quand Emanuel Riingelblum est utilisé pour réécrire l'histoire

l'édition des chroniques d'Emanuel Ringelblum par le Mémorial de la Shoa est entaché par un introduction de Georges Bensoussan qui participe de la réécriture de l'hsitoire de la resistance juive. Un certain nombre d'auteurs et et historiens sionistes pratiquent une occultation systématique du rôle des militants antisionistes bundiste ou communistes au mépris de la vérité historique.

Le Mémorial de la Shoa vient d'éditer l'intégralité des chroniques d'Emmanuel Ringelblum dans le ghetto de Varsovie. Il fut aussi le Coordinateur du très connu Oneg Shabbat (« les joies du Shabbat »), ensemble de documents essentiels sur le ghetto de Varsovie. Son journal est un livre étonnant, entre le document et le témoignage, la protestation et la condamnation des bassesses et trahisons de la classe dominante juive (d'autres collaborateurs du Oneg Schabbat comme Izraël Lichtenstejn dénonceront aussi cet abandon). C'est Nathan Weinstock qui en fait les notations. Avec Isabelle Rozenbaumas, il a traduit les textes du Yiddish. Le livre est accompagné d'une introduction de Georges Bensoussan qui est proche de Nathan Weinstock, puisqu'il écrivit une postface au livre «Du fond de l'abîme» d'Hillel Seidelman aussi traduit par Weinstock. 

S'il faut souligner l'importance de ce livre, on ne peut en dire autant de l'introduction. Pourquoi? Parce que se joue dans celle-ci une occultation qui est lourde de signification. Elle porte préjudice à l'image du Mémorial de la Shoa car elle entache un travail historique sur la mémoire du génocide des juifs par des procédés qui relèvent du mensonge par omission.

Le diable se cache dans les détails dit-on et c'est exactement ce qui se passe dans ce petit texte intitulé «brève histoire du ghetto de Varsovie ». Evoquant la résistance du Ghetto et l'insurrection menée par l'Organisation Juive de Combat,  Bensoussan est amené à citer un certain nombre de ses responsables et d'organismes.

Qui cite-t-il pour ce qui concerne les cris d'alarme face à la tragédie à venir ? Le journal du Dror, puis le Bund. Il évoque enfin l'Organisation Juive de Combat, et cite Zygelboim représentant du Bund au sein du gouvernement polonais en exil à Londres. Toujours à propos de la résistance il précise qu'elle est divisée entre l'OJC d'un côté et l'Union Militaire Juive des révisionistes-sionistes (extreme droite juive ) sans préciser que l'OJC est un front qui regroupe les militants de l'Hachomer Hatzaïr, du POP, du Paole Sion du Dror et du Bund. Une omission importante puisque qu'elle occulte le fait que l'OJC a du coup une direction collective (Mordechaï Anielewicz pour l'Hachomer, Michal Rejzenfeld pour le POP, Berlinski pour Paole Sion, et Marek Edelman pour le Bund. De cette première omission s'ensuit une seconde.Ainsi évoquant l'écrasement de l'insurrection Georges Bensoussan écrit «le poste de commandement de L'OJC est détruit le 8 mai 1943 avec tous ses occupants dont Mordechaï Anielewicz, le chef de la révolte. Et il continue: «peu de responsables survivront à l'insurrection, presqu'aucun à la guerre».

Tout d'abord le texte laisse entendre qu'Anielewicz aurait été tué alors qu'il semble pour le moins probable qu'il se soit suicidé. En effet, lorsque des émissaires de l'extérieur sont arrivés au poste, les membres de l'OJC du poste avaient commencé à se suicider. Quand ces emissaires lui ont proposé de le faire sortir du ghetto avec ceux qui vivaient encore il semble qu'il ait refusé et choisi de rejoindre ses camarades morts. Il y a pour le moins un débat qui mériterait d'être posé mais pour Bensoussan...rien.

Mais il va encore plus loin; qui disparaît derrière le «presque» ? Tout simplement Marek Edelman dont tout le monde sait qu'il était un des chefs de la résistance. Mais parce qu'il ne correspondait pas aux critères des responsables israéliens et des sionistes, et qu'il a refusé d'émigrer en Israël, exprimant des critiques à l'égard de sa politique, il est devenu l'objet d'une ignorance délibérée de la part de ceux-ci. Quand vous allez à Yad Vashem, le même effacement est délibérément opéré: Marek Edelman disparaît dans un tiroir ou dans le cartel d'une photo de groupe. Idem pour le Bund qui ne semble avoir été qu'un groupuscule. Sur les cimaises de l'exposition, on pourrait croire que la rue juive de Varsovie était massivement adhérente de l'organisation sioniste Poale Sion,ancêtre du Mapam israélien. Pour la France, la FTP-MOI et ses très nombreux militants juifs assassinés, l'UJRE et son action de résistance y sont totalement minorisés au profit de la seule Armée juive. J'avais pu voir sur Arte il y a longtemps un film sur la résistance juive où, des résistants yougoslaves chantant des chants communistes étaient présentés comme des combattants sionistes luttant pour la création de l'état d'Israël..

S'opère ainsi par la bande une véritable ré-écriture de l'histoire. Ce genre de procédé n'est pas sans évoquer les découpages et recoupages que les staliniens opéraient dans le récit historique. Qu'un livre de cette ambition soit accompagné d'une telle introduction est plus qu'une erreur, c'est une faute.

Que Nathan Weinstock accepte une telle introduction et la légitime est le signe qu'il accepte qu'on  franchisse le rubicon séparant la réflexion historique de la contre vérité partisane. Au royaume du sionisme, on chasse les juifs anti-sionistes, bundistes ou communistes de la mémoire collective juive. La première victime de cette malhonnêteté intellectuelle et morale c'est le livre lui même car il en subit injustement l'ombrage. Il faudra donc lire ce livre malgré les procédés indignes de son introduction... Emmanuel Ringelbaum est trop important pour qu'on puisse laisser sans réagir ce rapt de la mémoire opéré par Georges Bensoussan.

Que Nathan Weinstock en acceptant cela rende Ringelbaum otage de cette opération de main basse sur la mémoire juive est affligeant... Il venait de l'Hachomer Hatzaïr,  il fut antisioniste; il ne l'est plus... mais de là à laissé ecrire cela il y a une limite ...qu'il a désormais franchie... On aurait pu espérer mieux.

 

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