Macron : la fin de la Démocratie ?

L'auteur analyse, à la lumière de l'esprit de Raison du XVIIIéme siècle, le Mouvement "En Marche" d'Emmanuel Macron, dans ses méthodes de lancement et dans l'idée même sur laquelle son Mouvement est fondé. Il y détecte un défaut originel majeur susceptible de mettre en danger la Démocratie, et de conduire à l'instauration d'un pouvoir personnel fascisant au nom de la Sauvegarde du Pays.

Macron : la fin de la Démocratie ?

Par

Philippe D. VINCENT

Polytechnicien, Chercheur en intelligence Artificielle, Créateur de Sociétés « HighTech » dans le domaine de l’Intelligence du Document, Patron d’une PME à forte croissance (15 % par an depuis 15 ans, 30% de bénéfices… avant impôts !), tout dans mon profil me destinait à devenir un adepte d’Emmanuel Macron.

Mais, en même temps, élevé à l’Ecole de la Science et de la Raison, écrivain à mes heures, adorant le débat d’idées, je me suis toujours insurgé contre l’irrationalité ambiante qui a envahie notre société. Passionné de philosophie, j’ai toujours cherché à réintroduire, dans le débat public, l’esprit de raison qui a dominé le XVIIIéme siècle, allant jusqu’à appeler mon site internet ausecoursvoltaire.fr.

M’étant posé depuis longtemps le problème de l’antagonisme entre passion et raison, j’ai appris à concilier ces deux concepts dans un rapport équilibré exprimé dans mon aphorisme préféré :

Toute Passion qui ne serait pas domestiquée par la Raison serait la porte ouverte à tous les fascismes,

Toute Raison qui ne se nourrirait pas de Passion ne serait qu'une terre aride incapable de porter de fruits.

Et l’observation du phénomène Macron m’a fait détecter, dans son approche, de graves défauts potentiellement dangereux pour notre Démocratie Républicaine.

Mes deux critiques fondamentales portent sur sa méthode et sur l’idée de base de son mouvement.

 

1-      La passion d’abord.

Dans un premier temps, Emmanuel MACRON a joué sur la séduction, l’émotion et l’affectivité pour s’attacher des partisans fidèles (en particulier, chez les jeunes), prêts à le suivre « par amour », dans toutes ses proclamations ultérieures (voir illustration en [i]).

N’eût-il pas mieux valu partir de l’exposé de son programme, pour entrainer l’enthousiasme par l’adhésion à ses idées ? N’a-t-il pas fait les choses à l’envers, en contradiction avec l’esprit du XVIIIé siècle qui a présidé à la création de notre Démocratie Républicaine moderne ?

Ce qui me gêne, dans cette prééminence de la passion, c’est que les régimes fascistes ont suivi la même méthode pour arriver au pouvoir. On se souvient des discours enflammés du Duce (issu du  socialisme italien…). On se souvient de la Marche sur Rome. On se souvient aussi de Juan Perón et de sa « madone » Eva … On se souvient des mouvements des jeunesses péronistes ou mussoliniennes sur lesquelles les deux dictateurs se sont appuyés pour prendre le pouvoir (les jeunes ne sont-ils pas plus malléables, avec leur enthousiasme naturel peu averti des manipulations et pièges qui les guettent ?).

Bien sûr, il n’y a pas de raison a priori d’assimiler MACRON à un fascisme de droite, de gauche ou du centre, mais cette similitude de méthode est gênante pour le Candidat d’En Marche, que l’on ne connait pas vraiment.

On peut imaginer le scenario catastrophe d’un glissement progressif vers un pouvoir personnel fascisant :

Après les flonflons, le Président Macron se retrouve confronté au réel. Il ne peut tenir les promesses démagogiques qu’il a distribuées à droite, à gauche, à tout va. E.M. se raidit. Avez-vous remarqué comme son sourire enjôleur se métamorphose en un regard dur qui fait frémir, quand on lui tient tête, comme Léa Salamé lors du débat sur France 2 du 6 avril ? Cet homme ne supporte pas la contradiction !

Après avoir attiré les jeunes en mal de reconnaissance et les vieux en mal de recyclage, avec ses « je vous aime farouchement » (qui voulaient dire en réalité « aimez-moi farouchement »), viendra le temps des « Au secours mes amis, ils veulent nous empêcher de réformer la France ».

C’est ainsi qu’arrivent les fascismes, par une lente dérive à laquelle on ne prend pas garde. Il y a, dans celui qui a pris pour initiales de son mouvement ses propres initiales, les germes d’un pouvoir personnel autoritaire qui prétendra sauver le pays dans une Union Nationale Musclée limitant les libertés pour la bonne cause de sauver la France. On sait comment ça commence, on ne sait pas comment ça finit.

 

2-      Ni Droite, Ni Gauche, Ni centre !

L’idée de base du mouvement « En Marche » est de partir d’un constat : les citoyens en ont marre d’assister aux bagarres incessantes entre les représentants de la gauche, de la Droite, du Centre, des extrêmes. On se dit : ne peuvent-ils se mettre d’accord pour la meilleure politique pour le pays ? Pour répondre à cette exaspération, Emmanuel MACRON propose de créer un grand Parti (même s’il l’appelle Mouvement) où toutes les sensibilités seraient représentées par des gens de bonne foi prêts à sauver le Pays.

C’est, malgré les apparences, une mauvaise idée, car elle conduirait à un affaiblissement du Débat Démocratique.

Une fois le Parti En Marche au pouvoir, il n’y aurait plus lieu de discuter à l’assemblée entre les conceptions de Gauche, de Droite ou du Centre, puisque toutes ces tendances seraient représentées à l’intérieur du « Mouvement ». Le débat démocratique doit être public, et la structuration de l’Assemblée en Partis est une nécessité pour la transparence et la participation des citoyens.  Avec MACRON, les discussions se feraient "en petit comité".

De plus, la composition de l’Assemblée Nationale serait décidée par les arbitrages du Chef pour choisir les investitures proposées pour chaque circonscription (on n’imagine pas d’avoir trois candidats pour un même parti, représentant chaque courant présent dans le Mouvement E.M.). L’opinion glisserait-elle à droite ou à gauche, elle n’aurait aucune manière de l’exprimer dans les urnes, puisque le choix serait déjà fait pour chacun, au gré de sa circonscription. Nommer un responsable des investitures ne changerait rien à l’affaire, car une structure démocratique ne saurait dépendre de la bonne volonté d’un responsable. Et puis, les députés s’auto-reconduiraient tous les 5 ans, les décideurs restant les mêmes et la stabilité du Mouvement exigeant cette conservation des équilibres.

En amalgamant dans un même mouvement des courants de pensée aux logiques différentes, E.M. détruit ce qui constitue l’essence même de la Démocratie : le pluralisme transparent.

Tuer les partis traditionnels, c’est tuer la Démocratie !

La Démocratie repose sur la structuration formelle de la diversité politique afin de rendre visible à tous les échanges d’arguments, et qu’ainsi les citoyens participent à ces débats. C’est une nécessité pour la cohésion nationale, pour éviter qu’il ne se creuse un fossé entre les élites politiques et le peuple, condamné à se laisserait mener par ces élites, le peuple qui, en Démocratie, est censé être la source du Pouvoir (article 3 de la Constitution).

Le plan de Macron, s’il se réalisait, conduirait de facto à cette confiscation du pouvoir du peuple au profit d’un président qui aurait dans sa main tous les pouvoirs : ce serait un Coup d’Etat Permanent  institutionnalisé par un Macron autoproclamé Monarque éclairé.

L’idée de MACRON contient en germe l’instauration d’un régime de Parti Unique.

Ces réserves à l’encontre d’Emmanuel Macron ne signifient pas qu’il soit accusé de mauvaise foi ; ou que ses talents soient contestés ; ou que ses intentions soient suspectées. C’est simplement que la Démocratie n’est pas la délégation à un homme de la conduite du pays, fut-il d’une intelligence exceptionnelle. Une telle conception relèverait du Monarque éclairé.

La Démocratie, c’est la possibilité pour les citoyens d’infléchir l’orientation politique du pays selon l’évolution de la pensée majoritaire. Avec E.M. c’est lui qui déciderait de tenir compte ou non de cette évolution.

 

3 – Un peu d’humour : le Ratissage.

MACRON ratisse large, entend-t-on souvent. En réalité il fait plutôt penser à un rameur dans son canoé-kayak qui donne un coup de rame à droite, un coup à gauche, etc... , pour ramasser à la pelle le plus de soutiens possibles. Le français a un mot pour cet acte désordonné des pagaies : la pagaille.

 

4 – Conseil d’ami.

Comme antidote au risque qui guette les chefs d’Entreprise de prendre la grosse tête, je me suis inventé un proverbe que je me récite tous les matins. Il marche aussi pour les hommes politiques, et je le dédie au chef du mouvement En Marche:

« Quand on marche en se regardant le nombril, on a toutes les chances de se casser la gueule ! »

 Bonne chance et … attention à la marche !

 

Philippe D. VINCENT                              

Polytechnicien (61),      doc.es Sciences Math. (1969),     Chef d’Entreprises (groupe INOVATIC)       site : ausecoursvoltaire.fr

 


[i] Lors d’un meeting d’EN MARCHE, Emmanuel MACRON, en plein exaltation devant la foule en délire, lâche, au milieu d’une tirade :

« Et puis je supprimerai le RSI ! ».

Tonnerre d’applaudissements, agitation frénétique de drapeaux, enthousiasme de la foule des jeunes placés au premier rang ! Bravo pour la scénographie !

Je me dis : combien de ces jeunes ayant au plus 23 ans, qui applaudissent à tout rompre, savent ce qu’est le RSI ! Si Emmanuel MACRON avait déclaré : « Et je supprimerai le RSA », j’imagine qu’ils auraient applaudi de la même manière

 

 

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