mensonges sur les opposants à la dictature argenintes

En réaction à un commentaire de Jean Luc Mélenchon, un rappel de ce que fut le combat contre la dictature militaire argentine de l'engagement qui fut celui de en cette époque de Paolo Antonio Paranagua et une critique de la méthode inacceptable utilisée par Mélenchon confondant polémique et calomnies, argumentation et mensonges.

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Sur son blog du 14 novembre, on peut lire un commentaire de Jean Luc Mélenchon à propos d’un journaliste du Monde spécialisé sur l’Amérique Latine.

Cela parait anodin et renseigné puisqu’au lecteur non averti il assure : "je m’y suis intéressé de près». Cette déclaration vise Paolo Antonio Paranagua journaliste du Monde qu’il présente comme ayant été le chef d’un courant (la fraction rouge ) de « la prétendue armée révolutionnaire du peuple» qu’il présente carrément comme un "groupe provocateur". 

Histoire de le déconsidérer un peu plus, il s’interroge sur "les raisons de son incroyable survie dans de tels évènements ».

 A première vue,  cela cela apparait comme un des incidents anodins qui émaillent les relations tendus entre Jean Luc Mélenchon et Le Monde, journal qui ne se prive pas de commentaires très polémique et souvent contestables à l’égard de Jean Luc Mélenchon.

 

Mais derrière cela les propos de JLM posent  un problème bien plus grave qui porte sur son mode d’exercice du débat politique

Sans gène, il reprend une antienne assez scandaleuse mais récurrente de sa part à l’égard de ce journaliste. Ces propos rappellent un  mode de débat assez proche (et c’est un euphémisme) des procédés staliniens de la belle époque, mais aussi de la façon de polémiquer propres au groupe politique dont il est issu, le courant lambertiste, grand spécialiste des campagnes calomniatrices à l’égard des autres courants politiques et substituant le mensonge calomniateur à la polémique politique.

 Paolo Antonio Paranagua a été dans un temps lointain le dirigeant de  la Fraction Rouge et qui militait au sein du PRT –ERP,  un courant qui n’était ni "prétendument révolutionnaire" ni un "groupe de provocateurs", mais un des courants importants de la gauche révolutionnaire argentine se réclamant de la lutte armée contre le régime d’Isabelle Peron, marqué par les exactions des escadrons de la mort de son mentor Lopez Rega,  sinistre ministre des Affaires Sociales et surtout responsable des escadrons de la mort de la Triple A. 

En Argentine il précéda la dictature du général Videla et laisse un souvenir aussi terrible que la Dictature Militaire. Il faut savoir que l’Argentine avait déjà connu la dictature d’Ongania et que sous Isabelle Peron plusieurs provinces argentines connaissaient une situation de suspension des droits constitutionnels, les plaçant sous le contrôle de l’armée qui institua dans ces régions des situations de dictature militaire de fait.

 

Le courant auquel appartenait Paranagua était un courant lié à la Quatrième Internationale dont faisait partie aussi la Ligue Communiste en France. C’est un courant respecté en Argentine et  dont les militants ont connut répression, torture et massacres en particulier aux côté des militants des FAR et des Monteneros dans ce qui fut appelé le Massacre de Trelew. Il y avait bien sûr d’autres courants politiques qui refusaient la lutte armée comme le PRT-la Verdad de Manuel Moreno ou le Parti Communiste Argentin, qui au début de la dictature argentine fit preuve d’une cécité politique totale et d’une position des plus ambigües qui le compromirent longtemps auprès de la gauche argentine. Le Péronisme argentin est loin d’être un courant homogène et cela des années 60 jusqu’à l’ère Menem. La droite péroniste assuma et organisa une répression féroce contre le mouvement social et ouvrier avec la complicité des directions syndicales péronistes ce qui fut à l’origine d’une scission syndicale importante. Une partie du péronisme se compromit avec la dictature militaire.

Mais ce que déclare Mélenchon est tout simplement un travestissement de l’histoire. Cela serait très mal reçu en Argentine où tout le monde sait quel fut le  prix terrible que dut payer ce courant pour son engagement dans le combat contre la dictature Argentine ! Et cela par delà les désaccords que l’on peut avoir avec la stratégie du PRT/ERP. Mélenchon tient là un propos assez nauséabond puisqu’il laisse sous-entendre que Paranagua aurait été quasiment…un delateur et  un collaborateur de la dictature… Alors qu’il en fut une victime!!  

 

 Que Paranagua ait renié ses engagements passés avec une véhémence que l’on retrouve chez d’autres, qu’il ait depuis connu une évolution politique qui l’a entrainé  sur des positions néo-libérales et de soutien à des courants opposés à la gauche tant au Brésil qu’en Argentine ou d’autres pays (Bolivie Venezuela,etc.), qu’il s’y oppose avec parfois une mauvais fois regrettable, ne justifie en rien un tel propos qui ne relève que de la calomnie et du mensonge.

Imaginons que la réaction que susciterait une personne osant déclarer à propos les survivants des camps ou les résistants qui survécurent au démantèlement de leur réseau, qu’il faudrait s’interroger sur les raisons de leur incroyable survie dans de tels évènements. De misérables sous-entendus de ce genre avaient déjà été tenus à propos de Léopold Trepper le dirigeant de l’Orchestre Rouge.  

Quelle que fut l’évolution ultérieure de Paranagua  il fit parti de ces camarades qui essayèrent avec d’autres de donner une traduction pratique à l’appel du Che de créer un deux ou trois Vietnam. Il fut de ceux qui menèrent le combat difficile contre l’Amérique Latine des dictatures militaires, de ces régimes soumis à l’impérialisme américain, et de ces gouvernements qui n’étaient que des fondés de pouvoirs de la bourgeoisie latino américaine. Il participa avec des milliers d’autres à ce combat contre l’exploitation, l’oppression et la répression incroyable que subissaient ouvriers, paysans, étudiant et femmes de ce continent...Cela au péril de leur vie et de leur liberté.

On peut tout à fait s’interroger sur les erreurs qui furent faites ou avoir une réflexion critique sur la stratégie de la lutte armée et les impasses parfois tragiques d’orientations substitutistes. 

Mais ce combat auquel participèrent Ernesto Che Guevara à Cuba puis en Bolivie, Hugo Blanco au Pérou, Hugo Gonzales Moscoso en Bolivie, Camilo Torres en Colombie, Miguel Enriquez au Chili, était celui qui voulait donner une voix aux sans voix et qui, face à cette terrible alternative entre Socialisme ou Barbarie qu’avait formulée Rosa Luxembourg avaient choisi. Paolo Antonio  Paranagua en fut. Il n’en est plus vraiment. Mais par ses propos Mélenchon ne réponds pas à ce que dit aujourd’hui Paranagua, car en insultant et en travestissant non seulement le passé de Paranagua mais aussi celui de ce combat auxquels nombreux dont participèrent, il en compromet le futur. Parce que le mensonge et la calomnie obscurcissent et altèrent les voix et les chemins de l’émancipation.

Je fait partie de cette génération  de militant de la quatrième internationale et sans en ignorer les erreurs, j’en partage toujours les fondements. En ce temps où les renoncements et les reniements sont si ordinaires, savoir résister à l’air du temps signifie non seulement participer des refondations nécessaires mais aussi rappeler aussi que la vérité face à l’histoire est une arme de l’espérance

Philippe Cyroulnik

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